Prix Nobel de physique attribué à un Français, une Canadienne et un Américain : "La science est désormais un grand forum mondial"

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Chaque samedi et dimanche, Nicolas Beytout, directeur du journal "L'Opinion", donne son avis sur l'actualité de la semaine.

Bonjour Nicolas Beytout, ce samedi vous avez aimé deux événements qui mettent en valeur la science française.

Oui, une distinction et un exploit. La distinction, c’est le Prix Nobel de Physique qui a été attribué à un Français, Gérard Mourou, pour ses recherches sur la lumière, et ses découvertes sur les lasers. Il a, entre autres, réussi à concentrer la lumière et à obtenir une puissance de son rayon équivalente à un million de milliards de Kwh, c’est-à-dire mille fois la puissance de tout le réseau électrique mondial. C’est presque impossible à imaginer tant ces chiffres donnent le tournis. Mais, et là c’est très concret, les avancées permises par le travail de Gérard Mourou ont des applications précises : il a ainsi permis de révolutionner la chirurgie de l’œil, et à terme, ces puissances phénoménales qu’il arrive à domestiquer serviront, par exemple pour travailler depuis la terre dans l’espace.

Ce qui nous amène directement à cet exploit que vous voulez saluer.

Oui, et c’est l’atterrissage d’un petit robot, appelé Mascot, sur un petit astéroïde, appelé Ryugu. Et là aussi, les chiffres donnent le vertige. Il a fallu 4 ans pour atteindre cette destination, qui se situe à 325 millions de kilomètres de notre studio. A l’issue de ce périple, le petit robot a été largué à 51 mètres seulement du sol de ce caillou (l’équivalent de 10-12 étages, une précision inouïe). Et tout ça pour 17 petites minutes de travail, durée de vie des batteries embarquées dans le robot. Et encore, il faudra attendre 2020 pour récupérer tous les résultats. C’est vertigineux.

En effet. En tout cas, on peut pousser un cocorico.

C’est vrai, mais pas seulement. Car les Français n’ont pas été seuls dans ces aventures. Le Nobel de Physique est également attribué à une Canadienne et à un Américain. Et la petite Mascot n’existerait pas sans la collaboration active des Allemands, et sans la sonde qui l’a transportée jusqu’à destination, une sonde japonaise (qui après avoir livré son colis, a d’ailleurs repris sa route dans l’univers). Ce que je veux souligner, c’est que la science est désormais un grand forum mondial. Les chercheurs travaillent tous en réseau, échangent en temps réel grâce à Internet. Et ce partage de connaissances, cette mise en commun de compétences, a permis une accélération jamais vue de la recherche.

Mais il y a des limites à cette internationalisation, il y a des sujets stratégiques qui ne se partagent pas.

Bien sûr, et ces sujets sont très nombreux, y compris évidemment la défense. Le secret, le brevet, la protection de ses découvertes, tout ça est au cœur des préoccupations des chercheurs. Mais je vous parle là d’équipes qui travaillent aux quatre coins du monde sur plusieurs parties d’un même projet, ou de chercheurs qui échangent des données, des datas comme on dit maintenant. C’est un fait, les progrès de la science sont aujourd’hui beaucoup plus rapides, et l’application dans le monde réel de ces découvertes est elle aussi incroyablement plus rapide. Un exemple : le smartphone n’a que 10 ans, il y en a cinq milliards dans le monde, alors qu’il a fallu 70 ans pour que le téléphone, le bon vieux téléphone à fil s’installe dans tous les foyers des pays développés.