Polémique sur les dons de Notre-Dame : "Les riches vont payer plus d'impôts"

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque samedi et dimanche, Nicolas Beytout, directeur du journal "L'Opinion", donne son avis sur l'actualité de la semaine.

Vous avez aimé l’afflux de dons qui a permis, après la catastrophe de Notre-Dame de Paris, de récolter pas loin d’un milliard d’euros de dons.

Oui, avec des gestes spectaculaires, ceux des familles et des entreprises les plus riches de France, mais aussi des milliers de dons plus petits, qui ont, dizaines d’euros, après centaines et parfois milliers d’euros, ont permis très vite de rassembler près de 150 millions d’euros. Tous ces gestes sont la fierté d’une nation qui a su se mobiliser à la hauteur de ce que représente cette cathédrale magistrale, ce qu’elle figure comme symbole des racines d’un peuple, de son histoire chrétienne, de son identité, mais aussi de sa culture et de son savoir-faire millénaire.

Pourtant, ces dons ont très vite déclenché une polémique

Oui, et même plusieurs. La première salve de critiques a visé l’importance des dons faits par les familles les plus riches, Pinault, Arnault, Meyers-Bettencourt. Une polémique sur le thème : horreur, ces ultra-riches vont bénéficier de déductions fiscales. C’est quand même étrange, ce pays où certains détestent tellement les riches qu’un élan de générosité de leur part devient un scandale. En somme, s’ils donnent, c’est "salauds de riches" ; et s’ils n’avaient pas donné, ça aurait été "salauds de riches".

Mais il y a cette fameuse déduction fiscale de 66%.

C’est vrai. Alors regardons quelques chiffres : en France, les dons représentent 7 milliards d’euros par an (une somme considérable ; les Français sont un peuple généreux). Avec le dispositif de défiscalisation, l’Etat prend à sa charge les deux tiers, soit environ 4 milliards. Reste 3 milliards d’euros qui sortent de la poche des particuliers, riches et moins riches. Mais surtout, ça veut dire que l’Etat, en dépensant 4 milliards en récolte 7.

C’est un mécanisme prodigieux, un levier d’une puissance incomparable. Alors, on entend dire dans l’affaire de Notre-Dame "mais tous ces riches vont payer moins d’impôts". Mais non, ils vont payer plus. Imaginons : vous payez 1.000 euros d’impôts, et vous décidez de donner 100 euros pour la reconstruction de Notre-Dame. L’Etat vous remboursera 66%.

Donc 66 euros

Ce qui fait qu’au total, vous aurez sorti de votre poche et versé à l’Etat 1.034 euros (1.000+100-66). C’est un peu comme un contrat social entre l’Etat et les particuliers, une sorte de partenariat, avec un consentement à l’impôt. C’est comme cela qu’il faut analyser cette fameuse déduction fiscale.

Bon, mais il y a une autre polémique, sur l’argent qu’on donne à la cathédrale et pas aux Français dans le besoin.

Oui, mais là encore, il faut rappeler quelques chiffres. L’Etat dépense chaque année 45 milliards d’euros pour le logement. L’Etat et les collectivités locales payent tous les jours 100.000 chambres d’hôtels pour les mal-logés ou les sans-logement dans la seule Ile-de-France. C’est vertigineux. Alors, ce n’est jamais assez, et je comprends le désarroi de la Fondation Abbé Pierre, par exemple. Eux aussi vivent de la charité et de la générosité des Français. Mais c’est toujours très compliqué de comparer les malheurs. Et il faut juste espérer que cet afflux de dons n’assèchera pas les autres causes.

Il est là, le vrai sujet, pour l’avenir. La fiscalité des dons a été réduite, depuis 2 ans. C’est une bonne occasion de la réexaminer.