Nobel d'économie à Esther Duflo : "Une formidable reconnaissance de l’excellence de la filière de formation à la française"

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 6h-9h
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Ce mardi, Nicolas Beytout revient sur la remise du Nobel d'économie à la française Esther Duflo pour ses travaux sur la lutte contre la pauvreté.

Alors, ce prix Nobel d’économie décerné à une Française, Esther Duflo. Vous dites cocorico ?

Oui, bien sûr. C’est la quatrième fois en 50 ans qu’un Français décroche ce prix si prestigieux, et c’est seulement la deuxième femme dans l’Histoire à l’obtenir. Chapeau. C’est une formidable reconnaissance de l’excellence de la filière de formation à la française, pour notre université, nos grandes écoles

Ce que n’a pas manqué de souligner Emmanuel Macron

Oui, très rapidement. Reste à savoir si cela ira plus loin qu’un tweet de félicitation. Il y a 5 ans, le précédent Français prix Nobel d’économie, Jean Tirole, avait eu droit au même type de message de la part du Président de la République, François Hollande. Mais ça n’avait pas été plus loin. Jean Tirole avait pourtant été récompensé entre autres pour son travail sur le chômage, sur le salaire minimum. Il avait donc sûrement beaucoup à apporter au gouvernement, à sa politique sociale, à ses lois sur le travail.

Il pouvait certainement aider à avoir enfin un peu de résultat et à inverser cette maudite courbe du chômage (vous vous souvenez, la fameuse promesse de François Hollande). Pas de chance, Jean Tirole avait une vision très éloignée de la doctrine socialiste. Il n’avait donc été reçu à l’Elysée que de longues semaines plus tard. Disons que le chef de l’Etat de l’époque avait mis moins d’empressement à honorer le prix Nobel que s’il avait fallu recevoir un sportif médaillé ou un chanteur à succès reconverti dans le caritatif.

Et vous pensez que, cette fois, Esther Duflo sera rapidement reçue et fêtée à l’Elysée ?

On verra, mais c’est sûr qu’elle a, elle aussi, beaucoup à apporter à nos dirigeants. Elle travaille sur la pauvreté. Et une de ses grandes qualités, c’est de le faire sans a priori politique, sans idée pré-conçue. Elle fait de l’économie, pas de la morale. Et elle aligne des faits, elle compile des expériences, elle compare des résultats. Pas des opinions, pas des orientations politiques, non, des faits. Ça nous change de ces économistes ultra-médiatiques et engagés, qui partent d’un postulat pour mettre la science économique au service de leurs idées. Et ils vendent parfois des millions de bouquins

C’est de Thomas Piketty que vous parlez, je suis sûr

Oui, de lui mais aussi de toute cette école économique française qui en réalité fait de la politique et n’a qu’une idée fixe : réduire les inégalités en matraquant fiscalement les riches. Esther Duflo, elle, prend le problème à l’inverse : pour lutter contre les inégalités, elle cherche d’abord à combattre la pauvreté. Jusqu’à aujourd’hui, à l’échelle du monde, c’est cette méthode qui a été la plus efficace pour réduire les inégalités.