L'inquiétante ampleur de la récession attendue

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© Europe 1
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Cette année, le niveau de récession pourrait atteindre -11% en France selon les derniers chiffres communiqués par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire. Une perspective qui devrait inquiéter la population pour Nicolas Beytout.

Moins 11%, c’est le niveau de récession, jamais vu jusque-là, que pourrait connaître la France cette année, selon les derniers pointages de Bruno Le Maire…

Un chiffre terrible, qui devrait tous nous épouvanter. Mais non : tout se passe comme si les Français étaient trop occupés à savourer le retour presque total à la liberté. Tout se passe comme s’ils préféraient profiter de leur petit bonheur du moment, plutôt que de revivre le passé et le décompte affreux des morts du Covid, ou de regarder l’avenir économique et social qui menace. Parce que, on le sait maintenant avec certitude : ça va secouer, très fort…

Qu’est-ce qui va se passer ?

Une malédiction. Celle du chiffre onze : 11% de récession, avec bientôt 11% de chômeurs, soit 1 million de demandeurs d’emploi supplémentaires. Et tout ça va engloutir des dizaines, des centaines de milliards d’euros. À tel point que ce ne serait pas étonnant de voir le déficit budgétaire s’approcher ou même dépasser les 11% du PIB. La malédiction du onze.

Que cherchez-vous ? À nous faire peur ?

Oui, je fais ce que le gouvernement devrait faire. Il a bien réussi à nous enfermer, tous, pendant huit semaines, en nous faisant peur avec le coronavirus. Un système imparable pour nous confiner. Et bien il doit utiliser la même recette pour nous déconfiner. Il doit nous effrayer avec ce qui se passerait si nous restions enfermés encore longtemps.

Il y a des aides, des reports de charges, du chômage partiel…

Oui, mais ça, c’était le traitement indispensable pour passer le pic de la crise économique et sociale. Ca ne peut pas durer indéfiniment. D’ailleurs, plus ça dure, plus ça coûte, et plus l’économie s’enfonce. La France a eu besoin de traitements massifs, mais il lui faut maintenant un autre médicament. Et ce médicament est connu, c’est le travail. La France doit accélérer son retour au boulot. Les Français doivent se déshabituer de cette situation de travail alternatif, avec chômage partiel à coup de milliards d’euros ou télétravail massif, parce que même si c’est une solution ici ou là, ce n’est pas ça la vraie vie. Il faut recommencer à faire tourner l’économie, sinon la crise fera des morts, sombrer des entreprises, des emplois. Il y aura peut-être même, parmi les centaines de milliers de chômeurs, des gens qui vont se désespérer. Mais ceux-là, on ne les verra pas, on ne les comptera pas. Voilà ce que devrait faire le gouvernement : compter tous les jours, comme on comptait les entrées en réanimation et la tension dans les services d’urgence des hôpitaux. Compter les disparitions d’emplois, les mises en faillite. Tous les soirs. Conférence de presse du directeur du Travail, ou du patron de l’INSEE. Croyez-moi, ça mobiliserait.

Il y a quand même beaucoup de voix qui s’élèvent pour défendre un autre remède : les impôts…

Oui, comme s’il fallait d’abord prendre de l’argent aux Français avant de les inciter à recommencer à en gagner. Quant au retour de l’ISF, il est à la gauche ce que la chloroquine est au professeur Raoult : une fascination qui peut provoquer des décès prématurés.