Le rêve perdu de l’union nationale pour affronter la crise

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce mardi, il revient sur l'appel lancé par l'exécutif à l'Union nationale sur le front de la crise sanitaire, de la crise économique et également de la crise sécuritaire. Le problème c'est que le rêve d'union nationale du pays est bel et bien terminé.

La France traverse une des crises les plus graves depuis des décennies mais, selon Nicolas Beytout, il lui manque un élément essentiel pour surmonter cette épreuve.
Cette donnée essentielle c’est l’union nationale. Emmanuel Macron saisit chaque occasion, chaque prise de parole publique pour en rappeler la nécessité. Il l’a fait lors de son discours de la Sorbonne en hommage à Samuel Paty, le prof qui avait été sauvagement assassiné. Il l’a fait lorsqu’il a annoncé le retour du confinement, c’était à la télévision mercredi dernier, et près de 33 millions de Français l’avaient entendu dire que nous nous relèverons de ce nouveau coup dur "si nous sommes unis". Même plaidoyer de la part de Jean Castex, dimanche soir à TF1, qui a invoqué avec insistance le besoin d’union nationale.

Mais ça ne marche pas.

Non, ça ne marche pas. Ou plutôt, ça ne marche plus. Que ce soit pour affronter la crise sanitaire, la crise économique ou la crise sécuritaire. Nulle part on ne peut dire qu’il y a la trace d’un sentiment d’union nationale. Sur le sanitaire, par exemple, on voit monter un doute profond sur la stratégie de riposte face à la deuxième vague du Covid. La graduation de la réponse, avec d’abord les confinements ciblés sur certaines villes, puis le couvre-feu étendu à la moitié du territoire, pour déboucher enfin sur un verrouillage de tout le pays, tout ça donne le sentiment d’un tâtonnement. Alors bien sûr, le comportement des Français et la flambée brutale de l’épidémie sont largement responsables de cette évolution des choix du gouvernement. Mais le Conseil Scientifique semble prendre lui-même un plaisir particulier à saper la communication du gouvernement en rajoutant des semaines et des mois à la perspective de sortie de crise dessinée par Emmanuel Macron. Difficile de créer un esprit d’union nationale sur de telles bases.

Face à la crise économique, là non plus, pas d’union nationale, on l’a vu en particulier avec les commerçants ou les maires.

Exactement. Autant la théorie du "quoi qu’il en coûte" avait été massivement acceptée au printemps dernier, autant cette fois-ci, beaucoup de Français rechignent à se laisser enfermer ou à voir une partie du tissu économique risquer de mourir à nouveau. En fait, c’est la répétition des crises qui sape l’unité du pays. À la première alerte, à la première vague, le pays est comme frappé de stupeur, il a peur et il se résigne. Il n’y a pas d’espace pour la contestation. Mais tout change avec la deuxième vague, et ce sera pire encore pour les suivantes puisque, paraît-il, il doit encore y en avoir en 2021.

Et c’est le même phénomène sur le sécuritaire.

Là non plus, pas d’union nationale, au contraire même. Passée l’émotion, les oppositions ont nettement durci leurs critiques sur la faiblesse des réponses du pouvoir, son incapacité à agir, à mettre la riposte au niveau de l’attaque. Là encore, on est très loin de ce qui avait traversé la France au moment de Charlie. Et tout ça va peser lourd. C’est Emmanuel Macron lui-même qui le dit :  être "une nation unie et solidaire, c’est à cette condition que nous y arriverons". Une condition sine qua non, comme on dit à la Sorbonne.