Le rétro-pédalage du gouvernement sur l'instauration d'un passeport sanitaire

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Le gouvernement ne rendra pas obligatoire le vaccin pour se déplacer dans certains lieux. Invité du 20h de TF1 mardi soir, le ministre de la Santé Olivier Véran a précisé les contours du projet de loi sur les urgences sanitaires. Et le passeport sanitaire, un temps évoqué, passe à la trappe. Un nouveau couac pour Nicolas Beytout.

La campagne de vaccination n’a même pas commencé en France que, déjà, le gouvernement doit désamorcer une polémique.

Oui, une polémique déclenchée par quelques mots au détour d’un projet de loi adopté hier en Conseil des ministres. L’idée de ce texte est (ou était) de donner à l’avenir les moyens au gouvernement, en cas de crise sanitaire, de conditionner l’accès aux transports publics ou à certaines zones à la preuve qu’on n’est pas contagieux, ou qu’on est protégé par un traitement préventif ou curatif, ou encore protégé par un vaccin.

Vaccin, c’est donc ce mot qui a tout déclenché.

Oui. Parce que cette façon de permettre au gouvernement de n’autoriser certains déplacements qu’à la condition d’être vacciné, est dénoncée comme une tentative cachée du pouvoir de rendre la vaccination obligatoire. Et les attaques les plus soudaines et les plus violentes sont venues de la droite la plus à droite : Marion Maréchal, Marine Le Pen, bientôt suivies de Nicolas Dupont-Aignan et de Guillaume Peltier, le vice-président délégué du parti Les Républicains. La présidente du Rassemblement national a même parlé de risque de "dictature sanitaire", de climat "totalitaire". 

Est-ce que c’est très étonnant ? Parce qu’en fait, toutes ces critiques viennent d’hommes et de femmes politiques qui se sont déjà montrés (au mieux) réservés sur le vaccin. 

C’est vrai, mais de là à parler de dictature, de totalitarisme, de projet liberticide, il y a un pas. Dans un premier temps, les différents ministres qui se sont exprimés ont renvoyé à une prochaine discussion de ce projet de loi par le Parlement, Matignon a souligné que cette affaire était née d’une idée émise par une mission parlementaire, bref qu’il n’y avait pas de quoi s’emballer. Mais ça n’a pas suffi. Et Olivier Véran a annoncé dans la soirée d’hier que le projet serait reporté sine die. C’est, en médecine, ce qu’on appelle un traitement de choc : amputé, le texte sera amputé.

Il faut dire que tout se mettait en place pour rejouer un nouvel épisode façon "article 24", vous savez cet article de loi défendu par le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et qui donnait au gouvernement les moyens d’interdire de filmer la police et la gendarmerie par exemple lors d’opérations de maintien de l’ordre. Il fallait arrêter ça d’autant plus vite que ce procès en totalitarisme vient percuter les tentatives du chef de l’Etat de se relégitimer comme défenseur des libertés publiques et individuelles, lui qui se retrouve trop souvent caricaturé comme ennemi de la liberté. A la trappe, donc, cette mesure qui avait pourtant sa logique.

Sa logique ? Vous pensez que ce serait une bonne mesure de protection sanitaire ? 

Je pense que tous ceux qui n’ont plus le droit depuis des mois de recevoir du public aimeraient bien qu’on trouve un moyen, une sorte de passe pour enfin revoir des clients. Je pense que la preuve d’un vaccin pourrait être intelligemment utilisée. Et je pense que chaque Français pourrait naturellement garder sa liberté de choix : celle de se faire vacciner ou pas et d’aller au restaurant et au théâtre… ou pas.