L’acte 2 du quinquennat Macron victime du coronavirus

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Alors qu'il devait concentrer l'Acte II de son quinquennat sur des sujets régaliens, Emmanuel Macron se retrouver confronté à une crise sanitaire majeure. Au-delà des conséquences économiques, l'épidémie de Coronavirus devrait également avoir un impact politique important.

Les marchés financiers et les cours du pétrole ont repris un peu de vigueur après le krach de lundi, mais les dégâts vont se faire sentir longtemps.

Aussi bien sur l’économie que sur la politique. Sur l’économie, on le sait déjà, la croissance va subir un sérieux coup d’arrêt. Les échanges internationaux sont paralysés, le financement des entreprises est fragilisé, la bourse reste en grande tension. Et tout cela va durer aussi longtemps que durera l’épidémie. Or, on n’en est pas encore au stade 3 de la propagation du virus, une étape qui est pourtant présentée comme inexorable.

Et sur la politique, à quelles conséquences est-ce qu’il faut s’attendre ?

Dans ce domaine aussi, elles vont être lourdes. On ne parle pas des élections municipales, le gouvernement fera tout pour assurer la tenue du scrutin. Pas de bouleversement de ce rendez-vous démocratique, donc, pas plus qu’il ne devrait y avoir de grand remaniement au lendemain des élections. Sauf dans le cas très improbable d’une défaite d’Édouard Philippe au Havre, le chef de l’État devrait conserver son Premier ministre.

Non, les bouleversements vont se faire sentir ailleurs. Depuis quelques mois, l’Élysée avait théorisé ce qu’il a appelé l’Acte II du quinquennat. L’Acte I avait été celui des réformes économiques et sociales, mais aussi des tensions et des affrontements. L’Acte II devait être celui d’un meilleur dialogue avec les Français et l’occasion de se concentrer sur ce qu’on appelle habituellement les sujets régaliens comme la sécurité, la laïcité et les questions de société. Pour ce qui est du dialogue, on ne peut pas dire que ça ait été une réussite fulgurante. Le conflit des retraites a remis de la tension dans le rapport entre une majorité de Français et le chef de l’État. La mobilisation permanente d’Emmanuel Macron sur le front de la lutte anti-coronavirus est sûrement une manière de retisser du lien, de se montrer proche des gens et de leur souffrance.

Et pour le régalien ?

Rien ne se passera comme prévu. Le choc de croissance, qui entraînera évidemment un choc sur l’emploi, va obliger le président de la République à remettre ces sujets économiques et sociaux tout en haut de la pile. Lui qui savourait la performance en matière de baisse du chômage (meilleur score depuis plus de 10 ans) et qui se félicitait que plusieurs indicateurs économiques soient toujours bien orientés, se retrouve avec une crise économique quasi-certaine. Or, la France n’a pas de marges de manœuvre. La dépense publique et les déficits n’ont pas été maîtrisés pendant que la situation économique le permettait, ce qui fait qu’on va manquer de moyens pour relancer la machine. Voilà ce qui va monopoliser une bonne partie de l’attention des pouvoirs publics, voilà ce qui va faire passer au second plan le régalien, le rapport à l’islam, la sécurité des biens et des personnes. À peine le stade 3 de la maladie sera-t-il atteint, que l’Acte II sera fini.