La vague verte et l'abstention

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© Europe 1
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Plusieurs enseignements sont à tirer des résultats du second tour des élections municipales dimanche soir. Il y a cette vague verte bien sur qui a déferlé sur plusieurs grandes villes de France. Mais il y a aussi l'échec du parti présidentiel, incapable de conquérir de nouvelles communes. 

La France a donc connu dimanche au second tour des élections municipales une énorme vague verte.

Oui, une poussée vraiment impressionnante, très au-delà même des pronostics. Il suffisait d’ailleurs de voir l’air estomaqué de Yannick Jadot, dimanche soir sur les plateaux de télévision (et ses waouh successifs) pour comprendre que les Verts eux-mêmes n’avaient pas poussé leurs espoirs si haut. Le plus frappant, je crois, c’est le cas de Bordeaux, qui bascule à gauche pour la première fois depuis 73 ans, emportée par un candidat totalement inconnu, sans expérience, mais avec une étiquette bien dans l’air du temps.

A Lyon aussi, les Verts provoquent un séisme.

Oui, avec, même chose, un candidat nouveau venu, et qui vient enrichir l’escarcelle des victoires écologistes, avec Strasbourg, Poitiers, Annecy ou Besançon. Et ce qui est frappant, dans ces résultats, c’est l’inversion du rapport de force au sein de la gauche. Les Verts sont, dans de nombreux endroits, devenus les patrons de la gauche. Au détriment des socialistes.

Dans les villes où le maire sortant était socialiste, les Verts sont venus renforcer sa majorité et assurer la victoire (l’exemple le plus frappant, c’est Paris, bien sûr). Mais là où la gauche était en conquête, ce sont les Verts qui ont donné le tempo. Olivier Faure avait beau dire, dans ses commentaires sur les plateaux de télévision, que ce scrutin marquait la naissance d’une nouvelle force politique social-écologique, c’est l’inverse qui est vrai. Il faut aujourd’hui parler d’une nouvelle force écolo-sociale.

Cela peut préfigurer ce qui se passera en 2022, pour l’élection présidentielle ? 

Pour vous répondre, il faut se reporter trois ans en arrière. Nous étions au lendemain de législatives triomphales pour La République en Marche, le tout jeune parti du nouveau président élu, Emmanuel Macron. Et à l’époque, on n’arrivait plus à compter (tellement ils étaient nombreux) les maires de droite et de gauche qui envoyaient des signaux appuyés à Emmanuel Macron. En trois ans, tout a changé, et les alliances par exemple entre la droite et En Marche n’ont que rarement fonctionné.

Le maire de Toulouse a sauvé de justesse son siège, mais dans la plupart des cas (à Bordeaux, à Tours, ou à Nancy), ces alliances ont même été contreproductives. Mais ce qui est vrai au niveau municipal ne le sera pas forcément au niveau national. En particulier, la lourde (très lourde) défaite du parti d’Emmanuel Macron, ne peut certainement pas être extrapolée au niveau de la France entière. 

La République en Marche ne conquiert aucune ville.

Non, elle en garde une poignée, mais aucune conquête. Que des échecs. Au fond, son plus brillant succès est aussi son plus gros problème. Je veux parler du Havre, bien sûr, et de la nette victoire d’Edouard Philippe. Un succès pour le Premier ministre, qui devrait rejaillir sur le chef de l’Etat puisqu’il mène sa politique.

Sauf qu’Edouard Philippe n’est pas adhérent de La République en Marche. Et qu’Emmanuel Macron avait parmi ses projets de remaniement l’option remplacement d’Edouard Philippe à Matignon. Un scénario devenu hier soir plus difficile. Virer un vainqueur, c’est encore plus compliqué que virer quelqu’un qui est plus populaire que vous.