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Un arrêté interdira tout vol intérieur avec Paris-Orly quand le train prend moins de 2h30, c'est une des propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat. L’abandon des liaisons courtes fait partie des conditions pour le sauvetage d’Air France. Le gouvernement ne veut pas que d’autres compagnies s’installent sur ces trajets.

C’est l’une des 149 propositions de la Convention Citoyenne pour le Climat qui devrait entrer rapidement en application : l’interdiction de desservir les petites lignes aériennes…

Oui, comme s’il y avait une urgence absolue, qui imposait de ne même pas attendre qu’Emmanuel Macron s’exprime sur le sujet. Vite, vite, il faut interdire tous les trajets en avion qui peuvent être remplacés par un trajet en train de moins de 2h30. C’est le résultat de deux événements successifs : le premier, c’est le prêt de 7 milliards d’euros que l’Etat a consenti à Air France. Bruno Le Maire y a mis une condition : réduire l’empreinte carbone de la compagnie aérienne, en particulier en renonçant à la desserte de très courts courriers. Et puis, deuxième lame, la Convention citoyenne, qui a adopté cette interdiction dans l’enthousiasme pour les trajets de moins de 4 heures. Je vais vous dire : je n’ai jamais vu une décision aussi lourde de conséquences être prise avec aussi peu de réflexion sur la suite, aussi peu de ce qu’on appelle une étude d’impact…

Il y a quand même au moins une vraie conséquence positive : moins d’émission de carbone dans l’air. Moins de bruit, aussi…

Bravo. Mais que met-on en face ? Parce que l’écologie, c’est bien, à condition d’en maîtriser le coût. Le coût économique et social, bien sûr : ce sont des milliards d’euros d’activité et des milliers d’emplois qui vont disparaître des plateformes aéroportuaires de grandes villes comme Lyon, Bordeaux, mais aussi de tous les autres aéroports de taille moyenne qui seront à moins de 2h30 heures d’un nœud, d’un hub aérien. C’est un coup dur pour l’attractivité de ces territoires, pour les sièges sociaux des grandes entreprises qui ont besoin d’être connectées au reste du monde. C’est, pour tout dire, la décision la plus jacobine depuis longtemps, et cela alors qu’Emmanuel Macron promet d’engager une nouvelle phase de décentralisation et de déconcentration. Incompréhensible…

Lyon, Bordeaux, ce n’est qu’à 2 heures de train de Paris…

Oui. Donc pour aller à New York ou Pékin avec une compagnie qui décolle d’Orly, vous prendrez le train jusqu’à Paris, puis le métro, le RER ou un taxi, et enfin l’avion ? On va vite comprendre que ce sera plus simple de passer par Londres ou Amsterdam. C’est malin, cette décision d’envoyer du trafic passager vers l’étranger…

En tout cas, sur les petites lignes intérieures, les concurrents d’Air France seront aussi interdits de vol.

Oui, c’est formidable, cet Etat omnipotent. D’un côté, il est actionnaire d’Air France, et il octroie une aide (bienvenue) de 7 milliards d’euros. Et puis il met son costume de puissance publique et il empêche les autres compagnies de faire ce qu’il a interdit à Air France. Ca promet sûrement quelques contentieux intéressants. Et justement, à propos de conflit : lorsqu’on aura supprimé toute liaison aérienne intérieure entre des villes comme Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes, Strasbourg, quand tout reposera sur la SNCF à qui on aura donné un monopole de fait des transports publics, on aura offert à la CGT un gigantesque pouvoir de bloquer le pays. Ca, c’est de l’écologie sociale.