Jean-Marie Bigard en 2022 : la tentation du trublion en politique

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Ira, ira pas… Jean-Marie Bigard laisse planer le doute sur son projet de se présenter à l’élection présidentielle. C’est sérieux ?

Avec lui, difficile de savoir. D’abord parce que c’est son métier de ne pas être sérieux. Mais aussi parce qu’il semble prendre un malin plaisir à souffler le chaud et le froid. La tendance du moment, dévoilée le week-end dernier ? Il y va, parce que, dit-il, il est "ravi de faire peur à cette bande d’enculés".

Bon, ce qui est sûr, c’est que ce ne sera pas… ce ne serait pas une campagne classique… Il a un programme ?

Une première ébauche, oui : réouverture des maisons closes, un alambic pour tous, et un budget nourriture divisé par 3 pour les ménages. Plus surprenant, l’auteur de l’impérissable « lâcher de salopes » promet d’abroger la loi PLM qui fixe le statut des 3 plus grandes villes françaises : Paris, Lyon et Marseille…

Pourquoi ? C’est une réforme plutôt technique par rapport aux autres promesses

Oui, mais c’est probablement dû au fait que Jean-Marie Bigard vient de se présenter aux municipales à Paris, avec le forain Marcel Campion. Et il a pris une rouste, une tôle, une correction, je ne sais pas comment dire sans parler comme un sondeur : son score à Paris (dans le 6ème) 0,48%. Il a eu 56 voix. A ce rythme-là, l’Elysée, c’est pas gagné…

Donc il n’a aucune chance ? Attention :  l’élection présidentielle réserve toujours des surprises !

Je ne dis pas qu’il n’a aucune chance. Ce serait présomptueux, et ce serait oublier l’exemple du clown Zelenski, élu président d’Ukraine, il y a un an. Ce serait oublier l’exemple italien de Bepe Grillo, qui a porté son Mouvement 5 étoiles au pouvoir. Il est vrai que, dans l’échiquier politique italien, cette case de l’homme politique anti-système était en partie inoccupée. Alors qu’en France, elle est sur-occupée et, les candidats anti-système se bousculent, parmi lesquelles la plus populaire est évidemment Marine Le Pen (avec un sens de l’humour bien différent)…

Chez nous, il y a eu l’exemple de Coluche…

Oui, il s’était lancé dans la course, avec le soutien de plusieurs intellectuels, et, disait-il, le parrainage de plus de 500 maires. Ce qui a été largement démenti depuis. Quoi qu’il en soit, Coluche a renoncé. Bigard pas encore. Il est dans cette phase où la fébrilité augmente, où des sondeurs le flattent, où l’inquiétude qu’il suscite chez d’autres candidats lui fait croire à son importance, et où la bassesse de ses attaques (contre Emmanuel Macron, par exemple), n’a pas encore lassé. Sauf que, pour arriver à l’Elysée, il ne suffit pas d’insulter les autres. Le vulgaire, qu’il revendique, permet peut-être de tout dire, de dénoncer des complots, pas de faire un quinquennat. On l’a vu, avec l’épisode des Gilets jaunes qui se sont fracassés sur les élections européennes : la politique est un métier. On peut la détester, la traîner dans la boue, jurer comme Bigard que ce sont tous des « tocards », la réalité est plus dure, sérieuse, stricte, exigeante. Président, c’est une tension permanente. Candidat, aussi. Et c’est mécaniquement faire des millions de déçus, des millions d’adversaires (très mauvais pour la carrière d’un artiste). Disons que, pour un comique ou un animateur télé, ce serait un … putain de risque.