"Gilets jaunes" : "La révolte est partie d’un ras-le-bol fiscal, c’est donc par l’impôt qu’il faut la traiter"

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque samedi et dimanche, Nicolas Beytout, directeur du journal "L'Opinion", donne son avis sur l'actualité de la semaine.

Vous avez aimé une petite phrase glissée par Emmanuel Macron dans son discours sur l’énergie, en début de semaine.

Oui, et qui n’a pas été très relevée ni commentée. Normal : tout le monde s’est focalisé sur le sujet de la taxe-carbone et de la hausse du prix des carburants. Et pourtant, cette petite phrase prononcée en passant aurait pu (aurait dû) être le cœur du discours.

Alors, quelle est-elle ?

Nous devons trouver "une meilleure réponse aux aspirations de nos concitoyens en dépensant moins et donc en pouvant plus rapidement baisser leurs impôts et leurs taxes". Dépenser moins et baisser plus rapidement les impôts : Emmanuel Macron a attendu 52 minutes et 54 secondes pour prononcer ce qui est pourtant le moyen de sortir de cette crise des "gilets jaunes". Chacun le sait, ce mouvement très profond a été déclenché par une hausse des taxes carbone, avant d’additionner, d’agglomérer toutes sortes de colères.

A tel point qu’il est devenu impossible de répondre à toutes ces revendications, et je mets de côté évidemment les plus farfelues comme par exemple, rendre obligatoire la présence physique des députés à l’Assemblée : c’est sûr que s’ils sont en permanence dans l’Hémicycle, ce qu’il reste de lien des élus avec le territoire ne va pas se renforcer !. Donc, je le redis, la révolte est partie d’un ras-le-bol fiscal, c’est donc par l’impôt qu’il faut la traiter.

Bon, mais de quels impôts parlez-vous ? Lesquels faudrait-il baisser ?

Il y en a tellement qu’il y a l’embarras du choix. La clef, c’est de baisser un ou des impôts de manière à ce que tout le monde le voit, très vite. L’idée, défendue par certains, de remettre un ISF serait catastrophique : répondre à un ras-le-bol fiscal par le retour d’un impôt, c’est le pire signal qu’on puisse imaginer. Mais je vous le dis, il y a le choix. La France a, une nouvelle fois, été désignée championne d’Europe des impôts et des taxes, avec un taux record, jamais atteint : 48,3% de ce qu’on produit, de ce qu’on gagne, est prélevé. En moyenne en Europe, c’est 40,2%. La France a un niveau de prélèvements obligatoires supérieur de 20% à la moyenne. C’est gigantesque !

Et ça n’arrête pas : l’Assemblée et le Sénat ont encore créé ces dernières semaines de nouvelles taxes (sur les bureaux en Ile-de-France, sur les parkings, sur les mutuelles complémentaires de santé). Manifestement, ils n’ont pas encore compris !

Donc, selon vous, on peut commencer à éteindre la crise avec des baisses d’impôts. Sauf que la citation d’Emmanuel Macron commence par : "il faut dépenser moins".

Exact, et c’est là le problème car, vous avez raison, personne ne défile aujourd’hui pour demander une baisse de la dépense publique. Eh bien, c’est là que doit se concentrer le message du gouvernement, c’est là-dessus que doivent porter les concertations dans les territoires pour trouver les moyens d’être plus efficace en dépensant moins. La France vit au-dessus de ses moyens, taxe plus qu’ailleurs, dépense plus qu’ailleurs et les gens sont au moins aussi insatisfaits et pour certains aussi malheureux qu’ailleurs. Il faut casser cette spirale : si plus de dépenses et plus d’impôt conduit à une telle révolte, c’est bien la preuve qu’il faut changer l’équation de base, qu’il faut l’inverser.