Edouard Philippe amorce la bataille de l’urgence économique et sociale

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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On est à J-4 : mardi prochain, nous retrouverons presque partout en France la plupart de nos libertés… Oui, et autant la première phase du déconfinement, le 11 mai, avait été punitive, une sorte de confinement light, autant cette fois, comme dit Edouard Philippe, "la liberté redevient la règle, et l’interdiction l’exception". C’est curieux, d’ailleurs : le Premier ministre avait employé exactement la même expression/phrase, il y a 3 semaines, mais on n’y avait pas cru. Cette fois, ça devrait être la bonne.

Bon, mais il reste quelques étapes à franchir : le 15 juin, les frontières, et le 22 juin, un déconfinement quasi-total du pays

Oui, cette guerre contre le virus n’est pas achevée. Mais jamais Edouard Philippe ne s’était montré aussi optimiste. Enfin, optimiste sur la crise sanitaire, parce que pour le reste (je veux parler de la crise économique et sociale), c’était plutôt l’inverse. Pour la première fois depuis la mise à l’arrêt du pays, à la mi-mars, le Premier ministre a parlé d’une autre urgence, d’un « nouveau front qui s’ouvre aujourd’hui » : la crise économique et sociale. Et désormais, ce n’est plus un concept, une vague menace, une théorie. C’est une méchante réalité : on avait appris, quelques heures avant les annonces d’Edouard Philippe, que la France avait compté 850.000 chômeurs de plus en avril. C’est un record, bien sûr, mais ça ne veut rien dire : c’est un cataclysme, en réalité. Pendant que la France était verrouillée, elle a bénéficié de traitements (comme le chômage partiel) qui ont atténué la violence du choc économique et social. Cette anesthésie s’est brutalement dissipée hier : la crise sanitaire s’estompe, le chômage et les faillites d’entreprises sont là.

Les écoles, les collèges, les lycées vont ouvrir plus largement

Oui, enfin, parce que c’est la clef : l’économie ne repartira pas si les salariés et les fonctionnaires ne peuvent pas retourner au travail à cause des gardes d’enfants. Les enseignants détiennent donc une partie de la santé de notre pays entre leurs mains. Qu’ils tardent à se mobiliser, et le redémarrage du pays en sera affecté. C’est un signe, d’ailleurs : pour la première fois, Jean-Michel Blanquer a utilisé cet argument publiquement. Jusque-là, on parlait des décrocheurs et de l’inégalité entre élèves. Cette fois, enfin, on suggère aux profs que leur responsabilité dépasse la simple mission d’enseignant.

Bon… beaucoup de sujets santé, d’économie. Est-ce qu’Edouard Philippe a aussi fait de la politique, pendant sa conférence de presse ?

Oui, à sa manière, par petites touches, petites phrases. On sait, depuis le début de la crise sanitaire, qu’il est plus prudent, moins allant sur le déconfinement qu’Emmanuel Macron. On sait que cette différence d’appréciation est même devenue un problème entre eux. Alors, Edouard Philippe n’a pas résisté à l’envie poser quelques petits cailloux, manière de souligner qu’il était responsable, et de revendiquer sa part de succès dans la lutte contre l’épidémie. Tenez, cette phrase à propos de certaines salles qui ne pourront pas rouvrir tout de suite : « J’en suis désolé, a-t-il glissé, mais c’est mon devoir ». Message envoyé en direct à l’Elysée.