Dépenses publiques : quand l’État n’en fait qu’à sa tête

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h30
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Pour la énième fois, la Cour des Comptes vient de lancer une alerte avec des mots très durs sur le dérèglement de notre santé budgétaire. Emmanuel Macron avait promis d’être à zéro déficit en fin de mandat, il n’a plus aujourd’hui aucune chance d’y arriver. Il est en train d’échouer sur ce point. Cette maladie de la dépense provoque une sorte de dépression permanente, accompagnée de fatalisme chronique. La preuve c’est que le signal d’alarme de la Cour des Comptes qui ne provoque aucun sursaut.

Nicolas Beytout revient ce mercredi sur une maladie assez grave qui touche la France.

Elle a été très contagieuse, elle ne l’est plus. Au plus fort de l’épidémie, elle avait touché à peu près tous les pays de la planète. C’est une maladie dont la plupart des pays sont sortis guéris depuis des années. Il ne s’agit pas du coronavirus, mais d’une autre fièvre qui s’appelle la maladie de la dépense publique. Il s’agit une affection de longue durée qui a des conséquences très lourdes en termes d’endettement. La Cour des Comptes vient de lancer, pour la énième fois, une alerte avec des mots très durs sur ce dérèglement de notre santé budgétaire. Il n’y a "aucune amélioration" des comptes publics. Au contraire, leur redressement "est aujourd’hui à l’arrêt". Année après année, le total des dépenses progresse (il vient de dépasser les 1.300 milliards d’euros) et rien n’est vraiment fait pour se soigner.

La plupart des pays sont guéris de cette "inflammation des dépenses" pour reprendre l’image médicale ?

Ils font en moyenne trois fois mieux que nous. Emmanuel Macron, comme ses prédécesseurs, est en train d’échouer sur ce point. Il avait promis d’être à zéro déficit en fin de mandat, il n’a plus aujourd’hui aucune chance d’y arriver. Ce n’est pas difficile de prévoir que le gouvernement ne va pas se lancer dans la chasse aux dépenses publiques d’ici aux élections de 2022.

Peut-on quand même vivre avec cette inflammation ?

Oui, mais mal. C’est un piège ! La France est le pays qui dépense le plus, celui qui prélève le plus d’impôts et de taxes et celui qui redistribue le plus. Malgré cela, la France est le pays dont les habitants sont les plus en demande d’aides et de prestations publiques. Celui qui a, de tous les pays modernes, le plus fort taux de pessimisme. Cette maladie de la dépense provoque une sorte de dépression permanente, accompagnée de fatalisme chronique. La preuve c’est le signal d’alarme de la Cour des Comptes qui ne provoque aucun sursaut, aucun réveil. Il provoque juste une sorte d’indifférence collective. Nicolas Beytout craint même que la situation ne soit en train de s’aggraver.

Quels sont les symptômes ?

Les programmes électoraux comme les grands travaux pharaoniques promis par certains candidats aux municipales et puis, le contexte politique. La baisse des dépenses publiques est considérée comme une purge que personne ne veut revendiquer. Au contraire, au moment où va commencer le procès Fillon, beaucoup se remémorent pour s’en désolidariser le programme de redressement des finances publiques qu’il avait défendu, y compris dans sa famille politique. Pour tuer cette idée, ses détracteurs ont le mot magique : libéralisme. Vouloir réduire les dépenses publiques, c’est être ultra-libéral. C’est la première fois qu’un médicament est davantage craint que la maladie qu’il doit soigner.