Déconfinement : les questions politiquement incorrectes de la rentrée scolaire

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© Europe 1
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Selon le ministre de l'Education nationale, 50% des enseignants ne sont pas à leur poste pour la reprise de l'école cette semaine. Un chiffre qui fait bondir Nicolas Beytout, qui s'offusque de voir une proportion considérable de professeurs rester chez eux. 

Plus d’un million d’élèves sont rentrés en classe, un peu partout en France, mardi, et plutôt en bon ordre.

Oui, ce test-là a été passé avec succès. Bravo à tous ceux, enseignants, directeurs d’écoles, personnels de l’Education nationale, qui y ont participé. Voilà : j’ai applaudi, j’ai dit à quel point je trouvais admirable le dévouement de ceux qui se sont mobilisés, à quel point le protocole sanitaire élaboré par le ministère avait permis de réussir les débuts du déconfinement. Bref, j’ai été politiquement correct.

Ce qui veut dire qu’il y a (ou que vous avez) une autre façon de voir les choses.

Oui. Lorsque j’entends le ministre souligner que "près de 50% des enseignants" retourneront à l’école, je ne peux pas m’empêcher de voir que ça signifie que plus de la moitié des profs resteront chez eux. C’est une proportion considérable. Quand j’entends que "plus d’un million d’élèves" a repris le chemin de l’école, je ne peux occulter le fait qu’il y en a cinq millions (soit cinq fois plus, proportion considérable là aussi), qui restent en dehors du système.

Sauf que le collège et le lycée, c’est pour plus tard. Et puis il y a l’enseignement à distance.

Oui, bien sûr. J’espère quand même que les profs ne vont pas continuer à expliquer que c’est l’équivalent d’une salle de classe, parce qu’on finira par se demander quelle est leur véritable plus-value.

Et, à propos de questions, en voici d’autres, politiquement incorrectes : comment se fait-il qu’on sente chez tant d’enseignants aussi peu d’empressement à reprendre leur place à l’école ? Y aurait-il par hasard, ici ou là, un effet Printemps ? Ou pourquoi pas une posture politique, syndicale, contre la politique du gouvernement, et qui dépasserait évidemment l’intérêt de l’enfant ?

Comment se fait-il aussi que ce ministère abrite autant de personnels fragiles, qui se font mettre en arrêt-maladie ? Comment se fait-il que les profs aient le choix de remettre ou pas leurs enfants en classe, et s’autorisent ainsi à être eux-mêmes absents, pour les garder ? N’y a-t-il pas là une inégalité flagrante dans la transmission du savoir ? Comment se fait-il que de très nombreux parents ne sachent toujours pas si, cette semaine, la semaine prochaine, leur progéniture va être reprise en classe, et d’ailleurs sur quels critères (dès lors qu’ils ne font pas partie des professions prioritaires) ? 

En tout cas, ce n’est pas du tout le message que délivre le ministère de l’Education nationale.

Non, évidemment. Alors attention, je sais bien que la plupart des enseignants remplissent bien leur mission. Mais pas tous. Et ça, le ministère ne peut pas le dire. Un ministre de l’Education qui veut durer doit dire que les profs sont admirables. Jean-Michel Blanquer est un bon ministre, et comme il veut durer, il sait par cœur la liste de ses prédécesseurs tombés en disgrâce, canonnés par les syndicats pour avoir risqué une critique sur les profs.

Donc il parle en moyenne, il dit "les enseignants sont motivés, sont impliqués". Mais cette globalité cache bien des disparités que la langue de bois interdit de nommer, sous peine d’entendre tous les gardiens du temple scolaire crier au blasphème et, pire encore, de les voir convoquer comme témoin le fantôme de Jules Ferry.