Covid : deuxième vague, deuxième échec pour l'exécutif

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce vendredi, il revient sur le nouvel échec du gouvervement face à la seconde vague de Coronavirus. Après l’échec des masques, celui des tests PCR.

Olivier Véran a donc repris la parole ce jeudi lors d’une conférence de presse , pour annoncer une nouvelle stratégie dans la lutte contre le Covid.

Il était temps de corriger la trajectoire. On allait en effet dans le mur. Depuis Pâques dernier, depuis la mise en place de la fameuse trilogie "tester-tracer-traiter", la France s’était lancée dans un gigantesque rattrapage de son retard en matière de tests. Des objectifs chiffrés ont été assignés, puis progressivement relevés jusqu’à 1,2 million par semaine. Il fallait "tester-tester-tester" comme le rabâchait le gouvernement qui, il est vrai, appliquait-là les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé. Bravo, on a rejoint le podium des meilleurs pays en nombre de tests hebdomadaires. Bravo, mais ça ne sert à rien ou presque.

On teste, mais il faut attendre des jours et parfois des semaines avant d’être prélevé et d’avoir le résultat, positif ou négatif. On a fait du chiffre, mais on a oublié de s’occuper de ce qu’il se passait après le prélèvement.
C’est précisément ce que le ministre de la Santé a corrigé ce jeudi en promettant des queues moins longues et des tests à résultats quasi-instantanés.

Oui, après avoir été mis sous forte pression par Emmanuel Macron. Après l’échec des masques, cet hiver, c’est en effet un nouveau bug du gouvernement dans la lutte contre l’épidémie. Vous vous souvenez des épisodes peu glorieux sur l’utilité des masques (ils ne servaient à rien et on ne savait pas les utiliser lorsqu’on n’en avait pas ; et puis un jour, ils sont devenus indispensables et obligatoires). Pour les tests, même scénario : au début de l’épidémie, on ne devait pas se faire tester ; et puis c’est devenu gratuit et accessible à tous. Avec la queue avant et l’attente après. Deuxième vague, deuxième échec.

Et où est-ce que ça a "bugué" ? D’où vient le dysfonctionnement ?

C’est un magnifique cocktail des travers français : trop de normes, pas assez de souplesse dans le choix et l’origine des tests, une rigidité imposée au secteur des laboratoires d’analyse, une administration trop lente, et puis la gratuité totale des tests, aussi, qui est la force et la faiblesse du modèle social français. J’ajoute, et je pense que c’est assez alarmant, qu’il a fallu qu’Emmanuel Macron s’en mêle.

C’est la centralisation à la française.

Oui, mais ça pose beaucoup de questions. D’abord, rappelons-nous, Jean Castex a été nommé à Matignon avec la promesse d’être un as de l’exécution, un champion de la politique du concret. Pas gagné. Et puis, plus fondamentalement, est-ce que le Président était le seul à voir les files d’attente devant les labos ? Est-ce que personne dans la majorité, n’avait compris que cette image nourrissait dans l’opinion publique une impression d’échec ? Voyez-vous, ça ressemble furieusement au problème de la délinquance : on nous sert des chiffres rassurants, mais le sentiment d’insécurité progresse. On nous rassure avec des millions de tests, mais le ressenti dans l’opinion ne suit pas. Aucun doute possible, la majorité a encore du travail pour se rapprocher du terrain.