Coronavirus : le masque devient un symbole

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Le masque est devenu un instrument de communication politique. Ne pas en porter, pour un homme ou une femme politique français, c’est une façon de rassurer. Il est devenu le symbole de cette crise sanitaire mondiale mais également de l’irrationalité des mouvements de foules et des emballements collectifs modernes.

Emmanuel Macron fera donc ce soir sa première intervention télévisée consacrée à l’épidémie de Coronavirus.

Naturellement, le chef de l’État parlera sans masque. Ça paraît être une évidence, mais il y a des pays où l’épidémie est tellement avancée que les dirigeants politiques se promènent et parlent désormais à la télévision avec un masque. C’est le cas en Chine, là où tout a commencé, c’est le cas aussi en Corée du Sud. En porter, c’est donner l’exemple, là où c’est nécessaire.

Mais la France n’en est pas là !

Non et c’est même l’inverse. Ne pas en porter, pour un homme ou une femme politique français, c’est une façon de rassurer. Le masque est devenu un instrument de communication politique. On se rend d’ailleurs compte que ce morceau de papier plus ou moins technologique est en train de se transformer en symbole absolu de tout ce que charrie cette crise sanitaire mondiale. C’est lui que beaucoup de gens s’arrachent, provoquant des pénuries et une hyper-inflation des prix. Au point que les services de la répression des fraudes ont dû menacer de contrôler les prix. Les douanes, de leur côté, ont saisi de nombreuses contrefaçons. Le masque c’est le symbole de l’irrationalité des mouvements de foules et des emballements collectifs modernes.

Il y a eu aussi beaucoup de fake news sur les masques, sur leur usage ou leur fabrication.

Des fake news que les réseaux sociaux n’ont pas toujours réussi à endiguer. À tel point que Facebook en a interdit la pub sur son réseau. Le masque, symbole de ce nouveau dérèglement de la communication.

Sur le plan international ?

Là aussi, quel symbole. En Europe, c’est le marqueur de la division et de l’incapacité de ce continent à gérer en commun un problème qui, par définition, se moque totalement des frontières. Les appels à l’aide de l’Italie à ses voisins pour la fourniture de masques se sont heurtés à un mur. Les pays étant eux-mêmes plutôt mal approvisionnés, ils n’ont pas voulu se dessaisir de stocks avant l’arrivée massive de l’épidémie sur leur propre sol. La France et l’Allemagne ont même interdit les exportations de masques, histoire de rassurer leurs opinions publiques. C’est sûr, l’Europe a perdu une bonne occasion de montrer qu’elle n’était pas seulement un machin technocratique ou un concept pour banquier central.

C’est la Chine finalement qui va approvisionner l’Italie.

Oui, ce qui fait que l’Europe a aussi raté cette chance d’affirmer sa souveraineté face à la Chine. Depuis que le virus a commencé à régresser dans ce pays, ses dirigeants ont retrouvé leurs réflexes de part de marché. La diplomatie chinoise n’a pas laissé passer l’opportunité de proposer à l’Italie de lui fournir les masques et les appareils d’assistance respiratoire que les Européens ne pouvaient pas lui apporter. Voilà : la Chine, d’où est parti le virus, envoie des containers de masques et se porte au secours du reste du monde. Le masque, formidable symbole d’un nouvel ordre mondial.