Candidature non validée de Sylvie Goulard : chantage et prises d'otages politiques au Parlement européen

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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La candidature de Sylvie Goulard n'a pour le moment pas été validée par les députés européens. Au-delà des "affaires" auxquelles elle serait liée, il s'agirait davantage d'un règlement de comptes qui concerne Emmanuel Macron.

Sylvie Goulard, la candidate française à la Commission européenne, a passé son audition devant le Parlement ce mercredi après-midi. Un moment difficile pour elle.

Sylvie Goulard a été secouée par les questions des députés européens et elle n’est pas sortie indemne de cette séance. Pour l’instant, sa candidature n’est pas validée. Disons-le tout de suite, si Sylvie Goulard était finalement récusée par le Parlement de Strasbourg, ce serait un mauvais coup pour l’Europe. Elle fait en effet partie des personnes les plus compétentes et les plus engagées dans ce domaine. Elle y a consacré une partie de sa vie, elle en connaît les rouages, les subtilités et les arcanes. De ce point de vue, l’Europe aurait à y gagner.

Sauf qu’il y a un "mais". L’affaire des faux assistants parlementaires du MoDem dans laquelle elle est mise en cause.

Oui, plus un contrat qui l’a liée à un cabinet de lobbying américain, lequel l’a généreusement rémunérée pendant qu’elle siégeait au Parlement. C’est vrai, ce sont deux taches sur un CV pour le reste impeccable. Les députés qui l’ont auditionnée l’ont cuisinée là-dessus. Mais en réalité, derrière ces mises en cause, il y a quelque chose de beaucoup moins reluisant. Il y a un règlement de comptes.

Un règlement de comptes contre elle, personnellement ?

Au travers de sa personne, c’est son positionnement politique qui est visé et ce n’est pas glorieux. Il y a quelques jours, c’est passé assez inaperçu en France, une candidate Roumaine à la Commission a été récusée par les députés. Or, elle est classée à gauche. Dans la foulée, les socialistes du Parlement se sont en quelque sorte vengés puisque un candidat hongrois (de droite cette fois) a été à son tour recalé, à la grande fureur des députés Républicains et des Chrétiens-démocrates allemands. Gauche-droite, un partout !

La balle au centre ?

Oui et au centre, il y a justement Sylvie Goulard qui se retrouve dans la position de cible idéale pour laver l’affront fait aux deux autres familles politiques du Parlement. En plus, elle est la candidate d’Emmanuel Macron, auquel plusieurs députés reprochent d’être intervenu dans la désignation du président du Parlement de Strasbourg et de l’avoir dynamité. Le président français a brouillé le jeu des parlementaires européens et ça ne leur a pas plu du tout.
La voilà, la clef de cette bataille autour de la candidate française.

Une bataille de pouvoir entre un chef d’État et le Parlement européen.

Exactement. Cela fait des années que le Parlement européen grignote son territoire, qu’il cherche à accroître son pouvoir, à imposer ses choix. L’objectif est louable : donner une véritable assise démocratique à l’Europe face à la Commission de Bruxelles. Mais, ça ne justifie pas d’employer tous les moyens pour y parvenir.