À droite, multiplication des rentrées politiques… et dispersion des idées

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Nicolas Beytout 1280 3:05
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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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LR fait sa rentrée politique, avec les municipales en ligne de mire, mais la droite républicaine reste pourtant morcelée en de nombreuses chapelles.

Les uns à La Baule, les autres à Brive-la-Gaillarde, la droite a fait sa rentrée politique ce weekend. Est-ce qu’on y voit plus clair ? Non, pas du tout, au contraire. Bon, sur le papier, la situation pourrait paraître simple. Le parti Les Républicains se cherche un chef, après la démission de Laurent Wauquiez, en Juin dernier. Et il y a 3 candidats, Christian Jacob, le favori ; et deux jeunes députés , Julien Aubert et Guillaume Larrivé, qui représentent tous une sensibilité différente… un phénomène assez classique dans les partis politiques.

Mais ce qui l’est moins, c’est qu’une bonne partie de ceux qui comptent à droite, ont fait leur rentrée ailleurs, ou même ne l’ont pas faite du tout, se réservant pour d’autres occasions. Valérie Pécresse, qui a quitté le parti Les Républicains,  a réuni son mouvement à 500 km de là, à La Baule. Et Xavier Bertrand, qui a lui aussi rendu sa carte du parti, est resté dans son fief du Nord, à 700 km de là. Et si je vous donne le kilométrage, ce n’est pas pour l’anecdote, mais pour bien montrer à quel point tous ces gens-là sont éloignés les uns des autres.

Mais là encore, est-ce que ce n’est pas un phénomène assez classique ? Après la défaite de l’élection présidentielle et la déroute des européennes, est-ce que cette division n’est pas inévitable ?
Si, évidemment. Après la défaite vient toujours l’idée de reconquête, et donc le début d’un affrontement naturel des ambitions : c’est le cas, tenez, pour Valérie Pécresse, pour Xavier Bertrand, pour Bruno Retailleau aussi. Et on peut y ajouter Laurent Wauquiez, pour le moment retranché dans sa région. Ces quatre-là ont en tête un jour de concourir pour l’Elysée.

Mais ce qui est frappant, à droite, ce n’est pas tant la division des hommes et des femmes que l’extraordinaire dispersion de leurs idées. Ces quatre-là ne pensent pas la même chose, ils ne voient pas la droite de la même manière. Elle doit être populaire pour les uns, forte pour les autres, ouverte et plutôt libérale pour certains, alors que d’autres veulent une droite conservatrice qui protège les frontières. Elle doit être tolérante en matière de mœurs alors que d’autres s’y opposent. Elle doit être un peu plus au centre parfois, ou au contraire un peu plus vers la droite façon Marion Maréchal. C’est le grand bazar des idées.

Encore une fois : n’est-ce pas une situation classique, en attendant l’émergence d’un leader qui rassemble la famille politique ? Si, bien sûr. Mais on ne voit aujourd’hui personne émerger comme leader des Républicains. Un leader de la droite apparaîtra bien un jour, mais ça se produira plus sûrement en dehors du parti. Et de la même manière que les frontières idéologiques sont devenues totalement mouvantes, de la même manière que le clivage droite-gauche a perdu de sa pertinence, celui qui relèvera la droite devra s’appuyer sur un programme attrape-tout, très élastique.

Un programme qui aille chercher une partie de ceux qui sont allés chez En Marche et Emmanuel Macron, et qui aille rattraper ceux qui se sont laissé tenter par Marine Le Pen. Comme vous l’imaginez, le cadre un peu figé d’un parti politique à l’ancienne n’est pas le meilleur outil pour cela.