Le roi Arthur et les chevaliers de la Table Ronde (partie 1)

SAISON 2020 - 2021 , modifié à
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Avant de donner son nom à une série de récits de légende, le roi Arthur a réellement défendu les peuples celtes des Iles Britanniques et de Bretagne. Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'Histoire", Jean des Cars tente de démêler le folklore et l’invention littéraire des faits qui se sont produits "dans la vraie vie". 

Les débats sur la réalité de l’existence d’Arthur Pendragon n’ont jamais vraiment cessé. Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'histoire", Jean des Cars vous raconte les légendes entourant la vie de ce chef de guerre celte qui a combattu les Saxons au tournant du VIème siècle. 

Lancelot devient l’amant de Guenièvre, l’épouse du roi Arthur

Il se passe des choses bien étranges au château du roi Arthur, le célèbre Camelot, au Pays de Galles, lors des fêtes de l’Ascension. Un chevalier étranger, Méléagant, fils du roi du "Pays d’où l’on ne revient pas", lance un étrange défi : un duel qui aura pour enjeu un grand nombre de chevaliers et de dames d’honneur d’Arthur que le père du chevalier garde prisonniers. 

Si Keu, le sénéchal du roi qui se battra en duel avec Méléagant l’emporte, les chevaliers et les dames de la Cour déjà prisonniers du père de ce dernier seront libérés. Mais s’il perd, l’épouse d’Arthur, la reine Guenièvre, devra les rejoindre en captivité ! Le duel a lieu, Keu est vaincu. Guenièvre doit suivre Méléagant au "Pays d’où l’on ne revient pas". 

Plusieurs chevaliers, dont le neveu d’Arthur, Gauvain, entreprennent alors de la délivrer. Parmi eux, se trouve un inconnu. On apprendra plus tard qu’il s’appelle Lancelot du Lac dont le roi considérera qu’il est le meilleur chevalier du monde.

Au cours des nombreuses et merveilleuses aventures qui suivent, Lancelot prouve sa valeur, sa loyauté et son courage. Il parvient à libérer la reine Guenièvre de sa prison. Mais elle a appris qu’il a hésité un instant à monter dans la charrette avec ses compagnons pour suivre sa trace. Elle ne lui manifeste donc aucune reconnaissance et ne veut plus le voir. 

Désolé par l’attitude de la reine dont il est fou amoureux, Lancelot tente de se suicider mais Guenièvre, qui en souffre à en mourir, lui avoue aussi son amour. Lancelot rejoint alors sa chambre. Il brise les barreaux de la fenêtre pour y accéder. Chrétien de Troyes nous raconte la suite : "Il arrive au lit de la reine. Il reste en adoration en s’inclinant devant elle... Alors, la reine lui tend les bras, les passe autour de lui, et le serre étroitement sur sa poitrine. Ainsi, elle l’a attiré dans son lit, lui réservant le meilleur accueil qu’elle puisse jamais lui faire. C’est Amour et son cœur qui lui dictent sa conduite, c’est inspiré par Amour qu’elle lui fait fête. Mais si elle éprouve pour lui un grand amour, lui éprouve pour elle un amour cent mille fois plus grand, car Amour n’a rien fait avec tous les autres cœurs en comparaison de ce qu’il a fait avec le sien… Maintenant Lancelot a tout ce qu’il veut puisque la reine accueille avec faveur sa compagnie et ses caresses, puisqu’il la tient entre ses bras comme elle le tient entre les siens. Ce jeu lui est si doux et si bon, ce jeu des baisers, ce jeu des sens, ils ont connu une joie si merveilleuse qu’on en n’a jamais entendu décrire, jamais connu de semblable… Lancelot eut beaucoup de joie et de plaisir toute cette nuit-là."

Cette nuit entraînera beaucoup de péripéties plutôt compliquées. Lancelot réussit néanmoins à sauver l’honneur de la reine en remportant un grand tournoi avant de se constituer prisonnier entre les mains de Méléagant, comme il l’avait promis. Il sera libéré et reviendra à la Cour avant de tuer Méléagant en duel.

La passion irrésistible qui unit les deux amants est comparable à celle de Tristan et Yseult. Un amour fatal. Il entraîne, évidemment, beaucoup d’autres épisodes tragiques. Cela n’empêche pas Lancelot d’être le chevalier préféré du roi Arthur, mais le soupçon sera le premier élément qui conduira à désintégrer le lien unissant les Chevaliers de la Table Ronde…  

Bien sûr, ce récit est une légende. C’est le propre des aventures arthuriennes. Mais qui était vraiment ce roi, et a-t-il même jamais existé ?  

Le vrai Arthur... et sa légende 

Les débats sur la réalité de l’existence d’Arthur n’ont jamais vraiment cessé. La plus grande probabilité est qu’il ait été un chef de guerre celte combattant les Saxons, au tournant du VIème siècle. 

Ses exploits se déroulent essentiellement en Cornouailles, au Pays de Galles et dans la Bretagne française, c'est-à-dire en pays Celte. Une "très grande Bretagne" en somme. L’histoire du roi Arthur a d’abord été le thème de récits oraux, dont nous n’avons aucune trace. Le véritable créateur de la légende arthurienne est un écrivain anglais, Geoffrey de Monmouth, né dans le sud du Pays de Galles, aux environs de l’année 1100. De famille bretonne, il se rend à Oxford. Là, il va écrire une histoire des rois de Bretagne. Elle est la source principale du cycle d’Arthur. Il écrira plus tard les prophéties de Merlin, conçues séparément puis incorporées à son histoire des souverains bretons.

Au début de l’année 1149, il écrit un petit poème en latin sur la vie de Merlin. Lorsqu’il meurt en 1155 au pays de Galles, c’est alors un Français, Chrétien de Troyes, qui  s’empare de la légende du roi Arthur. Il avait commencé par traduire Ovide, l’auteur latin des Métamorphoses et de L’art d’aimer. Puis, en 1168, il écrit son "Lancelot ou le chevalier à la charrette". Ce texte est dédié à Marie, fille d'Aliénor d'Aquitaine. 

C’est dans cette œuvre que se situe le récit que je vous ai raconté des amours de Guenièvre et de Lancelot. Il a aussi écrit un "Perceval ou le conte du Graal", Perceval étant un des Chevaliers de la Table Ronde, auxquels nous allons nous intéresser plus tard dans ce récit. 

Cette littérature, qu’elle soit anglaise ou française, est le reflet de la société du temps où vivaient les auteurs : la chevalerie, l’amour courtois, la vie de Cour. Une vision idéale et cérémonieuse de la royauté incarnée par Arthur. Ces auteurs mêlent à leurs écrits des fées, des magiciens, des enchantements qui amènent des péripéties de plus en plus fantastiques.

Avant de parler d’Arthur, il faut d’abord tenter d’expliquer qui est l’enchanteur Merlin, car c’est à lui qu’il doit sa naissance. Dans les divers récits qui le concernent, Merlin apparaît tantôt comme un prophète christique qui amènera la création de la Table Ronde et la quête du Graal, tantôt comme un personnage obscur, fils d’une jeune femme et d’un démon…

En fait, il est un peu les deux. Pour Monmouth, Merlin est le fils d’une princesse et d’un mystérieux jeune homme dont les allures fantastiques donnaient à croire qu’il était un démon. C’est cette étrange naissance qui lui confère des pouvoirs magiques. Il connaît le passé mais aussi l’avenir, il fait des prophéties et il va, plus tard, assister les Celtes dans leur lutte contre les Saxons. 

Il va aider deux rois successifs, à commencer par Uther Pendragon. Uther Pendragon, roi des Celtes, tombe éperdument amoureux d’Ygerne, épouse de son fidèle général Gorlois au cours d’un banquet. Le mari s’aperçoit de l’intérêt du souverain pour sa femme et quitte sur le champ le palais avec elle. Or, ce départ brusque est un acte de félonie pour le droit féodal qui impose au vassal de rester à la Cour du seigneur, à sa disposition. 

Uther déclare donc la guerre à Gorlois. Ce dernier installe son épouse dans la forteresse imprenable de Tintagel, en Cornouailles. Elle est gardée et personne ne peut l’approcher. C’est là que Merlin va aider Uther : par un tour de magie il lui donne l’apparence de Gorlois. Le roi peut donc entrer dans Tintagel, et assouvir sa passion pour Ygerne sous l’apparence de Gorlois. C’est ainsi qu’il conçoit Arthur. Cette histoire est inspirée par l’Amphitryon de l’auteur grec Plaute : Jupiter s’y métamorphose en Amphitryon pour approcher son épouse Alcmène, qui accouchera d’Hercule. 

Merlin se voit confier Arthur qui est né à Tintagel. C’est un fils illégitime. Plus tard, Gorlois sera tué dans une bataille contre Uther Pendragon et ce dernier épousera Ygerne.

En ce qui concerne l’éducation du jeune Arthur, certains l’attribuent totalement à Merlin, c’est l’option de Walt Disney dans son dessin animé. Merlin apprend à Arthur le métier des armes sans jamais lui révéler sa naissance royale. Pour d’autres, comme Monmouth, Merlin confie le nouveau-né en secret au chevalier Antor. 

Quoi qu’il en soit, à la mort d’Uther Pendragon, le roi n’a pas d’héritier et la Bretagne, au sens large, se trouve sans souverain. Or, après la messe de Noël suivant la mort du roi, apparaît miraculeusement à la porte de l’église de Logre un rocher carré, surmonté d’une enclume dans laquelle une épée est fichée. Une inscription indique que celui qui arrivera à extraire l’épée de l’enclume deviendra roi. L’épée s’appelle Excalibur. De nombreux prétendants se présentent. Aucun ne réussit. Seul Arthur peut dégager l’épée de l'enclume et la brandir. Il le fera quatre fois de suite. Il apparaît alors comme l’élu indiscutable des dieux. Il est acclamé par les barons avec lesquels il participe à un grand banquet au cours duquel il reçoit la couronne.

Il passe ses premières années au pouvoir à affirmer sa légitimité. Il s’entoure de Chevaliers parmi lesquels un s’illustre particulièrement : son neveu Gauvain.

La plupart des barons se révoltent contre Arthur en raison de sa bâtardise alors que le petit peuple et le clergé lui restent fidèles. Le jeune roi va vaincre les barons une première fois à la bataille de  Caerléon grâce aux boules de feu lancées par la magie de Merlin du haut d’une tour. Plusieurs barons font alors allégeance à Arthur. Il les reçoit d’une façon magnifique. 

Les derniers rebelles s’allient avec les Saxons mais ils vont être écrasés une seconde fois à Bedingran en Cornouaille. Au cours de ces combats, les qualités militaires du nouveau roi éclatent au grand jour. C’est alors qu’Arthur va s’allier au vieux roi Léodagan de Carmélide.

A ce propos, Merlin avait fait cadeau à Uther Pendragon de la Table Ronde. Celle-ci est destinée au roi et à ses chevaliers. Elle est ronde pour éviter toute préséance et permettre des discussions franches et apaisées. Les Chevaliers y ont chacun leur place marquée. Après la mort d’Uther, c’était le vieux roi Léodagan de Carmélide qui était devenu le gardien de la Table Ronde.

Avec Arthur, ils remportent une grande victoire sur les Saxons où Merlin les aide et combat sous l’enseigne du dragon. Le courage du jeune roi suscite l’admiration de la fille de Léodagan, Guenievre. C’est elle que Merlin a choisie comme épouse pour son protégé. Les négociations pour le mariage sont engagées. 

Arthur reçoit la Table Ronde en cadeau de noces. Merlin lui demande alors de créer un ordre de chevalerie qui réunira les meilleurs chevaliers du monde, l’Ordre de la Table Ronde. C’est Merlin qui raconte les batailles d’Arthur mais il lui arrive aussi d’étranges aventures. A cette même époque, alors qu’il a pris l’apparence d’un beau jeune homme, il fait la connaissance de Viviane au bord d’une fontaine et lui promet de lui transmettre son savoir en échange de son affection. Fâcheuse initiative ! Viviane va abuser de sa générosité.

Après avoir reçu l’hommage de tous ces chevaliers, Arthur organise une grande fête de réconciliation. Tous les Chevaliers de la Table Ronde passés au service du roi depuis son mariage prononcent le vœu de secourir les damoiselles en détresse. Ils s’engagent aussi à raconter, sans mentir, leurs exploits que Guenièvre fera transcrire par quatre clercs. 

Ils organisent aussi un tournoi où ils combattent Gauvain et d’autres chevaliers de la reine. Un cousin de Guenièvre, Guiomar, entame alors une aventure amoureuse avec la sœur d'Arthur, la fée Morgane, qui a aussi été éduquée par Merlin. Elle est notamment experte en astronomie. La reine n’apprécie pas du tout cette relation sentimentale et le fait savoir à Morgane. Désormais, les deux belles-sœurs seront des ennemies mortelles.

La vie de la cour du roi Arthur à Camelot

Le roi Arthur a fait construire son magnifique château de Camelot au Pays de Galles, comme un écrin destiné à abriter la Table Ronde et sa confrérie de Chevaliers. Il a une autorité certaine sur son entourage, y compris aux heures les plus sombres de son humiliation par ses ennemis et de son chagrin personnel. 

Toute égalité entre le roi et les Chevaliers de la Table Ronde est exclue. L’autorité du souverain s’exerce notamment dans le domaine de la Justice où la décision finale lui revient toujours. 

Malgré cette position prééminente du roi, la Cour attire de nombreux guerriers. Ils y retrouvent une sociabilité courtoise voire une convivialité chaleureuse qui ne préserve cependant ni des rivalités ni des intrigues et des tensions. 

La plupart sont des vassaux d’Arthur. Ils lui doivent l’aide militaire  et le conseil. Ils sont toujours présents auprès du monarque. Mais sur un plan plus humain, tous sont séduits par l’affabilité du souverain à leur égard. Ils ont raison de l’aimer car il se montre d’une extrême générosité. Non seulement, il leur offre le gîte et le couvert, mais aussi l’argent, la vaisselle, les armes, les robes et les chevaux. 

Ce faste de cour n’apparaît pas du tout dans l'œuvre de Monmouth. C’est Chrétien de Troyes qui le décrit le mieux car il connaît bien la fascination qu’exerce sur la noblesse les superbes marchandises qu’on peut acquérir dans les grandes foires des villes de Champagne, comme Troyes ou Provins. 

Camelot est au centre de toutes les aventures des Chevaliers de la Table Ronde. Tout en part et tout y aboutit. Il ne faut pas pour autant croire que le roi Arthur soit un personnage statique et majestueux, incapable de sortir de son palais. C’est tout le contraire, il aime l’aventure, il est en perpétuels déplacements avec ses chevaliers. Quand il n’a pas de leurs nouvelles, il part à leur recherche. C’est ainsi que lorsqu’on perd la trace de Perceval, Arthur déclare : "Jamais plus je ne coucherai deux nuits de suite en chambre ou en salle avant de le revoir, s’il est vivant, sur mer ou sur terre, mais je vais me mettre tout de suite en route pour partir à sa recherche."

Mais Perceval, c’est une autre aventure, celle d’un singulier Chevalier de la Table Ronde. C’est la quête du Graal.

 

Ressources bibliographiques :

Chrétien de Troyes, Lancelot ou le Chevalier de la Charrette (Diane de Selliers Editeur, 2014)

Martin Aurell, La légende du Roi Arthur 550-1250 (Perrin 2007, réédition Tempus 2018)

Les Grands Mythes de l’Homme (Édition française sous la direction de Paul Saint-Yves, adaptation française d’Antoine Jaccottet , Robert Laffont, 1987)

 

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"Au cœur de l’Histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars
Production, diffusion et édition : Timothée Magot
Réalisation : Jean-François Bussière
Graphisme : Karelle Villais

 

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