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SAISON 2022 - 2023, modifié à

SERIE SPECIALE - Ecoutez l’histoire du Titanic racontée par l’historienne Virginie Girod, dans une série inédite en 4 parties. A l'été 1907, deux lords anglais, Bruce Ismay et James Pirrie, s'associent pour imaginer trois super paquebots à la pointe de la modernité et les plus luxueux possibles pour le compte de la White Star line. L'un d'eux est baptisé le "Titanic". Le 10 avril 1912, à 12 h 15, ce navire transatlantique quitte Southampton en Angleterre, direction New York. 2.200 passagers sont présents à bord. Parmi eux, se trouve le concepteur du navire, Thomas Andrews, qui a tenu à participer à cette traversée inaugurale pour s'assurer que tout se passe bien... Dans cet épisode du podcast "Au cœur de l’Histoire" produit par Europe 1 Studio, Virginie Girod retrace le début de l'aventure du Titanic.

 

"Au cœur de l'histoire" est un podcast Europe 1 Studio. 

Ecriture et présentation : Virginie Girod 

- Production : Adèle Humbert 

- Direction artistique : Adèle Humbert et Julien Tharaud 

- Réalisation : Clément Ibrahim 

- Musique originale : Julien Tharaud 

- Musiques additionnelles : Julien Tharaud et Sébastien Guidis 

- Communication : Kelly Decroix 

- Diffusion et rédaction : Eloise Bertil 

- Visuel : Sidonie Mangin

 

Retrouvez tous les épisodes de notre série sur le Titanic :

Episode 1 - Episode 2 - Episode 3 - Episode 4

Nous sommes à Londres, à l'été 1907. Lord Bruce Ismay, le président de la compagnie maritime White Star Line dîne chez Lord James Pirrie, l'un des associés de la société de chantier naval Harland and Wolff. Les deux hommes commentent les performances de deux nouveaux paquebots d'une société concurrente : le Lusitania et le Mauritania sont les transatlantiques les plus luxueux et les plus rapides du monde. Les deux lords sont convaincus de pouvoir faire mieux. Ce soir-là, ils imaginent trois super paquebots à la pointe de la modernité : l'Olympic, le Titanic et le Gigantic. Ces mastodontes des océans seront les nouveaux fleurons de la White Star Line.

Un insubmersible aux proportions titanesques

Quelques années plus tard, après un long chantier à Belfast, en Irlande, leurs rêves se concrétisent. Le premier des trois paquebots est mis à flot en 1911 : l'Olympic fait son voyage inaugural et la presse, conquise, le surnomme le roi des mers. L’année suivante, le RMS Titanic, son sistership, son « navire sœur », s'apprête à s'élancer pour sa première traversée de l'Atlantique. Ce paquebot a un plus gros tonnage que l'Olympic, c'est-à-dire qu'il a une plus grande capacité de transport et ses infrastructures sont encore plus luxueuses.

Le mercredi 10 avril 1912, celui que l'on surnomme déjà le paquebot de rêve est amarré à Southampton, au sud de l'Angleterre. Depuis le quai, on peut admirer sa coque noire, longue de 269 mètres. Au point le plus large, le bateau mesure 28 mètres. Les ponts supérieurs ont fraîchement été peints en blanc, quatre lourdes cheminées montent vers les cieux, oranges à la base, noires au sommet. Deux mâts, à l'avant et à l'arrière, font culminer le Titanic à 45 mètres. À bâbord et à tribord, sur la partie noire de la coque, près de la poupe, on peut lire en lettres géantes le nom du vaisseau : Titanic, en hommage aux Titans de la mythologie, des divinités géantes qui ont précédé les dieux de l'Olympe.

2200 personnes seront à bord pour la première traversée. Une partie des passagers embarque ici, à Southampton. Les autres embarqueront lors des escales à Cherbourg, en France, et à Queenstown, en Irlande (aujourd’hui Cobh).

Les 890 membres d'équipage sont déjà à bord. Les mécaniciens ont pris place dans les entrailles du bateau, où ils nourrissent d'immenses chaudières dont la fumée s'échappe par trois cheminées ; la quatrième est purement décorative. Les marins s'affairent à leur poste et les employés du personnel hôtelier se dispersent dans les différents ponts du navire, en fonction de la classe à laquelle ils ont été affectés : la première, la deuxième ou la troisième classe.

Violet Jessop, 24 ans, prend ses fonctions en première. Bien qu'elle ait déjà travaillé à bord de l'Olympic, elle est époustouflée par la beauté du Titanic. Cette femme à l'épaisse chevelure brune ne passe pas inaperçue, elle sympathise très vite avec le musicien John Hume, un blondinet aux traits délicats, membre de l'orchestre de la première classe.

Mais les membres du personnel n'ont pas le temps de discuter : on attend du très beau monde. Thomas Andrews, le concepteur du Titanic, est monté à bord en même temps que le personnel hôtelier : il a décidé de faire la traversée inaugurale pour surveiller son paquebot et s'assurer que tout fonctionne pour le mieux. Il contemple les plans de son bateau.

Tout est pensé pour le rendre insubmersible : il a conçu une double coque, en cas de choc léger, la première couche pourrait être enfoncée sans abîmer la seconde. Le bateau est aussi divisé en seize compartiments étanches, dans le sens de la longueur. Les cloisons imperméables montent jusqu'au pont D ou au pont E, bien au-dessus de la ligne de flottaison. Même si quatre de ces compartiments prenaient l'eau, le navire continuerait à flotter. Cela permettrait d'attendre les secours en toute sécurité. Mais un scénario où quatre compartiments seraient inondés est inimaginable…

Au cas où il faudrait vraiment évacuer le bateau, il y a seize canaux de sauvetage en plus de quatre radeaux pliables. Ils permettent d'évacuer la moitié des personnes à bord, c'est plus que ce que la loi exige pour un bateau de cette taille à cette époque. Et puis, il y a plus de gilets de sauvetage que de passagers. Thomas Andrews a tout prévu.

Des hôtes de marque parmi les passagers

Les passagers de première classe prennent possession des ponts supérieurs qui leur sont réservés. Les salons se remplissent de femmes aux têtes couvertes de grands chapeaux et d'hommes en costume sombre. Les malles s'entassent dans les suites, les bijoux sont rangés dans les coffres et les chiens de race conduits au chenil.

Parmi les passagers considérés comme des hôtes de marque, il y a la comtesse de Rothes, qui appartient autant à la vieille noblesse britannique qu'à la nouvelle élite financière. Avec son port altier et son air flegmatique, elle a tout de la parfaite aristocrate. Elle quitte son pays pour rejoindre son mari, en Californie, où il travaille au développement de l'agriculture. On aperçoit aussi Sir Cosmo Duff Gordon, qui parade au bras de son épouse Lucy. L’aristocrate, grand propriétaire terrien anglais, s'est fait une réputation de sportifs en devenant vice-champion olympique d'escrime. Sa jeune femme est quant à elle à la tête d'un petit empire de la mode : elle vient de lancer une ligne de vêtements pour femmes qui se veulent élégants et confortables. Elle a capté sa riche clientèle en faisant défiler des mannequins sur un podium, du jamais vu.

Le banquier Hudson Allison est également à bord. Il voyage avec sa femme et ses deux jeunes enfants, Loraine et Trevor. M. Allison a embauché une nouvelle gouvernante, Alice Cleaver, pour aider sa femme à s'occuper des enfants, mais Mme Allison n'est pas très à l'aise avec cette femme qui a l'air si dur. Il faudra faire avec pendant la traversée.

Lord Bruce Ismay, le président de la White Star Line, a lui aussi décidé de faire le voyage. Il a bien l'intention de battre un record de vitesse avec son nouveau paquebot et il veut être présent pour recevoir le ruban bleu, la récompense offerte par le rassemblement des compagnies maritimes au navire le plus rapide sur le trajet transatlantique.

La partie du navire réservée à la seconde se remplit de la classe moyenne, issue de la Révolution industrielle. Professeurs, juristes, sportifs partent s'installer à New York pour faire des affaires. Nombre d'entre eux ne font pas leur première traversée de l'océan. Aujourd’hui en revanche, ils sont surpris par le luxe des cabines et des salons, comparable à celui des premières classes sur d'autres paquebots. La troisième classe, composée de confortables dortoirs et d'une belle cantine, accueille en son sein des immigrants irlandais, finlandais ou français. Pleins d'espoir, ils voyagent vers le Nouveau Monde où il se construiront une vie meilleure. C’est la promesse du rêve américain.

Les premières étapes du voyage

Le voyage commence. Les marins larguent les amarres qui retiennent le Titanic au numéro 44 du quai de la White Star Line, dans le port de Southampton, les badauds et les journalistes regardent le paquebot de 269 mètres de long s'engager dans le chenal de la teste pour prendre la mer.

Le Titanic déplace tant d’eau sur son passage qu'il provoque une vague, celle-ci emporte un petit bateau, le New-York, amarré en couple à un autre navire à quai. Les cordes qui le retiennent à terre se rompent sous la pression et l'embarcation dérive vers le Titanic et frôle sa coque, avant de refluer à bâbord. Le paquebot est passé à un cheveu de l'accident. Certains marins superstitieux y voient un mauvais présage, d'autres de la chance, puisque le pire n'a pas eu lieu.

Le capitaine du navire, John Smith, fait partie des optimistes. Ce vieil officier de marine commerciale, avec sa barbe blanche et sa casquette enfoncée sur les yeux, ne manque pas d'allure. Il a gravi les échelons de la White Star Line et voyagé sur presque tous les bateaux de la compagnie. Il connaît tous les dangers de l'Atlantique, et notamment ceux des icebergs qui se détachent des banquises au nord du Groenland. Après 25 ans de carrière à la White Star Line, il s'apprête à faire sa dernière traversée sur ce petit bijou, avant de prendre sa retraite.

Après une courte traversée de la Manche, le Titanic s'arrête à Cherbourg, en France. De nouveaux passagers montent à bord. Parmi eux il y a quelques stars des salons mondains. John Jacob Astor est l'homme le plus riche d'Amérique. Cet homme grand, fin et élégant, âgé d'une cinquantaine d'années, connaît tous les millionnaires à bord. Sur le Titanic, il est comme chez lui. D’ailleurs, il a réservé la plus belle suite du pont C.

Lorsque Molly Brown arrive dans les salons, la bonne société fronce le nez. On méprise un peu cette femme issue des bas-fonds, dont le mari a fait fortune en trouvant de l'or dans le Colorado. On la trouve grossière, d'autant plus qu'elle milite pour le droit des femmes. Mais la brune de 45 ans au visage ovale ne s'en laisse pas compter, elle a un regard plus perçant que toutes les duchesses et les comtesses à bord et leur fait la conversation avec un naturel qui les déconcerte.

Pendant que les cancans vont bon train dans les salons feutrés de première, le capitaine Smith gère un accident dans la salle des machines numéro 5 : un feu s'est déclaré dans une soute à charbon. L’incendie est rapidement maîtrisé, mais le bateau prend du retard sur ses objectifs.

Le lendemain matin, le 11 avril 1912, après une dernière escale à Queenstown, en Irlande, le paquebot prend enfin la mer à 13h30. Autour de lui, il n'y a plus que du bleu.

Le Titanic s'élance dans l'Atlantique

La vie s'organise sur les ponts supérieurs. Pour les premières classes, une lumière zénithale s'écoule depuis la verrière du Grand Escalier. Les passagers qui le souhaitent peuvent privilégier les trois ascenseurs, qui font d'incessants allers-retours entre le pont A et le pont B. La salle à manger est le lieu de sociabilité par excellence : les passagers s'y retrouvent pour partager la table d'un ami ou faire connaissance avec de nouvelles personnes pendant les 8 à 9 services compris dans le repas. Les passagers peuvent prendre le thé au Café Véranda. Ses meubles en osier blanc rappellent les jardins d'hiver des hôtels particuliers des grands bourgeois. Les enfants des milliardaires peuvent y jouer en toute sécurité.

Lassés par la présence des bambins engoncés dans leurs tenues de dentelle blanche, les hommes se replient vers le fumoir attenant. La femme de lettres Helen Churchill Candee fuit elle aussi les rires d'enfants et se réfugie dans le café parisien, où les serveurs sont français. Installée face à l'océan, elle lit un ouvrage emprunté à la bibliothèque du bateau et écrit sa correspondance sur le papier aux armes de la White Star Line, laissé à disposition dans le salon d'écriture. Les hommes quant à eux, peuvent aller entretenir leur moustache chez le barbier ou s'entraîner à la salle de sport avant d'aller dîner au restaurant à la carte, que les passagers surnomment modestement le Ritz.

Nous sommes le vendredi 12 avril 1912, la mer est calme, le ciel limpide. Le Titanic est si stable qu'on ne ressent même pas le roulis, c'est à peine si le vrombissement des moteurs. Le navire franchit symboliquement le milieu de l'Atlantique.

Le lendemain, samedi 13 avril, Elizabeth Lines, l'épouse du directeur médical de la compagnie d'assurance New-York Life Insurance, descend au café du pont D, après le déjeuner. Déguster le chaud breuvage dans la quiétude du salon est devenu sa petite manie durant la traversée. Elle commande une boisson chaude lorsqu'elle aperçoit deux hommes entrés dans la pièce. Le premier porte une barbe blanche et une tenue d'officier de marine, elle reconnaît immédiatement le capitaine Smith. À côté de lui se tient un homme à la longue silhouette élégante, ses moustaches brunes s'affinent aux extrémités et rebiquent vers le haut. Cet homme, Elizabeth le connaît, elle le fréquentait quand il habitait à New-York quelques années auparavant. Pour en être sûre, elle demande confirmation au garçon de café ; celui-ci affirme qu'il s'agit bien de Bruce Ismay, le président de la White Star Line. Alors qu'elle sirote son café, Elizabeth écoute leur échange. Elle ne veut pas être indiscrète mais les deux hommes parlent des performances du Titanic. Ismay a l'air très satisfait, il compare les performances de l'Olympic à celle du Titanic.

Pendant les premières 24 heures de navigation, le paquebot de rêve a parcouru 484 000 marins, soit presque 900 km. C’est plus que l'Olympic. Dans les 24 heures suivantes, le Titanic a encore augmenté sa vitesse. Ismay est très enthousiaste il souhaite que les mécaniciens poussent les machines à fond parce que le rodage se passe bien. Le Titanic peut aller encore plus vite

 

 

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