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Un portefeuille de 2.000 milliards d'euros : comment est organisé le fonds de pension norvégien, dont veut s’inspirer Nicolas Dupont-Aignan ?

Le directeur du Fonds de pension gouvernemental norvégien, Nicolai Tangen, présente le bilan de capitalisation global au début d'année 2026. [LISE ASERUD / NTB / NTB via AFP]

Invité de La Grande interview Europe 1-CNews, Nicolas Dupont-Aignan, le président de Debout la France, souhaite s'inspirer du modèle norvégien par capitalisation pour qui représentera un "socle" commun, complété par la répartition. Riche de plus de 2.000 milliards d'euros, ce fonds utilise les excédents de revenus du pétrole et gaz naturel pour garantir les dépenses de sécurité sociale.

C'est une proposition qu'il estime "révolutionnaire". Candidat à l'élection présidentielle, Nicolas Dupont-Aignan était interrogé dans La Grande interview Europe 1-CNews, ce mercredi 16 septembre, sur la question des retraites qui embrase à nouveau le pays. Ainsi, le président de Debout la France souhaite offrir, "à chaque nouveau-né français, un capital de 10.000 euros".

Cette somme sera ainsi allouée à un "livret retraite qui sera gelé jusqu'à l'âge de 60 ans, regroupé dans un fonds de capitalisation public à la norvégienne". L'objectif, que "chaque Français sache qu'il aura un minimum retraite", qui constituera un "socle complété par la répartition". Coût de l'opération, entre six et sept milliards d'euros par an, basés sur le nombre de naissances (645.000 en 2025).

En effet, face à une crise de la dette qui s'amplifie de mois en mois, le gouvernement cherche à faire six milliards d'économies sur les pensions, en ciblant les plus grosses retraites ou en envisageant une désindexation.

Un héritage de l'industrie pétrolière

En voulant s'inspirer de la Norvège, Nicolas Dupont-Aignan proposerait un bouleversement du système français, en faisant de la capitalisation l'assise du régime, tandis que la répartition ne viendrait qu'en complément. Mais ce modèle est-il réellement applicable ?

Le fonds de pension de Norvège se distingue en deux blocs : l'un strictement réservé aux entreprises norvégiennes et l'autre, aux compagnies internationales. Le second, largement plus riche, a été créé dans les années 1990. Comme son ancien nom, "Petroleum Fund", l'indique, il s'agissait pour le pays de réinvestir les excédents budgétaires permis par l'exportation des hydrocarbures et du gaz naturel.

Celui-ci se compose comme un immense portefeuille comprenant majoritairement des actions, mais également des obligations et des infrastructures énergétiques et immobilières.

1,5% de la capitalisation mondiale

Au total, le fonds représente plus de 1,5% de la capitalisation boursière mondiale. Il est également le premier fonds souverain, avec plus de 21.500 milliards de couronnes norvégiennes, soit un peu plus de 2.000 milliards d'euros. Plus impressionnant encore, en respectant la règle des intérêts composés, la valeur du Fonds a explosé depuis le début du siècle. Entre 2004 et 2026, il a ainsi été multiplié par 22.

Et la somme est réellement investie pour les générations actuelles et futures. Consciente de la fin programmée des énergies fossiles, le fonds a autorisé les investissements dans les entreprises d'énergies renouvelables non cotées dès 2019, avec une première acquisition en avril 2021 dans le parc éolien offshore Borssele 1 & 2 aux Pays-Bas.

La France, 5e dans le classement des investissements norvégiens

Le détail des investissements du Fonds est disponible en ligne, de manière transparence. On comprend ainsi que la part en actions représente 72,1%, tandis que 25,8% sont des Obligations à taux fixe, 1,6% des investissements immobiliers et 0,5% des infrastructures pour les énergies renouvelables.

Du côté des actions, la Norvège possède des parts colossales d'entreprises américaines, notamment dans la tech. Ses quatre premières valeurs sont ainsi Nvidia, Apple, Alphabet (maison mère de Google) et Microsoft. D'autres pays sont fortement représentés, comme Taïwan (TSML), la Corée du Sud (Samsung, SK Hynix), la Chine (Tencent, Alibaba) ou la Suisse (Roche Holding, Novartis, Nestle).

Pour la France, la Norvège a massivement investi dans Schneider Electric (2,35% du capital), BNP Paribas (3,24%) et TotalEnergies (1,76%). l'Hexagone représente 70 milliards des 2.000 milliards du portefeuille global de la Norvège et se place en cinquième position.

Un âge de départ flexible, entre 62 et 75 ans

L'ensemble de cette somme, et la progression globale du Fonds de pension (206 milliards d'euros rien en 2025) permettent de garantir un régime public, calculé selon l'âge de naissance.

"Les Norvégiens reçoivent une pension liée aux revenus ainsi qu'une pension garantie. Afin de profiter de ces pensions dans leur entièreté, il faut avoir justifié au moins 40 ans d'assurance. Le fonds public servant à payer la pension est financé notamment par les revenus du pétrole ainsi qu'en grande partie par les recettes d'impôts", explique ainsi Perspective Monde, l'outil pédagogique de l'Université de Québec.

Ainsi, l'âge de départ à la retraite n'est pas défini par un seuil, mais par un intervalle, en fonction du parcours professionnel. En général, les Norvégiens quittent le monde du travail en 62 et 75 ans, avec la possibilité de cumuler l'emploi et la retraite sans pénalité. Une manière pour le gouvernement d'inciter à la poursuite du travail. Pour le régime privé, il existe une pension professionnelle obligatoire lorsque l'employeur n'a pas de système interne prédéfini. Chaque salarié y cotise au minimum à hauteur de 2% de leurs revenus.