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Très affaiblie, l'OMC se réunit à Yaoundé à l'ombre de la guerre au Moyen-Orient

[Fabrice COFFRINI / AFP]

Très affaiblie, l'OMC se réunit du 26 au 29 mars à Yaoundé sur fond de tensions commerciales accrues, entre rivalités des grandes puissances, droits de douane américains et perturbations des échanges liées à la guerre au Moyen-Orient.

L'Organisation mondiale du Commerce (OMC) se réunit ce vendredi, sur fond de rivalités entre puissance, droits de douane et guerre au Moyen-Orient. Organe décisionnel suprême de l'Organisation mondiale du commerce, la conférence ministérielle est organisée tous les deux ans. Cette édition au Cameroun se tient dans un contexte particulier : la guerre au Moyen-Orient et les prévisions de ralentissement de la croissance du commerce mondial doivent servir de "sonnette d'alarme", a averti jeudi la directrice générale de l'OMC Ngozi Okonko-Iweala.

En 2024 à Abou Dhabi, les ministres avaient échoué à s'entendre sur la pêche et l'agriculture. Deux ans plus tard, ils se retrouvent face à un défi majeur : élaborer un plan d'action pour réformer une OMC impuissante face à la montée du protectionnisme et en grande difficulté pour négocier de nouveaux accords.

Selon Petros Mavroidis, professeur de droit de l'OMC à la Columbia Law School, cette conférence ministérielle "risque d'être plus tendue" que les précédentes en raison des nombreuses et "profondes divergences". La question est plutôt "de savoir quelle sera l'étendue des dégâts", a-t-il dit à l'AFP.

"Tournant existentiel"

Plusieurs membres souhaitent modifier les procédures de décision de l'organisation, qui suit le principe du consensus, mais aussi revoir les règles relatives aux pays en développement et celles concernant l'égalité des conditions de concurrence. Yaoundé est "une étape charnière", selon Mme Okonjo-Iweala, pour qui "le statu quo n'est pas une option".

Pour l'UE aussi, l'OMC est à un "tournant (...) existentiel". Même inquiétude à Londres : "L'OMC vit un moment décisif. Si elle n'est pas réformée, elle perdra peu à peu toute sa pertinence". Sans réforme, "l'OMC perdra de son influence ; cela conduira à une fragmentation accrue du système commercial", a abondé l'ambassadeur suisse auprès de l'OMC, Erwin Bollinger.

L'issue des discussions s'annonce incertaine, alors que cette conférence ministérielle est la première depuis le deuxième mandat de Donald Trump, qui malmène le multilatéralisme et les règles de l'OMC à coups de droits de douane et de deals commerciaux bilatéraux.

"Les Américains de fait sont sortis de l'OMC : ils ne respectent aucune des règles auxquelles ils avaient souscrit", a commenté auprès de l'AFP l'ex-directeur général de l'OMC Pascal Lamy. "Les Etats-Unis ne veulent pas quitter l'OMC, mais ils la contraignent et la paralysent sur les choses qu'ils n'aiment pas", explique Cédric Dupont, professeur à l'Institut de hautes études internationales et du développement à Genève.

Des États-Unis "très préoccupés" par l'OMC

Washington ne cache pas son désamour pour l'OMC : "Les États-Unis sont très préoccupés par le système commercial incarné par l'OMC, étant donné que ce système a supervisé un monde de déséquilibres graves et durables et y a contribué", ont-ils récemment indiqué.

L'ambassadeur américain auprès de l'OMC, Joseph Barloon, a averti la semaine dernière que les Etats-Unis rejetaient en l'état le projet actuel de réforme de l'organisation, estimant que les discussions n'étaient pas suffisamment avancées.

Washington critique notamment le principe fondamental de l'OMC dite de "la nation la plus favorisée" (MFN) qui garantit qu'un pays offre un traitement égal à tous ses partenaires commerciaux. L'UE a répondu en janvier qu'"il conviendrait de mener une réflexion".

La Chine, comme les autres pays en développement, souhaite en revanche que cette règle reste "le socle" de l'organisation. La réforme de l'OMC, où les négociations s'enlisent en raison de la règle du consensus, est un serpent de mer.

Elle a été rendue plus urgente avec la paralysie prolongée de l'organe d'appel du mécanisme de règlement des différends depuis 2019 - liée au blocage de la nomination des juges par Washington - et la politique commerciale agressive de Donald Trump, dans un contexte international où la frontière entre commerce et enjeux de sécurité est toujours plus poreuse.

"Jamais le système n'a autant été remis en cause", selon un diplomate occidental. "Avec les actions de l'administration Trump et les incertitudes qu'elles ont engendrées pour le commerce international, le sentiment de crise est beaucoup plus fort à l'OMC", a commenté Hamid Mamdouh, ancien haut fonctionnaire de l'organisation.

Outre la réforme, les ministres doivent décider s'ils reconduisent le moratoire des droits de douane sur les transmissions électroniques. Ils devront pour cela convaincre l'Inde.