Le Sénat fait front contre la privatisation des Aéroports de Paris

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Bruno Retailleau, le chef de file du groupe Les Républicains, a annoncé la couleur : "nous allons nous opposer à la privatisation d'ADP".
Bruno Retailleau, le chef de file du groupe Les Républicains, a annoncé la couleur : "nous allons nous opposer à la privatisation d'ADP". © FRANCOIS GUILLOT / AFP
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Mardi, les sénateurs vont entamer, divisés, le débat sur la privatisation d'Aéroports de Paris. 

Le gouvernement va devoir affronter un front insolite au Sénat sur le projet de privatisation d'ADP (Aéroports de Paris), une majorité de sénateurs Les Républicains y étant opposés, comme la gauche.

Les cas de la FDJ et d'Engie déjà réglés. Le Sénat entame mardi la seconde semaine d'examen en première lecture du projet de loi dit Pacte sur la croissance et la transformation des entreprises, avec au programme, vraisemblablement à partir de la fin d'après-midi, le volet sur les cessions d'actifs concernant trois emblèmes nationaux : ADP, La Française des Jeux (FDJ) et Engie. En commission, les sénateurs ont déjà supprimé du texte celle de la FDJ et amendé celle d'Engie. Mais sur le cas d'ADP, qui divise la majorité sénatoriale, la commission a préféré laisser le débat se dérouler en séance. Et il promet d'être houleux.

Pour vendre 50,63% de ses parts. L'Etat était jusqu'ici tenu de conserver la majorité des parts du groupe ADP. Le projet de loi Pacte lui permettra, une fois adopté, de procéder à la vente au privé de tout ou partie des actifs qu'il détient dans le groupe aéroportuaire, soit 50,63% des parts représentant quelque 9,5 milliards d'euros.

Pour l'opposition, on brade "les bijoux de famille". Bruno Retailleau, le chef de file du groupe Les Républicains, qui compte le plus grand nombre de sénateurs, a annoncé la couleur : "nous allons nous opposer à la privatisation d'ADP". LR défendra ainsi des amendements de suppression de la mesure, à l'unisson des socialistes et du groupe CRCE à majorité communiste. Échaudés par les précédents des sociétés d'autoroutes ou de l'aéroport de Toulouse, les uns et les autres brandissent différents arguments : on braderait "les bijoux de famille", la sécurité pourrait être menacée, Air France pâtirait de l'opération...

L'Assemblée nationale aura le dernier mot. Les centristes, alliés de LR dans la majorité sénatoriale, sont eux plutôt partisans d'aménager le texte, de façon à obtenir des garanties supplémentaires pour protéger les intérêts de l'Etat. Car au final, l'Assemblée nationale à majorité LREM, qui a déjà donné son feu vert en première lecture, aura le dernier mot. Supprimer du texte la privatisation d'ADP reviendrait pour le Sénat à renoncer à tenter d'influencer sa rédaction. Elle compromettrait la possibilité que députés et sénateurs parviennent à se mettre d'accord sur une version commune du projet de loi en commission mixte paritaire.

Pour alimenter un fonds destiné à l'innovation. Dès la discussion générale, mardi dernier, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire s'était efforcé de rassurer. "J'entends bien sûr les inquiétudes, les critiques (...), j'entends les comparaisons un peu rapides qui sont faites avec le précédent des autoroutes", avait-il déclaré. "Nous ne referons pas les mêmes erreurs", a-t-il assuré. Les cessions d'actifs doivent contribuer à alimenter un fonds de 10 milliards d'euros destiné à financer l'innovation.