Les cours du pétrole flambent toujours et alors les mesures du gouvernement restent extrêmement ciblées et limitées, les agriculteurs des Yvelines se mobilisent pour faire entendre leur colère.
Le prix du baril a passé un nouveau record ce 7 avril, à 110 dollars. En France, alors que TotalEnergies a annoncé mettre fin à son plafonnement des prix, les agriculteurs montent au créneau. À Saint-Nom-la-Bretèche dans les Yvelines, à une trentaine de kilomètres de Paris, ils se sont rassemblés avec leurs tracteurs.
"On ne peut plus couvrir les frais"
Une vingtaine de tracteurs vient tout juste d'arriver pour bloquer le rond-point grâce à leurs engins qui roulent au GNR, le gazole non routier. Les agriculteurs se mobilisent ce mardi et pour cause : leur carburant est passé de 70 centimes le litre avant le début de la guerre au Moyen-Orient à plus d'1,50 euro cette semaine.
Les tracteurs des agriculteurs coûtent de plus en plus cher à faire rouler. "Il y a un mois, on était à peu près à 70 centimes le litre de GNR. Je ne vous cache pas qu'on est en train de réfléchir sur certaines parcelles : 'est-ce que je les récolte ou est-ce que je mets le feu'. Je ne sais pas", témoigne Bertrand, céréalier.
"Ma cuve est vide, je ne peux pas la remplir. Pour le moment, je vais faire le plein chez les voisins qui me dépannent du fioul parce que je n'ai pas les moyens, je ne peux pas remplir", déplore Antoine, producteur de fruits rouges.
Impossible de travailler dans ces conditions pour Vincent, vice-président de la Coordination rurale de l'Essonne : "Ce n'est vraiment pas tenable, nos cuves sont à sec et on ne peut pas faire le plein des cuves parce qu'au-delà d'un euro, on ne peut plus couvrir les frais pour les interventions", explique-t-il.
Et d'ajouter : "On est criblé de crédits. Le gouvernement nous parle d'emprunts sur le GNR. Nous, on fait des emprunts pour acheter du matériel ou construire des bâtiments. On ne fait pas de l'emprunt sur du GNR. Si c'est vraiment ça l'agriculture aujourd'hui, on en est mal barrés."
Un risque de pénurie qui n'est pas à exclure
Sur place, des pelles entassent de la terre et des déchets au milieu d'un rond-point, puis un feu de la colère est allumé et des tombes sont creusées. Preuve de la colère des agriculteurs, également confrontés à la hausse des coûts des matières premières. Certains producteurs de fruits et de légumes confiaient que le kilo d'engrais avait plus que doublé, car son prix est indexé sur celui du gaz.
"Pour faire de l'engrais, il nous faut du gaz. Avec la guerre en Moyen-Orient, le prix du gaz a plus que doublé. Les engrais sont montés à 700 euros. Donc soit l'État couvre les frais et on sauve le peu qui est sauvable. Sinon, on va tous plonger", alerte Vincent.
Le risque de pénurie n'est pas à exclure. Les représentants de la Coordination rurale ont obtenu un rendez-vous ce 7 avril au matin avec le préfet, et espèrent se faire entendre sous peine de renouveler ce genre d'opération.
Lundi, la CGT a demandé le blocage des prix à la pompe à 1,70 euro maximum. Un sujet qui sera sur la table lors d'une rencontre ce mardi après-midi à Bercy entre syndicats et ministres de l'Economie, du Travail et de l'Energie.