ENQUÊTE - Comment les grandes marques font face à la pression anti-gaspillage

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La lutte contre le gaspillage alimentaire est partagée par un nombre croissant de citoyens. Mais le gaspillage est aussi un enjeu dans de nombreuses filières du commerce : textile, électroménager, informatique... La pression monte contre les entreprises, les obligeant à s'organiser.
ENQUÊTE EUROPE 1

La lutte contre le gaspillage s'étend aux entreprises. Mises sous pression, les filières du commerce sont obligées de s'organiser. Europe 1 a mené l'enquête.

Le groupe FNAC-Darty lance à la fin de la semaine un système d'abonnement "réparation longue durée", pour inciter ses consommateurs à ne pas jeter des machines qui peuvent encore fonctionner. Il n'y a qu'à regarder les chiffres issus du service après-vente du groupe : l'an passé, sur les 2.7 millions de machines à laver achetées en France, 71% l'ont été pour remplacer une autre machine en panne. Sauf que ces pannes peuvent être réparées sans même changer une pièce dans deux cas sur trois.

Sur les lave-linges et les lave-vaisselles, on estime donc que près de la moitié de ce qu'on jette, en France, chaque année, pourrait être réparé assez facilement.

Un abonnement à 10 euros par mois

Le principe mis en place par Darty consiste à payer 10 euros par mois pour que, par la suite, toutes les réparations soient prises en charge tant que les pièces détachées sont mises à disposition par le fabricant. C'est-à-dire 8 ou 9 ans en moyenne.

Alors à la longue, ça peut revenir cher, par rapport aux 200 ou 500 euros que coûte une machine neuve, mais le distributeur joue sur deux cordes sensibles. Premièrement, il use de l'argument, qui reste à prouver : "Cela vous coûtera quand même moins cher que de racheter une ou deux machines en dix ans". Ensuite, la marque joue sur le côté écologique.

"Les notions de fiabilité et de durabilité progresse"

Vincent Gufflet, directeur commercial du groupe, explique : "C'est un sentiment, ou une réflexion, qui atteint de plus en plus de consommateurs. On voit bien que cette notion de fiabilité, de durabilité, c'est quelque chose qui progresse. Et donc par rapport au contexte général, on a envie aussi de mettre une saine pression sur nos partenaires fournisseurs, les constructeurs, pour leur dire 'vous voyez : vous êtes pas labellisés choix durable, peut-être que vous devriez changer ça et ça'".

La pression vient aussi des pouvoirs publics : le projet de loi anti-gaspillage, qui revient à l'Assemblée en décembre, va obliger les constructeurs à indiquer sur l'étiquette la durée de disponibilité des pièces détachées d'un produit. Cette durée devrait même atteindre 10 ans minimum selon les nouvelles règles européennes prévues pour 2021.

La loi fixe un objectifs de 50% de déchets recyclés

Reste un enjeu sur les produits invendus ou en fin de vie pour éviter de les jeter. Et là aussi la loi a créé, depuis une quinzaine d'années, des objectifs de recyclage à atteindre pour les différentes filières. L'électroménager, justement, est plutôt bon élève : 80% des machines usagées sont récupérées et recyclées au lieu de finir à la décharge. Le pourcentage tombe à 57% dans le secteur du meuble et même à 38% pour le textile. La loi fixe pourtant un objectif de 50% de déchets recyclés.

Le grand public n'a pas pris les bonnes habitudes. Et les industriels non plus. Pour des raisons économiques, explique Alain Claudot, directeur général d'Eco-TLC, l'organisme en charge du recyclage dans la filière textile :"Les contraintes, c'est la présence d'une industrie du recyclage en mesure de revenir à un kilo de coton recyclé, ou un kilo de laine recyclée, qui sera compétitif au plan économique par rapport au même kilo de matière vierge. Aujourd'hui ça coûte beaucoup plus cher parce qu'on n'a pas encore su industrialiser ce process".

Il y a donc une responsabilité partagée pour les industriels et les consommateurs. Pour ce qui est de la filière textile, les consommateurs achètent 60% de vêtements en plus qu'il y a 15 ans et les gardent deux fois moins longtemps.

Europe 1
Par Théo Maneval, édité par Maxime Dewilder