Les cagnottes Leetchi, "un reflet de la société et de ses valeurs de solidarité"

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À 35 ans, Céline Lazorthes a passé la main de la gestion opérationnelle de Leetchi mais reste présidente du site. 2:03
À 35 ans, Céline Lazorthes a passé la main de la gestion opérationnelle de Leetchi mais reste présidente du site. © Europe 1
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Céline Lazorthes, présidente fondatrice de Leetchi, la plateforme française de cagnottes en ligne, se réjouit de voir le nombre de collectes solidaires augmenter d’année en année.
INTERVIEW

Si vous avez déjà organisé un anniversaire pour un ami, un pot de départ pour un collègue ou encore une collecte pour la naissance d’un bébé, vous avez de fortes chances d’être passé par Leetchi pour amasser les sous. La plateforme française, référence pour créer des cagnottes, s’apprête à fêter ses dix ans l’année prochaine. "J’ai la conviction qu’on est encore au début de l’histoire. On a douze millions de clients dans 150 pays mais tout le monde a besoin de notre service", affirme Céline Lazorthes, présidente fondatrice de Leetchi, invitée de l’interview éco d’Emmanuel Duteil, lundi sur Europe 1.

Écoutez l'interview intégrale de Céline Lazorthes à 22h20 dans le grand journal de la nuit d'Isabelle Millet. Le replay de l'émission est à retrouver ici.

Commission dégressive. Très simple d’utilisation, Leetchi a simplifié la vie des gens qui souhaitent collecter de l’argent en vue d’un événement. Au bout de neuf ans, le montant moyen des cagnottes tourne autour de "450 euros", précise Céline Lazorthes. Pour une telle somme, Leetchi prélève sa commission standard de 4%, au moment du virement. En fonction du montant de la cagnotte, la commission est ensuite dégressive. "Si vous dépassez 2.000 euros, on prend 2,9% et si vous dépassez 200.000 euros, ce sera 1,9%", détaille la fondatrice.

Un modèle qui permet à Leetchi d’être "le plus compétitif possible", avec une offre qui "permet de collecter des cagnottes de 10, 20 ou 30.000 euros parfois", souligne Céline Lazorthes. Et même jusqu’à 1,2 million d’euros, la cagnotte record collectée en faveur des grévistes de la SNCF au printemps. Ce genre de "cagnotte solidaire" est de plus en plus fréquent sur la plateforme. "C’est un phénomène qui est né avec les attentats de 2015, quand des êtres humains avaient besoin d’exprimer leur générosité et leur solidarité, de se mobiliser ensemble", raconte la présidente de Leetchi.

Entendu sur europe1 :
Le concurrent de Leetchi c’est l’enveloppe en papier

Des valeurs de partage. "Leetchi est un reflet de la société, avec des événements heureux et d’autres moins, avec en commun ces valeurs de générosité et de solidarité", résume Céline Lazorthes. Les inondations dans l’Aude, qui ont fait 10 morts dans la nuit de dimanche à lundi, sont ainsi propices à la création de cagnotte, "pour que les proches puissent s’entraider". D’autant plus que dans ce genre de situations, "l’assurance met du temps à rembourser, on a des besoins immédiats de vêtements, etc.".

Alors que le secteur des cagnottes est devenu de plus en plus concurrentiel avec l’arrivée du Pot Commun et désormais de Facebook, Céline Lazorthes l’assure, "le concurrent de Leetchi c’est l’enveloppe en papier". "La valeur de Leetchi, c’est de dire : 'on est plusieurs, il y a un pot de départ d’un collègue au bureau, on se réunit tous ensemble pour collecter un peu d’argent pour lui faire plaisir'", souligne la fondatrice du site.

Donner de la place aux femmes dirigeantes d’entreprise. À 35 ans, Céline Lazorthes a pourtant déjà décidé de passer la main. Elle reste présidente de Leetchi mais elle délègue l’opérationnel à son bras droit Alix Poulet. "Le rôle du président c’est d’apporter de la vision, du recul et de l’expérience. C’était le bon moment pour transmettre la gestion de Leetchi. On va travailler en duo", explique-t-elle. Céline Lazorthes va désormais se concentrer sur son autre entreprise, Mangopay, lancée en 2013 : "C’est une solution de paiement dédiée aux plateformes collaboratives, aux places de marché et au crowdfunding, utilisée par plus de 200 plateformes en Europe".

Entendu sur europe1 :
La transparence des salaires est la clé de la confiance

Le fait qu'une femme chef d’entreprise passe la main à une autre femme est un cas relativement unique dans le monde très masculin du patronat. Ce que regrette Céline Lazorthes, pour qui l’absence de femmes à des postes de responsabilité nuit à leur progression. "C’est une question d’identification. Quand vous voyez une femme dirigeante, vous vous dîtes : 'c’est aussi possible pour moi'. Ça suscite l’envie des collaboratrices de s’élever", estime-t-elle.

Transparence des salaires. Une question qui va de pair avec celle de l’égalité salariale. "Pendant longtemps, je n’ai pas imaginé que les femmes puissent gagner moins que les hommes", reconnaît Céline Lazorthes. "C’est un sujet qui me tient à cœur. J’ai envie de dire aux femmes : 'battez-vous, ça en vaut la peine, vous pouvez avoir les mêmes responsabilités que les hommes et être aussi bien payées'."

Pour y parvenir, elle a instauré la transparence des salaires chez Leetchi. "J’ai la conviction qu’il faut être honnête avec la personne que l’on a en face de soi, que ce soit un client ou un collaborateur. Il me semble que la transparence est la clé de la confiance et des échanges sains entre employeurs et collaborateurs", avance la présidente de Leetchi. Un exemple à suivre puisque le gouvernement souhaite démocratiser la transparence des salaires par le biais de la loi Pacte.