Immigration professionnelle : ce qu'il faut savoir du système de quotas voulu par le gouvernement

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Édouard Philippe avec Muriel Pénicaud (2000x1000) Lucas BARIOULET / POOL / AFP 2:38
© Lucas BARIOULET / POOL / AFP
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Le gouvernement veut instaurer des quotas pour l’immigration économique, pour que la France recrute en fonction de ses besoins de travail. 
ON DÉCRYPTE

Pas encore officiellement dévoilée, la mesure fait déjà débat. Alors que le Premier ministre Édouard Philippe doit présenter mercredi, à l'issue d'un Comité interministériel, 20 mesures sur l'immigration, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a d'ores et déjà confirmé mardi que des quotas ou "objectifs chiffrés" d'immigrés "professionnels" allaient être fixés chaque année, dès l'été 2020. Plutôt saluée à droite mais critiquée à gauche, la mesure aura notamment pour objectif de combler le manque de main-d'oeuvre dans certains secteurs. 

En quoi consiste précisément la mesure ?

Ces quotas concerneront deux types de métiers. Tout d'abord, ceux qui demandent peu de qualification, mais beaucoup de main-d'oeuvre, comme ceux du bâtiment, de la restauration ou encore de l'hôtellerie. Deuxième type de métiers concernés, ceux hautement qualifiés, comme les ingénieurs, les dessinateurs en électricité pour des bureaux d'étude, autant de secteurs qui ont du mal à recruter, selon le constat dressé par Pôle emploi.

"La profession de géomètre expert a du mal à recruter", confirme par exemple à Europe 1 Hervé Gastaud, délégué général de l'Union nationale des géomètres-experts, qui indique que son secteur travaille déjà avec des pays étrangers comme ceux du Maghreb ou Madagascar. "Il faut que la façon de recruter ce personnel issu de l'immigration soit claire. Pour l'instant, c'est un peu opaque", demande-t-il. "Il faut que ce soit facile (…) que la démarche soit simplifiée". Et d'illustrer : "Imaginons qu'un géomètre-expert obtienne un marché, il a besoin d'une manœuvre immédiatement, et pas dans deux ou trois mois. Donc il faut que les personnes qui postulent puissent venir rapidement." 

Selon le ministère du Travail, il faut donc actualiser les listes des métiers en tension ((là où des entreprises cherchent à embaucher mais connaissent des difficultés de recrutement, ndlr), qui existent déjà région par région, tandis qu'un nouvel outil statistique va être créé pour mieux mesurer ces besoins en temps réel. Pour mettre en place cette réforme, Muriel Pénicaud va recevoir les partenaires sociaux ainsi que les Régions. Les premières réunions commenceront dans quinze jours. Pour les premiers chiffres précis, métier par métier, il faudra attendre l'été 2020, avec une mise en place concrète à partir de 2021. 

Que représente l'immigration économique en France ? 

L'immigration économique représente 33.000 personnes par an. Avec ce nouveau dispositif, ce chiffre pourrait légèrement augmenter, mais il resterait minoritaire parmi les 255.000 titres de séjours délivrés chaque année en France. 

Comment la classe politique accueille-t-elle la mesure ? 

À droite, on se félicite d'une telle annonce, l'idée de quotas ayant été portée par Nicolas Sarkozy lorsqu'il était au pouvoir, mais des doutes semnlent subsister toutefois. Ainsi, à l'Assemblée nationale, la députée Les Républicains Virginie Duby-Muller a interpellé le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. "Nous nous réjouissons de la volte-face d'Emmanuel Macron sur cette question", a-t-elle d'abord indiqué avant de regretter : "Vous nous annoncez des quotas, mais nous ne savons même pas s'ils ont pour but de réduire ou d'augmenter l'immigration".

"La politique du gouvernement est une politique de fermeté, mais aussi d'humanité et d'intégration pour ceux qui ont droit à se maintenir sur le territoire", a répondu l'ancien patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). 

En revanche, à gauche, les députés sont vent debout et accusent le gouvernement d'un nouveau virage à droite faisant le jeu du Rassemblement national. De son côté, Marine Le Pen, elle, dénonce des mesurettes et "une vaste fumisterie". "Ce n'est pas du tout à la hauteur de la gravité de la crise migratoire que traverse notre pays. C'est l'Arlésienne, ça fait des décennies que j'entend parler des quotas, un coup dans la bouche de la droite, un coup dans la bouche de la gauche", a-t-elle fustigé au micro d'Europe 1. 

Europe 1
Par Antoine Terrel avec les services politique et économie d'Europe 1