"Gilets jaunes" : le prix Nobel d'économie Jean Tirole affirme qu'"une hausse du Smic n'est pas désirable"

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Jean Tirole défend le principe de la taxe carbone mais réclame plus de clarté.
Jean Tirole défend le principe de la taxe carbone mais réclame plus de clarté. © PASCAL PAVANI / AFP
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Dans une tribune au Journal du Dimanche, le prix Nobel d'économie Jean Tirole liste ses propositions pour trouver une fin positive à la crise des "gilets jaunes".

Un prix Nobel d'économie au chevet des "gilets jaunes". Jean Tirole, enseignant à la Toulouse School of Economics, analyse les racines du mouvement et propose ses solutions dans une tribune publiée par le Journal du dimanche. "Les 'gilets jaunes' exigent une réduction de la pression fiscale. Mais qui paiera les écoles, les hôpitaux et plus généralement les services publics ? La France n’a toujours pas choisi entre peu d’État/peu d’impôts et beaucoup d’État/beaucoup d’impôts, et vote pour beaucoup d’État/peu d’impôts", observe l'économiste. 

Défenseur de la taxe carbone. Alors qu'Emmanuel Macron doit annoncer des mesures en début de semaine, Jean Tirole affirme que, "pour les travailleurs modestes, une hausse du Smic n’est pas désirable, car elle risquerait d’aggraver leur sous-emploi". "Mieux vaudrait augmenter la prime d’activité", estime le prix Nobel d'économie. Mais il demande surtout au gouvernement de continuer ses réformes. "Le pire serait que le climat social actuel voue de nouveau notre pays à l’immobilisme. La révolte des "gilets jaunes" est l’occasion pour recréer le consentement à l’impôt", appelle Jean Tirole. Partisan d'un "nouveau contrat social", il réclame une meilleure évaluation des politiques publiques.

Au risque de paraître impopulaire par les temps qui courent, Jean Tirole maintient que la taxe carbone "est une bonne taxe". "Appliquée au niveau international, elle fera changer nos comportements, orienter les choix vers des circuits courts, renoncer au charbon, isoler nos maisons, acheter des voitures moins polluantes. En un mot, elle nous permettra de léguer à nos enfants une planète viable", défend l'économiste. Il regrette à ce titre un manque d'information économique, regrettant que les Français n'aient découvert le principe de la taxe carbone, instaurée en 2014, qu’en 2018, "perdant ainsi quatre années dans l’adaptation de leurs décisions au nouveau contexte".

La "taxe flottante", une fausse bonne idée. Le prix Nobel d'économie 2014 critique cependant l'usage très flou qui est fait des recettes issues de la fiscalité écologique. Il plaide en faveur d'un emploi clair et transparent et propose plusieurs options : "alimenter les caisses de l’État pour diminuer les impôts les plus inefficaces (on pense à la taxation excessive du travail en France, source de sous-emploi et de perte de pouvoir d’achat)", "donner un chèque énergie à chaque citoyen", "faciliter l’accès au crédit des plus pauvres pour acheter des équipements plus performants, par exemple une chaudière plus écologique" ou encore "flécher le produit de la taxe carbone vers des projets d’atténuation et d’adaptation".

Logiquement, Jean Tirole ne se satisfait pas de la décision du gouvernement d'instaurer une "taxe flottante sur les carburants". "Selon le projet présenté la semaine dernière, le gouvernement pourra demander tous les trois mois au Parlement d’ajuster la taxe carbone en fonction du prix du pétrole", rappelle l'économiste. Mais il doute de l'application du dispositif à long terme. "Il est facile de prédire que le Parlement s’enthousiasmera pour une baisse de la taxe. Mais décidera-t il d’un rattrapage fort de cette taxe quand le prix du pétrole rebaissera ? J’en doute."

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