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Barthélémy Philippe / Crédits : MAEVA DESTOMBES / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP , modifié à
Lors de la présentation du nouveau programme de stabilité budgétaire, mi-avril, les principaux organismes économistes du pays s’étaient montrés très sceptiques, pointant une nouvelle fois du doigt l'optimisme du gouvernement. Mais l’annonce des chiffres de la croissance du premier trimestre 2024 par l’INSEE, ce mardi, a peut-être changé la donne. 

Et si Bruno Le Maire avait, cette fois, visé juste ? Après l’annonce d’un déficit public bien plus élevé que prévu en 2023, lié à des recettes fiscales insuffisantes, Bercy a dû modifier en profondeur son programme de stabilité budgétaire pour la période 2024-2027 et réaliser, en urgence, 10 milliards d’économies. 

L’objectif d’une réduction du déficit public sous les 3% du PIB à la fin du quinquennat est maintenu mais les prévisions à court terme ont été revues à la baisse. D’ici la fin de l’année, le gouvernement veut ramener le déficit à 5,1% au lieu des 4,4% prévus initialement (ce qui suppose déjà 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires cette année) et mise sur une croissance annuelle de 1% au lieu de 1,4%. 

1%, encore trop optimiste ?

Problème, la majorité des organismes de prévisions économiques jugent encore cette perspective trop optimiste. Ils misent plutôt sur une croissance de 0,6 à 0,8% sur l’année. Pourtant, mardi, l’INSEE a surpris tout le monde, en annonçant une hausse de l’activité de 0,2% au premier trimestre, alors que l’institut lui-même envisageait une croissance nulle. De quoi satisfaire Bruno Le Maire qui y voit la preuve que "l’économie française n’est pas à l’arrêt" et que la stratégie gouvernementale est la bonne. Avec 0,2% de hausse de l’activité au premier trimestre, l’objectif d’une croissance annuelle de 1% semble, il est vrai, un peu moins irréaliste.

Mais il sera néanmoins difficile à tenir, selon Sylvain Bersinger, chef économiste au cabinet Asterès : "Il faudrait à peu près 0,3% de croissance sur les trois prochains trimestres, on sera probablement un peu en dessous. Mais 1%, ça n’est pas totalement déraisonnable : on voit l’investissement des entreprises qui résiste bien. L’inflation qui continue vraiment sur sa tendance baissière, donc, des gains de pouvoir d’achat pour les ménages. Et avec la baisse des taux d’intérêts qui se profile, on peut espérer une petite stimulation de la croissance". 

Cette dernière est d’autant plus cruciale qu’elle génère des recettes fiscales. Avec la réduction des dépenses publiques, c’est l’un des deux leviers que l’exécutif veut actionner pour maîtriser son déficit, comme le rappelle Sylvain Bersinger : "Le scénario de déficit à 5,1% du PIB en fin d’année est notamment bâti en lien avec la prévision de croissance. Donc si au lieu de 1% on a 0,6, 0,7 et bien effectivement le déficit sera un petit plus élevé que ce qui était prévu". 

Sur ce plan, le gouvernement n’a plus le droit à l’erreur. D’autant que le déficit a déjà culminé à 5,5% fin 2023 au lieu des 4,9% annoncés. Pour tenir la trajectoire sinueuse qui doit le mener le déficit sous les 3% du PIB d’ici 2027, il doit déjà réaliser 10 milliards d’euros d’économies supplémentaires en 2024, et au moins autant en 2025. Autant dire que le moindre dérapage de la croissance ou du déficit enterrerait définitivement l’hypothèse d’un retour sous les 3% du PIB en 2027.