Taxe Tobin : la France veut accélérer après avoir freiné

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REVIREMENT - Lundi, François Hollande a érigé en priorité la taxe sur les transactions financières. Pourtant la France avait fait capoter les dernières discussions.

Grâce à l’informatique, la finance va beaucoup plus vite que l’économie réelle. Résultat, il est plus facile et très tentant de spéculer, ce qui alimente la volatilité et l’apparition de crises. Plusieurs pays, dont la France, militent donc pour l’instauration d’une taxe sur les transactions financières, inspirée de la taxe Tobin. Ce que François Hollande n’a pas manqué de souligné lundi matin, l’érigeant en priorité. Sauf que la France est elle-même à l’origine du dernier blocage sur ce dossier.

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La déclaration. La future taxe sur les transactions financières "est un combat, c'est une lutte, je l'ai engagée", a martelé François Hollande, lundi matin sur France Inter. Objectif : une entrée en application "au plus tard en 2017", en commençant par les onze pays européens qui sont prêts à jouer le jeu, puisque la principale place financière européenne, Londres, refuse de participer.

Sauf que ce ne sera pas si facile que cela : "il y a encore des questions techniques mais derrière les questions techniques, il y a toujours des résistances politiques ou des jeux de pression de groupes financiers", a reconnu le président de la République, avant de préciser qu’il avait demandé au ministre des Finances Michel Sapin d’accélérer le rythme.

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La France, militante de la première heure, mais… Sur le papier, Paris est donc aux avant-postes sur ce dossier, érigé en promesse de campagne par le candidat Hollande. D’autant plus que la France est à l’origine de la réforme actuellement discutée au niveau européen. Sauf que les choses sont plus compliquées : lors de la dernière réunion d’étape sur le dossier, le 9 décembre 2014 à Bruxelles, les négociateurs se sont retrouvés dans une impasse. Et la France n’y est pas pour rien. 

Paris rattrapé par ses lobbies. La dernière réunion sur l’instauration de cette taxe n’a permis aucune avancée car la France a revu sa copie. Alors qu’il est prévu de taxer les échanges d'actions à hauteur 0,1 %et les produits dérivés à hauteur de 0,01 %, Paris a proposé de ne commencer que par les actions. Ce qui risque de se traduire par un enterrement pur et simple du deuxième volet de cette taxe, et donc d’aboutir à un système bien moins ambitieux.

Mais pourquoi la France a-t-elle freiné sur un dossier où elle était à l'avant-garde ? Car, en l’état, l’Hexagone serait le principal perdant de cette réforme. Les banques françaises sont en effet parmi les leaders mondiaux sur les produits dérivés et figureraient donc parmi les principaux contributeurs. Ces dernières militent donc activement pour réduire la voilure de cette taxe, ce qui expliquerait le revirement de la France à Bruxelles. Et la déclaration du président de la République à propos "des jeux de pression de groupes financiers"

Un paradoxe que soulignait Axel de Tarlé, mi-décembre dans le Zoom Eco d’Europe 1 :

Ce rétropédalage n’avait pas manqué de provoquer de vives réactions en France, 140 députés socialistes allant jusqu’à signer une lettre commune demandant au gouvernement "que notre pays conserve intacte l'ambition initiale du projet". Ont-ils été entendus par François Hollande ? Toujours est-il que le président de la République refait de la taxe sur les transactions financières une priorité et parle désormais d’une "assiette la plus large possible", incluant donc les produits dérivés si chers aux banques françaises.

L’utilisation de l’argent récolté, l’autre imbroglio. Outre le dossier de la taxe en elle-même, François Hollande a brouillé un peu plus les pistes en proposant que l’argent récolté grâce à cette fiscalité soit utilisé pour lutter contre le réchauffement climatique.

Une déclaration pour le moins intrigante car la taxe sur les transactions financières sur laquelle l’Union européenne planche doit servir à tout autre chose. En effet, il est actuellement prévu que l’argent récolté serve principalement à réparer les dégâts provoqués par les banques. Et permette de venir au secours d’un pays en cas d’une nouvelle crise de la dette au sein de la zone euro. Il n’est pas sûr que les Etats européens acceptent de revoir un tel mécanisme, d’autant que la Grèce et sa dette abyssale sont de nouveau au cœur de l’actualité.

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