Théâtre : à Avignon, les détenus montent sur scène pour jouer Macbeth : "C'est un acte de résistance"

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Sous la direction d'Olivier Py, huit détenus du centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet se produisent devant le grand public à partir de mercredi, dans le cadre du Festival d'Avignon.
REPORTAGE

Le Festival d’Avignon propose mercredi soir une représentation de théâtre assez exceptionnelle, puisque ce sont des détenus qui vont se produire dans le cadre du festival "in" devant un public de festivaliers. Au programme un monument du répertoire : Macbeth de Shakespeare. Un chef d’œuvre spécialement adapté pour l’occasion par Olivier Py, à la tête du festival depuis cinq ans, et qui depuis plusieurs années a noué un partenariat avec le centre pénitentiaire d'Avignon-Le Pontet. Europe 1 a pu assister à une générale, qui s’est déroulée le 10 juillet à l’intérieur de la prison.

Dans un silence de cathédrale, face à une cinquantaine de détenus spectateurs, sur une scène improvisée au milieu du gymnase, le texte de Shakespeare éclate. Ils sont huit prisonniers, littéralement habités par leur rôle, transcendés. On oublie leur statut, et pourtant Redwane, qui interprète le rôle principal, n’avait encore jamais fait de théâtre. À 43 ans, il est devenu quelqu’un d’autre grâce à cet atelier théâtre auquel il participe deux fois par semaine. "C’est une manière de montrer aux autres détenus que c’est à la portée de tout le monde avec de la volonté", explique-t-il à Europe 1. "Pour moi, c’est un pas de côté chaque semaine sur ma détention, parce que c’est partir en voyage de soi-même. C’est aussi un acte de résistance que de promouvoir la culture en prison, ça permet, deux fois par semaine, de s’évader", ironise ce prisonnier.

 

"Ils ont des expériences assez tragiques et donc un dialogue immédiat avec la violence de la pièce"

Ce sont les détenus qui ont choisi Shakespeare, si éloigné de leur culture. Ils ont répété avec acharnement, à voix haute en cellule, dans la cour de promenade, parfois en affichant leur texte sur les murs. Ce travail de mémoire, de documentation aussi, a été pour certain un long chemin à parcourir. "C’est dur à comprendre. Le réciter c’est une chose, mais ensuite aller au fond du texte… Je dois avouer qu’il n’y a pas longtemps encore je jouais la pièce sans tout comprendre", glisse Christian, 62 ans. "Je l’ai lu, relu, j’ai pu avoir accès à des tas de livres, sur le 11e siècle en Ecosse", explique-t-il.

"À certains égards, je pourrais dire qu’ils comprennent la pièce mieux que moi", assure pourtant Olivier Py. "Ils ont des expériences assez tragiques et donc un dialogue immédiat avec la violence de la pièce. J’ai beaucoup appris avec eux. Je croyais connaître Macbeth de Shakespeare, je me suis rendu-compte que je n’avais pas tout compris." Il l’assure : "Certains ont plus de talents que de vrais acteurs."

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Un premier pas vers une réinsertion

Mercredi soir, les détenus comédiens joueront donc hors les murs de la prison, gage de confiance de l’administration pénitentiaire. "C’est un projet qui marque un parcours d’exécution de peine. Le code de procédure pénale prévoit des permissions de sortir, c’est dans la loi. Heureusement que ça existe et que l’on arrive à le faire parce que ça contribue à la prévention de la récidive", assure Lucie Morillas Lopez, conseillère d’insertion et de probation. Une manière donc pour ces prisonniers de reprendre confiance en eux, et ce grâce à l'investissement d’Olivier Py. "C’est comme si, pour les footeux, vous aviez Zinedine Zidane comme entraîneur !", conclut Redwane.