Quand la romancière Diane Ducret imagine une dictature féministe en Europe

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Diane Ducret 1:34
Diane Ducret était l'invitée de "Ça fait du bien" mercredi 4 mars 2020. © Europe 1
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"La dictatrice", de la romancière franco-française Diane Ducret, paru fin janvier, raconte l'accession au pouvoir d'une femme et la mise en place d'une dictature féministe. A travers son neuvième livre, l'écrivaine souhaite questionner notre rapport au féminisme et à la résistance, comme elle l'explique dans "Ça fait du bien" mercredi.
INTERVIEW

Diane Ducret a connu le succès en 2011 dès la parution de son premier livre, Femmes de dictateur (Perrin), vendu à plus d'un million d'exemplaires et traduit dans 25 langues. Elle s'intéressait alors aux épouses et aux maîtresses de dictateurs du 20e siècle. Une thématique que l'auteure, diplômée d'un master en histoire de la philosophie et d'un magistère de philosophie à Normal-Sup, a continué à explorer. Fin janvier, est en effet paru La dictatrice (Flammarion), un roman où l'action se déroule en 2023 et qui imagine la mise en place d'une dictature en Europe par une femme. Diane Ducret nous en raconte la genèse et les grandes lignes au micro d'Anne Roumanoff.

"Est-ce que le monde serait vraiment en paix si les femmes le dirigeaient ?"

Depuis dix ans, Diane Ducret a beaucoup travaillé sur les femmes et a ressenti la nécessité d'écrire ce livre. Elle confie avoir eu envie de se demander ce que serait la parité totale. "Si la femme est l'égale de l'homme, ne le serait-elle pas aussi dans le pire ? Une femme dictateur pourrait-elle être l'ultime parité ? Est-ce que ce serait possible ? Est-ce que le monde serait vraiment en paix si les femmes le dirigeaient ?". Une série de questions auxquelles elle tente de répondre dans son roman.

Le livre a été écrit il y a deux ans, en plein Brexit, alors que les populistes gagnent un peu partout en Europe et que "les Droits des femmes commencent à être bafoués en Pologne, en Hongrie, en Espagne...". La Dictatrice commence dans un contexte de crise économique, alors que tous les week-end, des gens crient leur colère face aux injustices.

La dictatrice qui prend le pouvoir dirige l'Europe depuis l'Opéra de Paris et met au point ses règles. Comme celle qui décrète que "sur simple dénonciation, les hommes reconnus coupables de viols ou de harcèlement sexuel sont soumis à la stérilisation chimique". "Un programme qui n'a pas été appliqué aux César", fait remarquer Diane Ducret en riant.

Si son héroïne prend le pouvoir, c'est parce qu'elle constate que le pouvoir a été laissé aux hommes pendant des milliers d'années, des hommes qui nous ont "amenés à la guerre, à la faillite économique, à la faillite écologique" et que "maintenant ça suffit". "Elle ne dit pas 'je me lève, je me barre' mais 'je me lève et je prends le pouvoir'", note l'écrivaine, faisant référence à la tribune de Virginie Despentes publiée dimanche dans Libération à la suite des César.

"En voulant le bien pour autrui, on peut faire absolument son mal total"

Dans le livre, les violences conjugales sont redéfinies par le ministère de la justice et incluent l'extrême jalousie, la possessivité, le dénigrement, les injures et les critiques constantes. Les hommes reconnus coupables se voient expulsés de leur domicile, dépossédés, séparés de leurs enfants qu'ils ne pourront plus jamais revoir avant leur majorité pour ne pas corrompre leur esprit. De quoi donner du grain à moudre à ceux qui parlent déjà aujourd'hui de "dictature féministe" en France ? Diane Ducret le réfute et considère le terme employé aujourd'hui comme "exagéré".

À travers La Dictatrice, elle veut néanmoins "questionner le féminisme et certains excès qui existent pour [elle] dans toute forme de radicalité et de radicalisation". À la base, les idées de cette dictature ne sont pas mauvaises selon l'écrivaine puisqu'elle veut "protéger les femmes, et un monde plus harmonieux, plus égalitaire, plus écologiste". Diane Ducret s'intéresse davantage à la façon dont, "dans les mains d'une personnalité fragilisée, malade, l'exercice du pouvoir peut faire vriller un esprit, le fissurer et notamment comment, en voulant le bien pour autrui, dès lors qu'on l'impose, on peut faire absolument son mal total."

"Si demain on était en dictature, lequel d'entre nous résisterait réellement ?"

Un récit ambitieux dans lequel Diane Ducret s'intéresse au rapport entre pouvoir et pulsion sexuelle. "Chez tous les dictateurs, le pouvoir total va avec une sorte de sexualisation et d'appétit total", souligne-t-elle. Elle s'est donc demandée si ce serait pareil chez la femme et comment on le catégoriserait. "Finalement, si la femme est l'égale de l'homme, elle aussi a le droit d'avoir des appétits violents, elle a le droit d'utiliser sa sexualité aussi pour prendre le pouvoir. Ou alors, est-ce qu'on va se dire que ce serait moche chez une femme ?"

Élevée par un grand-père ancien résistant, Diane Ducret a été influencée par cet esprit de résistance qu'elle questionne dans son livre. "La dictature est l'endroit de destruction maximale et l'endroit où on peut questionner les travers de l'âme humaine", estime-t-elle. "Si demain on était en dictature, lequel d'entre nous résisterait réellement ? Comment on arriverait en tant que femmes à résister différemment ?"

La Dictatrice pourrait devenir une série. Diane Ducret confie qu'une "belle proposition d'adaptation" lui a été proposée par "un très beau diffuseur" aux Etats-Unis, qu'elle va rencontrer prochainement.

Europe 1
Par Céline Brégand