Grégory, premier "true crime" Netflix à la française

, modifié à
  • A
  • A
Série Gregory 3:18
© Netflix France
Partagez sur :
Une série diffusée sur Netflix propose, en cinq épisodes, de revenir sur l'affaire du petit Grégory Villemin, retrouvé ligoté dans la Vologne en 1984. Un premier essai de "true crime" à la française pour la plateforme, qui n'a rien à envier aux productions américaines et se dévore avec plaisir.
L'AVIS DE

Les amateurs de "true crime", histoires basées sur des faits divers bien réels qui ont défié la chronique en leur temps, trouvent bien souvent leur bonheur sur Netflix. Que ce soit sous forme de série documentaire (Making a murderer, Ted Bundy : autoportrait d’un tueur) ou de fiction (Extremely wicked, shockingly evil and vile), le format est très prisé de la plateforme. Qui, avec Grégory, présente pour la première fois un "true crime" à la française.

L’histoire est bien celle du "petit Grégory" Villemin, garçonnet de quatre ans retrouvé ligoté dans la Vologne en 1984. Une affaire qui a défié la chronique, n’a jamais trouvé son point final, et offrait donc une matière idéale pour une série documentaire en cinq épisodes d’une heure. Aux manettes, on retrouve Gilles Marchand, scénariste accro aux adaptations de thriller (Harry un ami qui vous veut du bien, et l’excellent Seules les Bêtes à l’affiche ce mercredi).

Une plongée dans les années 1980 et son journalisme sans foi ni loi

Le résultat n’a rien à envier aux grosses productions américaines. Marchand a indéniablement ce sens de la narration indispensable pour maintenir son spectateur en haleine. Des archives, parfois inédites, notamment les enregistrements de certaines conversations par des journalistes, ainsi que ceux du (ou des) fameux corbeau(x), rarement entendus, sont ponctuées d’interviews des protagonistes de l’époque. Avocats, enquêteurs et surtout journalistes se succèdent pour raconter l'affaire et ses à-côtés.

 

Car c'est en réalité cela qui fait l'intérêt de la série : les à-côtés. Certes, Netflix s'adresse, en retraçant chronologiquement toute l'histoire, à celles et ceux qui n'ont rien suivi. Le public international bien sûr, mais aussi les jeunes, ceux qui n'étaient pas suspendus à leur poste de télévision ou de radio en 1984 et jouent désormais aux apprentis détectives sur les réseaux sociaux. Mais même les incollables des rebondissements y trouveront leur compte. Grégory est avant tout une plongée dans les années 1980, décennie des cravates moches et des coupes douteuses, mais aussi du journalisme de faits-divers sans foi ni loi.

Une mise en scène un peu pompière, compensée par la maîtrise de la construction narrative

Les témoignages à visage découvert font d'ailleurs froid dans le dos. De Jean Ker, reporter à Paris-Match, qui assume faire du "racket" en récupérant les photos de famille des Villemin, à Sylvain Hebbat, fier de raconter comment il a posé un micro-émetteur chez la famille Bolle (faits pour lesquels il a d'ailleurs été condamné en justice), les faillites de la profession sont édifiantes.

Ni les avocats ni les enquêteurs ne sont épargnés. Entre les conseils des Villemin qui ont vendu les photos de leurs clients à la presse pour se faire de l'argent et le commissaire de police sexiste, la série est une vertigineuse dissection de ce qui reste l'un des plus gros échecs médiatico-judiciaires de l'histoire française.

On pourra regretter une mise en scène parfois un peu pompière, avec notamment la reconstitution de la chambre de Grégory inutile, une musique trop appuyée et des références au Corbeau d'Henri-George Clouzot aussi subtiles qu'une meute de reporters en planque. Mais l'absence de voix-off, la redoutable maîtrise de la construction narrative et la fascination qu'exerce encore et toujours "l'affaire Grégory" font que la série se dévore avec plaisir.