Le jeu vidéo, chevalier servant des arts et des sciences

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Deux initiatives étonnantes présentées à la Paris Games Week.
Deux initiatives étonnantes présentées à la Paris Games Week. © Clément Lesaffre / Europe 1
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À la Paris Games Week, le Commissariat à l'énergie atomique et le Centre Pompidou ont opté pour une même initiative : un jeu vidéo pour vulgariser leur travail.

La Paris Games Week, c'est évidemment Nintendo, Ubisoft, Playstation, Xbox… Mais pas uniquement. Dans les allées du plus grand salon français dédié au jeu vidéo, quelques stands inattendus tentent d'attirer les gamers. Parmi eux, le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) et le Centre Pompidou présentent des initiatives similaires et étonnantes : des jeux vidéo pour promouvoir leur travail, que ce soit la recherche scientifique ou l'exposition d’œuvres d'art contemporain.

Concilier science et fun, le pari du CEA

Le CEA a dévoilé le 5 octobre son tout premier jeu vidéo, intitulé Le Prisonnier Quantique. Un jeu d'aventure du genre "point and click" : dans un décor fixe, il faut cliquer à un endroit pour faire se déplacer le personnage et interagir avec le décor ou les objets. Pour l'histoire, Zoé, une jeune femme, se lance sur les traces d'un scientifique disparu presque 60 ans auparavant après avoir fait, selon ses dires, une incroyable découverte.

"En plus de la recherche, le CEA a pour mission de diffuser la culture scientifique. On produit notamment des vidéos mais on s’est dit : 'pourquoi pas faire un jeu pour toucher de nouveaux publics ?'", explique à Europe 1 Julien Arlot, responsable multimédia du CEA. "L’objectif, c’est de montrer que la science, ça peut être vachement ludique." Le Prisonnier Quantique consiste donc en une trentaine de niveaux, avec des énigmes et des puzzles à résoudre pour avancer dans l'histoire. Petite particularité : "ces puzzles embarquent des notions de science et de technologie : physique, chimie, informatique, mécanique, climat… Tous les domaines sur lesquels le CEA travaille".

Dans le niveau que nous avons testé, il s'agissait d'accéder à un mécanisme pris dans la glace. Sans trop en dévoiler, il fallait preuve d'astuce, et se souvenir de quelques notions de chimie, pour faire fondre la glace. Pour autant, pas besoin d'être calé en sciences. "Le jeu est fait pour des enfants à partir de 14 ans, fin collège, début lycée. On a mis en place un système d’indices à chaque puzzle pour bénéficier d’une aide si on bloque. Ça simplifie le jeu et ça permet de se concentrer sur la partie aventure", souligne Julien Arlot.

On apprend réellement des choses en jouant au Prisonnier Quantique puisque ce sont les scientifiques du CEA qui ont aidé à construire les énigmes. "J’ai participé à la conception du puzzle sur l’accélérateur. On doit trouver comment fabriquer un élément, le prométhium, qui permet de progresser dans le jeu. L’idée était d’expliquer, à partir de ce puzzle, comment fonctionne un accélérateur de particules : il faut une source de particules, les accélérer pour leur donner de l’énergie, éventuellement les courber pour arriver au bon endroit et enfin faire les réactions à la fin obtenir les particules souhaitées", raconte Antoine Drouart, chercheur en physique nucléaire.

Le résultat est plus qu'honorable, d'autant plus que le jeu a été développé en interne par le CEA, sans l'aide d'un studio de jeux vidéo. Sur une petite dizaine d'heures, on apprend en s'amusant. À voir l'émulation autour du stand du CEA à la Paris Games Week, on parie que le Prisonnier Quantique pourrait réconcilier pas mal de Français avec la science.

Le Prisonnier Quantique est disponible gratuitement sur PC et smartphone Androïd.

Visiter le Centre Pompidou autrement

À l'image du musée, le jeu vidéo du Centre Pompidou est assez conceptuel. Déjà dans son nom : Prisme 7. "Au Centre Pompidou, il n’y a que six niveaux. On a voulu en ajouter un septième, celui de l’univers du jeu vidéo", explique à Europe 1 Émilie Bonnet, cheffe de projet du musée parisien. Conçu avec l'aide de deux studios français, le jeu est une réponse à un appel à projet de l'Éducation nationale. "L’objectif était de développer un outil innovant, à la fois ludique et pédagogique. On souhaitait créer un jeu vidéo pour découvrir les collections du Centre Pompidou, à la fois sur l’art contemporain et l’art moderne."

Pour progresser, le joueur doit déplacer un nuage de points à travers les méandres du musée. "Il faut effectuer des actions, résoudre des énigmes afin d’accéder à une œuvre du musée et à son histoire", détaille Émilie Bonnet. "Il y a eu tout un travail de sélection de ces œuvres, une soixantaine au total. Ce sont les œuvres majeures du Centre Pompidou, celles qui donnent un aperçu global de nos collections."

Le premier niveau est centré sur l’architecture du Centre Pompidou, "une œuvre d’art à part entière", souligne Émilie Bonnet. "Ce niveau rend visible ce qui est d’habitude invisible, à savoir les fameux tuyaux. Ils ont un code couleur très spécifique : bleu pour l’air, vert pour l’eau, rouge pour les espaces de circulation, jaune pour l’électricité. Dans ce niveau, le joueur découvre le rapport entre les couleurs et ces fonctionnalités", précise-t-elle. Nous avons pu le tester : l'approche est assez complexe et nous nous sommes vite retrouvé coincés sans solution. À voir ce que donnera la version finale.

Le premier niveau de Prisme 7 est jouable sur le stand du Centre Pompidou à la Paris Games Week (jusqu'au 3 novembre). Le jeu sortira gratuitement sur PC, Mac et smartphone en février 2020.