"Interstellar", "Un jour sans fin" : les films qui ont marqué la vie d'Hervé Le Tellier

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"Interstellar" a été un choc en salle pour Hervé Le Tellier 8:15
"Interstellar" a été un choc en salle pour Hervé Le Tellier © Capture d'écran Youtube/Interstellar Movie
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De "Melancholia" et "Interstellar", à "Un Jour sans fin", qu'il ne se lasse pas de revoir, l'écrivain Hervé Le Tellier raconte dans au micro de Mathieu Charrier les films qui ont marqué son enfance et sa vie. Et évoque avec émotion "Secrets et mensonges", de Mike Leigh.
INTERVIEW

Invité samedi de Mathieu Charrier, sur Europe 1, l'écrivain Hervé Le Tellier, finaliste du Goncourt, est revenu sur les films qui ont marqué sa vie, des Cheyennes de John Ford, à Melancholia de Lars von Trier, en passant par Un Jour sans fin. Et a confié son amour inconditionnel pour les bandes originales des films de Kubrick.

Votre premier souvenir de cinéma ?

"Les Cheyennes, de John Ford, vers 1968. C'est un des mes premiers souvenirs avec La mélodie du bonheur, sans oublier des films de Disney. Je crois que je l'avais vu au Grand Rex, dans ce cinéma mythique. Quand on est petit, le Grand Rex c'est très très grand. J'avais l'impression que les grands espaces américains se reproduisaient sur place."

Votre meilleur souvenir en salle ?

"C'est assez récent, je dirais que c'est Interstellar, de Christopher Nolan. Il y a aussi Melancholia de Lars Von Trier. Ils m'ont marqué tous les deux par l'idée de la destruction, quelque chose de très spatial. C'est aussi lié au fait que c'est des films qu'on a vraiment envie de voir dans une salle de cinéma. Interstellar, ça m'avais vraiment beaucoup beaucoup plus car j'aime chez Nolan sa capacité à respecter les logiques qui sont celles de la science. Beaucoup plus que Tenet, je trouve que c'est un film de scientifique. 

Concernant Melancholia, c'est un chef-d'oeuvre car il pose la question de la création. Tout est détruit. Il y a quelque chose d'incroyablement noir à poser la destruction dès le départ. C'est l'anti-happy ending, c'est du 'sad beginning'. C'est un film merveilleux du point de vue du montage." 

Un film dans lequel vous aimeriez vivre ?

"Un film que je trouve formidable, c'est Un jour sans fin. J'ai énormément aimé ce film, et je me rends compte que c'est une comédie américaine sentimentale, un peu nunuche, mais que je l'adore quand même. Et puis, j'adore les acteurs, Bill Murray et Andie MacDowell sont merveilleux."

Le chef-d'œuvre que vous détestez ?

"La mélodie du bonheur. C'est vraiment pas mal, je lui reconnais un côté chef-d'oeuvre, mais je déteste ce genre de choses. Je ne sais pas, c'est un truc d'enfance, un peu traumatique pour moi. Ça me rappelle des chansons que je chantais quand j'étais enfant. J'ai vu ça petit en Angleterre, ça baigne mon enfance, que je n'ai pas trop aimée."

Votre réalisateur/réalisatrice préféré ? 

"J'en ai plusieurs. Truffaut, Fellini, et puis un autre, parce qu'il a tout fait : Ridley Scott. Contrairement à d'autres, il s'est risqué à tous les genres et souvent sans se tromper. Il a relancé le péplum, avec Alien, il a fait le premier film dans lequel l'espace était un endroit terrifiant. Mais il a aussi fait des films moyens, et j'aime cette idée d'un réalisateur qui peut faire des films extraordinaires qui relancent entièrement des genres, et qui de temps en temps, tombe à côté."

Le film qui vous a fait le plus rire ?

"La Soupe au canard, des Marx Brothers. Je l'ai revu, ça m'a fait moins rire, mais dans mes souvenirs, c'est celui qui m'a fait le plus rire. Sinon, il y a des choses de Michel Hazanavicius qui me font énormément rire, comme Le grand détournement, qui reste un monument."

Le film qui vous a fait le plus pleurer ?

"Un film de Mike Leigh : Secrets et Mensonges. C'est l'histoire d'une jeune femme noire qui retrouve sa mère blanche, qui, au début, ne croit pas que c'est sa fille, et qui, d'un seul coup, se souvient des conditions dans lesquelles elle a eu cet enfant. Elle a accouché sous X et n'a jamais vu la petite fille. Donc, cette femme noire retrouve sa mère. Et il y a cette scène de retrouvailles en famille où la mère  n'ose pas avouer que cette femme qui l'accompagne est sa fille. C'est hyper émouvant. C'est une scène absolument incroyable sur la famille, sur les retrouvailles. L'actrice est extraordinaire."

Le film que vous conseilleriez à votre meilleur ami ?

"Un jour sans fin, encore. Ce n'est pas possible de passer à côté d'un film au scénario aussi fou. Ou alors L'homme qui aimait les femmes, de Truffaut. Ce film est merveilleux. Charles Denner occupe le film d'une manière merveilleuse, et c'est un très beau film sur Truffaut lui-même et son rapport aux femmes. C'est un très joli film sur l'amour." 

Et celui que vous conseilleriez à votre pire ennemi ?

"Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles, de Chantal Akerman. C'est long, terriblement long. Je reconnais que c'est un monument du cinéma, mais c'est quand même très très long."

La bande originale qui a le plus marqué votre vie ?

"Celle de 2001, l'Odyssée de l'espace et celle d'Orange mécanique. Les bandes originales des films de Kubrick, je trouve ça fascinant. Chez Kubrick, tout dans le montage du son m'a vraiment étonné. Dans Barry Lyndon, les choix musicaux sont incroyablement fins et subtils. Même dans Eyes Wide Shut, le choix musical de Kubrick est toujours incroyablement intelligent."

Europe 1
Par Antoine Terrel