Films, séries, TV : Disney-Fox, l'accord qui change tout

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Disney a annoncé jeudi avoir mis la main sur une grande partie de l'empire de Rupert Murdoch. Un bouleversement à venir pour le monde du cinéma, de la télévision et du streaming.

C'est un nouveau big bang au royaume du divertissement. Disney a annoncé jeudi qu'elle allait acquérir une grande partie des actifs de 21st Century Fox, l'empire de Rupert Murdoch, pour 52,4 milliards de dollars (66 milliards dette comprise). La transaction comprend les studios de cinéma 20th Century Fox, autrement dit les droits sur X-Men, Deadpool ou encore Avatar, ainsi que plusieurs chaines de télévision. Ce qui devrait changer pas mal de choses, tant dans les salles obscures que dans votre salon.

Pour les fans de super-héros

En 2009, la société aux oreilles de souris avait déjà frappé un grand coup en rachetant l’éditeur de comics Marvel, pour quatre milliards de dollars. Certains personnages populaires continuaient cependant à leur échapper. Parmi eux, Deadpool, les 4 Fantastiques ou Wolverine, des X-Men, dont les droits appartenaient à la Fox. L'opération annoncée jeudi pourrait ainsi permettre à Disney de réaliser le rêve de nombreux fans : réunir les super-héros sous une même bannière. Dans les faits, il n'est donc pas impossible de voir, à l'avenir, les Avengers combattre aux côtés des X-Men, ou encore Deadpool affronter Spider-Man.

Certains acteurs, à l'image de Hugh Jackman, qui a joué Wolverine pendant 17 ans, ne cachent pas leur joie face à un tel éventail de possibilités. "C'est intéressant parce que pendant 17 ans j'ai continué à penser que ce serait tellement génial de voir, en particulier, Iron Man, Hulk et Wolverine ensemble (…) Mais c'était comme, 'Oh, ça n'arrivera pas', et maintenant, c'est possible. Malheureusement, je pense que le train est passé pour moi", a confié l'acteur au Collider.

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© DR

Mais tout le monde se demande désormais à quel point Disney voudra marquer de son empreinte les futures productions, comme la société l'a déjà fait avec la saga Star Wars notamment. Et cette patte ne colle pas vraiment à des films tels que Deadpool et Logan, tous deux classés R aux États-Unis, c'est-à-dire interdits aux moins de 17 ans sans accompagnant, notamment en raison de la vulgarité et de la violence de certaines scènes. "Ce serait triste parce que pour moi, cela signifierait simplement faire moins de films", s'inquiète déjà James Mangold, le réalisateur de Logan, dans les colonnes du magazine Deadline. Le cinéaste a ses raisons. Bob Iger, le directeur général de Disney, a déjà été clair : Disney, y compris des filiales telles que Lucasfilm et Marvel Studios, ne fera jamais de film classé R.

Si changement il y a, ce ne sera en tout cas pas pour tout de suite. Pour preuve, trois films sur les X-Men sont déjà prévus en 2018.

Pour les fans de Star Wars

En 2012, Disney a acheté Lucasfilm pour quatre milliards de dollars. En concluant son deal avec 21st Century Fox, la maison mère de Mickey récupérera aussi les droits de Star Wars épisode IV : Un nouvel espoir, que Fox a obtenu à vie dans le cadre de son accord original avec George Lucas. Selon The Hollywood Reporter, Fox détient également actuellement les droits sur les épisodes I, II, III, V et VI, mais ceux-ci devraient être transférés à Disney/Lucasfilm en 2020. Concrètement, cela veut dire qu'un coffret regroupant les trois trilogies, tant attendu par les aficionados de la saga, pourrait bientôt devenir une réalité.

Au-delà des propriétés de Marvel et de LucasFilm, Disney s'apprête à récupérer les autres franchises de 20th Century Fox, parmi lesquelles La Planète des Singes, et surtout Avatar, dont quatre suites sont prévues d'ici 2023.

Ce que Disney va récupérer :

- Les studios de cinéma et de télévision de la 20th Century Fox :

  • Films : Avatar, Star Wars, épisode IV : Un nouvel espoir, Deadpool, X-Men, L'Âge de Glace, Ferdinand
  • Séries : Les Simpsons, Les Griffin, This Is Us, Modern Family, Homeland, Empire, X-Files

- Les chaînes de télévision de la Fox :

  • 22 chaînes sportives régionales, FX et FXX (avec des séries telles que American Horror Story, Fargo et Philadelphia), National Geographic, Star India et Sky (à hauteur de 39%)

- La participation de la Fox dans le service de vidéo à la demande Hulu (à hauteur de 30%) 

Pour l'industrie hollywoodienne

Bigger and bigger. Ces dernières années, Disney n'a cessé de faire croître son portefeuille de marques franchisées avec les acquisitions des studios Pixar, de Marvel Entertainments et de Lucasfilm, donc. Et cette nouvelle transaction risque de réduire considérablement la compétition entre studios de cinéma. 

Désormais, la multinationale Disney-Fox réunirait près d'un tiers du box-office américain. Des blockbusters, pour la plupart, mais aussi des moyennes productions, via l'acquisition de la société de production Fox Searchlight Pictures, détenue par Rupert Murdoch. Disney met ainsi un pied dans ce marché du film estampillé milieu de gamme. Parmi les films produits par Fox Searchlight Pictures : Slumdog Millionnaire, Black Swan, Twelve Years a Slave, Birdman ou plus récemment La Bataille des sexes. L'assurance, aussi, pour Disney, de présenter davantage de films aux Oscars, ce que ne pouvaient leur assurer jusqu'alors les productions Marvel.

Face à ce nouveau monstre de l'industrie cinématographique, les analystes se demandent déjà comment vont réagir Sony, propriétaire de Columbia Pictures, ou Paramount, propriété de Viacom… De nouvelles fusions pourraient s'organiser dans les prochaines années.

Pour le monde de la télévision

Côté petit écran, outre ses propres chaînes ABC et le bouquet de chaînes sportives ESPN, Disney détiendra désormais les chaînes FX et National Geographic. En outre, le groupe va grandement se renforcer à l'international, en devenant propriétaire des chaînes indiennes Star ainsi que des 39% détenus par la Fox dans l'opérateur de télévision européen Sky, un bouquet de chaînes payantes présent au Royaume-Uni, en Irlande, en Allemagne, en Autriche et en Italie. Avec, à la clé, 22,5 millions d'abonnés. Et bien plus encore...

Car la Sky se développe. Et Disney semble même mieux placé que 21st Century Fox pour racheter les 61% restants de l'opérateur. Le rachat de cette participation voulu par Rupert Murdoch est en effet à l'arrêt, depuis le scandale du piratage des téléphones de célébrités par son tabloïd News of the World. Cinq ans après, Murdoch est repassé à l'offensive mais la partie est loin d'être gagnée, son offre de rachat sur Sky ayant pris à nouveau un tour politique avec l'intervention du gouvernement britannique et l'ouverture d'une enquête approfondie afin d'examiner l'impact sur la pluralité des médias. Disney, de son côté, bénéficie d'une image bien plus lisse et, selon Les Échos, son absence dans la presse au Royaume-Uni devrait lui permettre de monter à 100% assez facilement.

La Sky détient aussi des droits importants dans le football, à commencer par les plus attractifs de la planète, ceux de la Premier League. En dehors du sport, le groupe est connu pour la diffusion de la série américaine à succès Game of Thrones dans les pays où il opère. Outre ses chaînes de télévision, il propose des services de streaming et de vidéo à la demande et s'est lancé dans la production de fictions. C'est sur cette base particulièrement solide que le géant américain pourrait chercher à s'appuyer afin d'accélérer le lancement de sa plateforme de vidéo en ligne par abonnement, vouée à concurrencer les géants que sont Netflix ou Amazon Prime.

Pour les accros du streaming

C'est le nœud central de la stratégie du PDG Bob Iger : transformer le groupe en un géant des médias et du divertissement pouvant concurrencer Netflix, Amazon, Facebook ou encore Apple. Or Disney, qui détient 30% du service de vidéo à la demande Hulu, s'apprête à récupérer les 30% détenus par Fox (le reste est la propriété de Comcast, à hauteur de 30%, et de Time Warner, à hauteur de 10%), ce qui lui assurera une majorité de contrôle dans ce concurrent direct de Netflix.

Hulu

© DR

Il faut dire que de plus en plus de ménages américains choisissent d'interrompre leurs abonnements au câble, souvent cher, pour souscrire à de tels services. Selon la société d'investissement Raymond James, 31% des Américains estiment ainsi qu'ils constituent leur première source de contenus vidéo. L'opération annoncée jeudi "renforce The Walt Disney Company dans les contenus et le divertissement", a ainsi souligné la compagnie, qui prévoit de lancer en 2019 son propre service de streaming, qui aura l'exclusivité de ses films et séries, afin de nouer des relations directes avec les consommateurs.

Actuellement, Disney et la Fox possèdent à eux deux le deuxième plus grand nombre de contenus sur Netflix (parmi les 500 plus populaires), derrière CBS, et le troisième sur Amazon Prime, derrière Time Warner et CBS. S'ils venaient à les retirer, les deux plateformes auraient ainsi beaucoup à perdre. D'autant que Bob Iger l'a promis : le prix pour accéder à la future plateforme de Disney sera "sensiblement inférieur" à celui de Netflix. La guerre est plus que jamais déclarée.

Pour le monde de la presse

De ce côté-là, rien ne change ou presque. L’accord avec la Fox exclut en effet la dimension presse et édition. La famille Murdoch continuera de contrôler News Corp., qui rassemble des titres tels que le Wall Street Journal et le New York Post aux États-Unis, le Sun, le Times et le Sunday Times entre autres au Royaume-Uni, ainsi que la chaîne Fox News, proche de Donald Trump, les stations locales, les chaînes d'informations et des chaînes sportives comme Fox Sports. Ces actifs vont être regroupés dans une nouvelle entité cotée séparément en Bourse.

Toutefois, il faudra au moins un an pour que le deal soit validé. Les autorités de la concurrence américaine doivent en effet donner leur feu vert, une étape qui s'annonce ardue car la plupart des médias américains vont être détenus par une poignée de grands groupes : Comcast (NBCUniversal), Disney-Fox, Viacom, Sony Pictures et Lions Gate. "Nous nous attendons à un examen minutieux de la part des régulateurs à travers le monde mais espérons qu'ils privilégieront les avantages pour les consommateurs", espère Bob Iger, dont le mandat a été reconduit jusqu'en 2021.

Récemment, le ministère américain de la Justice a indiqué son intention de bloquer le rachat pour 84,5 milliards de dollars de Time Warner par l'opérateur télécoms AT&T à moins que ce dernier ne se sépare d'actifs comme la chaîne d'informations CNN, une des cibles du président Donald Trump.

Bonus : la fin d'un générique

Cet accord risque enfin de faire disparaître un monument du cinéma : le générique de la 20th Century Fox.