Face à la charge de travail, l'Académie Goncourt peine à trouver de nouveaux jurés

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Les membres de l'Académie doivent également renoncer à recevoir une récompense littéraire qu’envient de nombreux écrivains. (Image d'illustration) © LIONEL BONAVENTURE / AFP
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L'Académie Goncourt, qui décerne chaque année l'un des prix littéraires les plus prestigieux au monde, a vu récemment la démission de deux de ces membres, dont son ancien président Bernard Pivot. Les nouvelles recrues devront répondre à un certain nombre de critères, et surtout, être prêtes à consacrer plusieurs mois de l'année à la sélection.
ENQUÊTE

L’écrivain Didier Decoin a été élu lundi nouveau président de l’Académie Goncourt, après le départ de Bernard Pivot. Sa première mission : recruter deux nouveaux membres, puisqu’ils ne sont plus que huit. En effet, le départ de l’ancien animateur d’Apostrophe a été suivi par celui de Virginie Despentes. Or, pour être complet, ils doivent être dix. Et on ne candidate pas à l’Académie Goncourt. Du moins pas officiellement. Ce serait le meilleur moyen de ne pas être choisi. Ce sont les membres de l’Académie qui discutent entre eux, se mettent d’accord sur une shortlist de cinq ou six noms. Ensuite, seulement, ils font la proposition aux intéressés.

Le juré potentiel doit être écrivain, bien évidemment. Cette fois, il y a de fortes chances qu’au moins une femme soit recrutée puisqu’elles ne sont plus que deux."Il faut que ce soit un très bon lecteur qui ait le goût des livres des autres, mais aussi quelqu’un qui soit prêt à voyager, qui soit un bon convive puisque l’on déjeune ensemble tous les mois, mais aussi quelqu’un avec une notoriété, une œuvre derrière lui et une œuvre devant lui", détaille auprès d'Europe 1 Pierre Assouline, membre de l’Académie.

"Le travail est colossal"

Et même en trouvant quelqu’un qui cumule toutes ces caractéristiques, les candidats restent difficiles à trouver. La charge nécessite beaucoup de travail. Il faut lire des dizaines de livres dans l’année, voyager aussi pour représenter le Goncourt. C’est du temps en moins pour écrire. "Le travail est colossal. Pendant trois mois, ils lisent, ils font ça tout l’été, en s’envoyant des messages. Ils le font très sérieusement. Pour la masse de travail que cela représente, je ne crois pas que j’accepterais un tel poste", nous confie l’écrivain David Foenkinos. Car on a tendance à l’oublier, mais écrire est un vrai métier, qui requiert de la solitude, et du temps, beaucoup de temps.

Et puis, en ce qui concerne les jeunes écrivains, devenir membre de l’Académie induit de renoncer à obtenir le prix. Un problème qui ne se pose plus pour Yann Quéffelec, couronné en 1985 pour Les Noces Barbares. "Quand on a reçu le prix Goncourt, on a une espèce de reconnaissance envers le jury qui vous l’a attribué. Et puis c’est une bande de copains, de copains intelligents. C’est mieux qu’une bande de cons !", plaisante-t-il. "C’est une vision de la compagnie humaine qui me charme."

Pour l’instant, le silence total concernant les candidats potentiels. Les concernés eux-mêmes ne sont pas au courant. Leurs noms seront dévoilés le 11 février.

Europe 1
Par Nicolas Carreau, édité par Romain David