Daniel Picouly : "Vous seriez étonnés de tout ce que vous avez à dire sur votre vie à travers le vin !"

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Le romancier a puisé dans son enfance et dans ses découvertes récentes pour évoquer ses goûts culinaires à la Table des bons vivants.
INTERVIEW

Il est le onzième d'une famille de treize enfants. Le romancier Daniel Picouly, prix Renaudot en 1999 pour L'enfant léopard, a raconté quelques souvenirs de sa jeunesse, notamment culinaires. Lui qui a longtemps tenu un café littéraire pour la télévision s'est installé à La Table des bons vivants d'Europe 1, délocalisée au Salon de l'agriculture. 

Cuisine brûlée. Avec un père martiniquais et une mère du Morvan, on aurait pu imaginer une cuisine multi-influencée. Il détrompe. "La cuisine familiale était colorée par une seule chose : le brûlé. Ma mère avait treize gosses et elle faisait tout brûler. J’ai cru longtemps que c’était une épice qu’elle rajoutait ! Elle rendait hommage au poulet boucané de la Martinique que j’adore", plaisante-t-il.

La Montagne Pelée tueuse. Son dernier ouvrage, Quatre-vingt-dix secondes, revient en revanche vers ses racines martiniquaises puisqu'il raconte l’éruption de la montagne Pelée en Martinique au début du XX e siècle. Un événement qui a fait 30.000 morts en engloutissant Saint-Pierre. "C’est le volcan qui raconte, c’est une tueuse. J’essaye de connaître ces intentions, savoir pourquoi elle a fait ça un jour de grande fête, pourquoi elle n’a épargné personne sauf un, le pire des pires. Le rescapé, c’est un gars qui éventrait les femmes et qui était au cachot, ce qui l’a sauvé", raconte-t-il.

Le vin et la vie. Côté gastronomie, il évoque aussi les mezze et la récente découverte du restaurant oriental Neni à Paris, en face de la gare du Nord. "Moi ça me déborde, je ne sais pas quand ça s’arrête, quand ça commence, s’il y en a encore beaucoup, s’il faut se retenir. J’aime cette cuisine généreuse." Lui avoue ne pas beaucoup cuisiner, à l'exception des risottos. "C’est extrêmement pratique pour ceux qui ne veulent pas faire la cuisine", glisse le romancier qui s'est aussi largement intéressé au vin en faisant raconter aux gens les étapes de leur vie à travers un vin : la naissance, les fêtes, la cuvée de l’année de naissance qu’on garde, la première cuite… "Vous seriez étonnés de tout ce que vous avez à dire sur votre vie à travers le vin !"

Le questionnaire des bons vivants

Pour mieux le connaître côté fourchette, le romancier et animateur est passé sur le gril des questions de Laurent Mariotte :

-Le goût de votre enfance ?

"La mamelle (de bœuf). J’ai la mamelle coupable parce que c’était quelque chose qu’on ne mangeait pas chez nous parce que c’était un plat de pauvre. C’était immense et dès que vous le mettiez dans la poêle, il ne restait plus rien. Ce n’était que du gras. Les bouchers le donnait."

-Votre plus beau repas ?

"En Mai-68, j’étais étudiant à Assas et je venais de ma banlieue. Un copain m’a invité à manger chez lui. C’est la première fois que j’ai été servi par des gens et, moment d’angoisse, j’ai vu le nombre de couverts devant moi. Je ne savais pas absolument pas comment faire et les utiliser. C’est là que j’ai appris qu’il y avait des codes en tout."

-Ce qui est inutile en cuisine selon vous ?

"La farandole des pains. Quand vous êtes dans un bon restaurant et qu’on vous ressert tout le temps. J’ai l’impression qu’on vous empêche de manger."

-Le plat que vous ne pouvez pas manger ?

"Il n’y en a pas. Je mange de tout. Parce que quand on était gosse, il fallait retourner son assiette pour manger le dessert."

-Quels sont les invités de votre dîner idéal ?

"Chester Himes, Cassius Clay alias Mohamed Ali.  Que des grands. Et Proust. Je suis en train de travailler sur Proust. Proust mangeait avant ses amis pour pouvoir faire la conversation. L’important n’est pas ce qu’on mange, c’est avec qui. J’aimerais bien savoir si Proust était aussi snob, aussi chic et avait autant de culture qu’il le disait.

-Quel est le dernier plat que vous avez cuisiné ?"

Un risotto au gorgonzola.

-Quel plat emmèneriez-vous sur une île déserte ?

"Un plat unique au monde : la graine de coquillette. J’ai une petite perversion pour la coquillette. Je ferais pousser des coquillettes parce que ça va avec tout."

-Le mot de la FAIM ?

"Je ne veux pas de cuisine où il y a plus de mots que ce qu’il y a dans l’assiette."

Europe 1
Par Aurélie Dupuy