Daniel Picouly : "Je deviens un modèle pour les cancres"

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Etudiant, Daniel Picouly était un cancre. Cela ne l'a pas empêché de devenir professeur et même écrivain reconnu. De quoi rassurer les parents des cancres d'aujourd'hui, comme il le raconte dimanche sur Europe 1.
INTERVIEW

Un ancien cancre devenu écrivain, jusqu’à remporter le prix Renaudot en 1999 pour L’Enfant léopard. Voilà l’histoire de Daniel Picouly qui s’est confié, le temps d’une balade dominicale, au micro de Frédéric Taddeï pour Europe 1.

Cette balade, elle commence au jardin du Luxembourg, un endroit où il se "sen(t) particulièrement bien" : "entre le jardin du Luxembourg de 68 et maintenant, ça n’a pas changé." Oui, Daniel Picouly, aujourd'hui âgé de 69 ans, a connu le jardin du Luxembourg pendant Mai-68, lorsqu'il était étudiant à Assas.

"Aujourd'hui, avec le diplôme que j'ai eu, je n'entre pas à Assas." "C'est la seule fac où on m'a pris. Je n'ai pas de bac littéraire, je n'ai pas tout ça. J'ai un bac comptable, personne n'en voulait", raconte-t-il, avant d'ajouter : "Aujourd'hui, avec le diplôme que j'ai eu à cette époque-là, je n'entre pas à Assas !" Comme il le laisse entendre, Daniel Picouly n'avait rien de l'élève modèle.

Modèle, il l'est devenu en revanche pour les cancres d'aujourd'hui, dont "il rassure" les parents : "Je suis parfois un petit peu comme une attraction. Dans un salon, il y a des parents qui disent à leurs enfants : 'Viens voir le monsieur là. Tu sais, lui il faisait des fautes d'orthographe comme toi quand il était petit.' Je rassure les parents et je deviens un modèle pour les cancres."

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Sandrine Taddeï/Europe 1

Pendant les dictées, "j'écoutais". Et s'il faisait autant de fautes d'orthographe quand il était jeune, il avait de "bonnes" raisons : "Les dictées étaient assez extraordinaires. C'était des textes classiques que je trouvais toujours beaux et passionnants. Moi, j'écoutais. Pour moi, c'était une histoire que l'on était en train de me raconter. (...) Je prenais du plaisir. Et il y avait quand même ce système assez dingue à l'époque : cinq fautes = 0. Donc plus vite je faisais cinq fautes, plus vite j'étais tranquille !"

Mais si Daniel Picouly faisait beaucoup de fautes d'orthographe, c'était aussi "pour défendre (sa) mère", comme il le raconte dans La faute d'orthographe est ma langue maternelle. "Ma mère était dysorthographique profonde. Elle écrivait phonétiquement. Les poireaux, ça se terminait par un 'o' et c'est tout, point à la ligne. (...) La faute d'orthographe est ma langue maternelle, c'est un petit gamin qui, à dix ans, a décidé de défendre sa mère en faisant des fautes d'orthographe. (...) Le mécanisme a été très simple, 'je vais faire des fautes d'orthographe, on ne pourra pas me dire que je suis bête, je défends ma mère'. C'est un raisonnement de môme, je l'admets", confie-t-il.

Devenu écrivain pour "être déplisseur de fronts". Si son "attrait" pour les fautes d'orthographe lui est, en partie, venu de sa mère, c'est par son père qu'est née sa vocation pour l'écriture. C'est en voyant ce dernier lire des polars à table qu'il a voulu devenir écrivain. "Mon père était chaudronnier, il faisait ses dix heures, il tapait sur la tôle, il arrivait fatigué. Il lisait des polars et je voyais son visage se défatiguer, son front se déplisser. Quand j'étais gamin, je voulais être déplisseur de fronts ! Il y avait un type magique qui écrivait des livres et qui défatiguait mon père. Je me suis dit : 'Je veux écrire des livres policiers pour faire sourire et déplisser le front de mon père.' Je n'ai pas d'autre motivation littéraire", confesse Daniel Picouly, alors que sa déambulation avec Frédéric Taddeï l'a mené rue du Four, dans le 6e arrondissement de la capitale.

"La rue du Four, c'est la rue des profs. C'est là qu'on allait chercher les programmes officiels", lâche-t-il. Ecrivain, Daniel Picouly a également été professeur d'économie et gestion pendant 25 ans. Un comble pour un ancien cancre. S'il garde de mauvais souvenirs des "inspections impromptues", ses "meilleures journées" en tant qu'enseignant étaient celles où il remettait "les résultats du bac à ses élèves : "On est dans la classe, on attend et on sait déjà. Voir leur bonheur d'avoir eu l'examen, ça c'est un truc extraordinaire." Le bonheur des autres, voilà donc le dénominateur commun des différentes vocations de Daniel Picouly.

Europe 1
Par Grégoire Duhourcau