"Billie Holiday, une affaire d’Etat" : le portrait poignant d’une icône engagée

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"Billie Holiday, une affaire d’état" est en salles mercredi, en partenariat avec Europe 1 1:50
"Billie Holiday, une affaire d’état" est en salles mercredi, en partenariat avec Europe 1 © Metropolitan FilmExport
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Avec "Billie Holiday, une affaire d’Etat", en salles mercredi en partenariat avec Europe 1, le réalisateur Lee Daniels signe un puissant portrait de la fascinante icône du jazz et de son combat contre le racisme.

En 1939, Billie Holiday est déjà une vedette du jazz new-yorkais quand elle entonne Strange Fruit, un vibrant réquisitoire contre le racisme qui se démarque de son répertoire habituel. La chanson déchaîne aussitôt la controverse, et le gouvernement lui intime de cesser de la chanter. Billie refuse. Elle devient dès lors une cible à abattre.

Billie Holiday a tout fait pour atténuer ses souffrances et oublier son enfance difficile, ses choix malheureux en matière d’hommes, et la difficulté de vivre en étant une femme de couleur en Amérique. La drogue fut l’une de ses échappatoires. Le gouvernement va retourner cette faiblesse contre elle et utiliser sa dépendance aux stupéfiants pour la faire tomber. Prêt à tout, Harry Anslinger, le chef du Bureau Fédéral des Narcotiques, charge Jimmy Fletcher, un agent de couleur, d’infiltrer les cercles dans lesquels évolue la chanteuse. Mais leur plan va rencontrer un obstacle majeur : Jimmy tombe amoureux de Billie…

>>> Strange Fruit, la chanson protestataire de Billie Holiday contre le lynchage

Pourquoi le gouvernement fédéral s’est-il indigné de ce qui est devenu un monument de la chanson américaine dont les paroles sont "Black bodies swingin’ in the Southern breeze/Strange fruit hangin’ from the poplar trees" (Des corps noirs se balancent dans la brise du Sud/Un étrange fruit pend des peupliers) ?

Lorsque Billie Holiday entendit pour la première fois les paroles de Strange Fruit, celles-ci lui rappelèrent son père, mort de s’être vu refuser l’accès à l’hôpital parce qu’il était noir. À 23 ans, elle a commencé à chanter la chanson au Café Society. Craignant des représailles et la censure dans le Sud, son producteur refusa de l’enregistrer et Columbia Records, avec qui Billie était sous contrat, refusa de la sortir. Ils l’autorisèrent cependant à l’enregistrer avec un autre label.

Après avoir entendu Billie Holiday interpréter Strange Fruit a cappella, Milt Gabler, propriétaire du label de jazz alternatif Commodore, produisit Billie Holiday et cette chanson, qui sortit en 1939 grâce à un accord avec Vocalion Records. Cet enregistrement s’écoula à plus d’un million d’exemplaires, devenant ainsi le titre de Billie Holiday le plus vendu. Billie Holliday, une affaire d’état raconte comment la chanteuse refusa de cesser de chanter Strange Fruit, et comment elle paya ce refus de sa vie.

>>> Le combat d’une femme contre la ségrégation raciale

Basé sur le chapitre "Black Hand" du livre de l’écrivain britannique Johann Hari, Chasing the Scream: The First and Last Days of the War on Drugs (classé parmi les meilleures ventes du New York Times en 2015), le film Billie Holiday, une affaire d’Etat, en salles mercredi en partenariat avec Europe 1, raconte l’histoire d’une Billie Holiday rebelle qui refusait de plier devant la suprématie blanche.

Aux États-Unis, à l’époque de Billie Holiday, les lois Jim Crow et la ségrégation raciale ne sévissaient pas uniquement dans le Sud. Le racisme gangrenait tout le pays, et l’artiste le savait mieux que personne. Née noire et pauvre en 1915, femme de surcroît, elle n’avait que très peu d’options dans l’Amérique de Jim Crow, et rien que survivre était déjà une victoire en soi. Même devenir l’emblématique Lady Day, l’idole du jazz admirée et aimée aussi bien des Noirs que des Blancs, ne l’a pas protégée. Aucune gloire ne pouvait lui éviter le sort qui l’a frappée pour avoir refusé de cesser de chanter Strange Fruit, son réquisitoire contre le racisme et les lynchages.

La chanteuse Andra Day, qui incarne l’icône du jazz dans le film, explique : "Billie Holiday menait toutes sortes de combats à cette époque, et pour l’essentiel, elle était seule pour le faire. C’était le début du mouvement des droits civiques, et je la considère comme la marraine de ce mouvement. Elle n’avait pas honte d’agir comme elle le faisait, elle ne voyait pas pour quelle raison elle aurait dû éprouver des remords ou s’excuser de sa conduite, et c’était encore plus vrai quand il s’agissait de se battre pour son peuple".

>>> Une performance d’actrice nommée aux Oscars

Bien connue pour sa chanson Rise Up, Andra Day n’avait jamais été actrice. Impressionnante dans son premier rôle, elle a été nommée pour l’Oscar 2021 de la meilleure actrice. Pourtant, lorsqu’on lui a proposé ce projet, elle a beaucoup hésité, doutant de ses talents de comédienne. Quand Lee Daniels, réalisateur et producteur du film Precious en 2010, l’a choisie, elle avoue même avoir espéré pendant un moment qu’il change d’avis. Finalement, cette appréhension a nourri sa métamorphose : pour incarner Billie Holiday, Andra Day a perdu beaucoup de poids, passant de 74 à 56 kilos. Elle a aussi modifié sa voix parlée et chantée, et a mis de côté ses inhibitions.

Lee Daniels a été stupéfait par la transformation de la chanteuse. Il se souvient : "Andra ne jouait pas la comédie, elle était, tout simplement. Même sans prononcer les répliques, il lui suffisait d’arriver sur le plateau, et on pouvait rien qu’en la voyant sentir l’alcool dans son haleine, visualiser la cigarette dans sa main, avec ses ongles ébréchés, et je me disais que c’était Dieu qui avait voulu que tout ça arrive".

Billie Holiday, une affaire d’Etat est en salles ce mercredi, en partenariat avec Europe 1.