Cinéma : le retour au premier plan de Zita Hanrot

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Zita Hanrot, en 2016.
Zita Hanrot, en 2016. © AFP
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L'actrice, révélée pour son rôle dans "Fatima", est à l'affiche de "Carnivores", des frères Jérémie et Yannick Rénier. Quelques semaines plus tôt, elle tenait un des premiers rôles dans "La fête est finie".

Une partie du public l'a découverte le 21 février 2016. Ce soir-là, Zira Hanrot reçoit le César du meilleur espoir féminin, pour son rôle dans Fatima de Philippe Faucon. Depuis la cérémonie, il y a bien eu De SAS en SAS, de Rachida Brakni, et un second rôle dans K.O., de Fabrice Gobert, mais ce début d'année 2018 sonne différemment. Dans La fête est finie (sortie le 28 février) et Carnivores (en salles mercredi et dont Europe 1 est partenaire), elle tient les premiers rôles et s'assure ainsi un double retour au premier plan.

Le conservatoire puis la révélation Fatima. Toute sa jeunesse, Zita Hanrot a baigné dans le monde artistique. "Toute la famille de mon père est soit architecte, scénographe ou paysagiste. Mon père est graphiste, il a fait les beaux-arts, et ma mère est graphiste-illustratrice. (...) J'ai toujours eu accès chez moi à une très bonne bibliothèque, je faisais de la danse classique, j'allais à des concerts et des spectacles et je voyais des expos", confiait-elle aux Inrocks en février dernier. Mais c'est une pièce de théâtre, Les Ephémères d'Ariane Mnouchkine (2006), qui a marqué la jeune Zita Hanrot. Une oeuvre qui décide de sa vocation : actrice.

Originaire de Marseille, Zita Hanrot monte alors à Paris où elle finit par intégrer le Conservatoire d'art dramatique, en 2011, pour en sortir diplômée en 2014. Quatre années durant lesquelles elle va faire ses débuts au cinéma. D'abord devant la caméra de Romain Levy dans Radiostars(2012), puis dans Une nouvelle amie (2013) de François Ozon et Eden (2014) de Mia Hansen-Løve.

Mais c'est donc avec son rôle de Nesrine, une fille d'immigrée dans Fatima, que Zita Hanrot se révèle. "Ce César est arrivé à point nommé. Il est devenu beaucoup plus facile de rencontrer des réalisateurs, sans passer par les premières étapes du casting", déclare-t-elle sans ambages aux Inrocks.

"Être bouleversée par une histoire". Dans La fête est finie, elle joue une toxicomane qui se lie d'amitié avec une autre droguée dans un centre de désintoxication. Dans Carnivores, elle incarne une actrice reconnue, dont la sœur exerce le même métier sans connaître un succès identique. Une relation mêlée de jalousie et de frustration va alors se nouer entre elles. "Ce film parle de l'injustice entre ceux qui ont tout fait comme il faut, et ceux qui prennent mieux la lumière", souligne-t-elle dans Numéro.

Fille d'immigrée dans Fatima, femme détenue dans De SAS en SAS, toxicomane dans La fête est finie et sœur d'une actrice dans l'ombre dans Carnivores, Zita Hanrot semble avoir un certain goût pour les personnes à la marge. Pourtant, lors de chaque interview, elle réfute toute dimension politique dans le choix de ses rôles. Fille d'une Jamaïcaine et d'un Français, elle avait d'ailleurs peu goûté que la presse française la présente comme la première femme noire de l'histoire à recevoir un César. Ce qui compte pour elle dans une proposition de scénario, c'est "d'être bouleversée par une histoire, qu'elle suscite (s)a curiosité".

Quand on l'interroge sur ses modèles, elle évoque volontiers Laura Dern, actrice américaine à la filmographie hétérogène (De Lynch à Spielberg en passant par Kelly Reichardt) ou encore Béatrice Dalle, elle aussi habituée à tourner pour des réalisateurs éclectiques. En quelques films, Zita Hanrot est allée du côté de la comédie, en passant par le drame social ou encore le film de genre avec Carnivores. Finalement, il faut peut-être retenir cela dans le jeune parcours de l'actrice : la volonté de ne pas être enfermée dans une case, politique ou sociale ; une manière d'aller là où elle veut.

 

Europe 1
Par Guillaume Perrodeau