Pelouses en vrac : la faute à qui ?

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Pelouses en vrac : la faute à qui ?
Les jardiniers ont tenté de rendre la pelouse du stade Pierre-Mauroy praticable avant Suisse-France. En vain...@ DENIS CHARLET / AFP
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La rencontre Suisse-France s’est disputée à Lille sur une pelouse indigne. L’UEFA est montrée du doigt.

On pensait avoir touché le fond à Marseille, lors de France-Albanie. Mais non ! Dimanche, au stade Pierre-Mauroy, face à la Suisse (0-0) les Bleus ont dû composer avec un gazon dans un état encore plus lamentable que celui du Vélodrome. Au point que l’UEFA, qui n’a pas eu peur du ridicule sur ce coup-là, avait décidé, avant le match, de repeindre la pelouse en vert. Un cache-misère qui n’a trompé personne, et surtout pas les principaux acteurs de la rencontre. "Les joueurs ont beaucoup de mérite en effet", a réagi Didier Deschamps après le match. "C’est désolant. Et on est encore dans les matches de poule…" Inquiet, le "Dédé". Et il a bien raison…

Des bourdes en cascade. L’état des pelouses est d’ores et déjà l’un des gros points noirs de cet Euro 2016. Et en termes d’image, il fait mal, très mal à la France. Pourtant, le responsable de ce fiasco pourrait bien être l’UEFA. L’omnipotente instance européenne du football, qui, en tant qu’organisatrice, a la main sur tout et décide de tout pendant la compétition, est désormais pointée du doigt. Prenons l’exemple de Lille. Certes, la pelouse du stade Pierre-Mauroy n’avait rien d’un billard à la fin de la saison de Ligue 1. Elle pointait en 15e position du très sérieux championnat de Franc des pelouses organisé par le Ligue de football professionnel. Mais on était loin du champ de patates observé dimanche soir.

Alors que s’est-il passé ? Trois semaines avant le début de l’Euro, l’UEFA a décidé, unilatéralement, de changer la pelouse du stade Pierre-Mauroy, comme celles du Vélodrome de Marseille et de l’Allianz Riviera de Nice. Elle a mandaté une société autrichienne pour importer un gazon tout neuf. Et là, les bourdes se sont enchaînées. D’abord, l’herbe, transportée dans des camions frigorifiques mal réglés, a gelé par endroit, selon La Voix du nord. Ensuite, les délais ont été trop courts pour que l’enracinement prenne. Enfin, les conditions météorologiques ont été mal gérées. Il a plu, beaucoup, et la fermeture du toit a été trop tardive. Résultat, l’humidité est restée coincée dans l’enceinte, et la pelouse en a pâti. Les ventilateurs géants installés n’y ont rien changé. Résultat, des glissades, des rebonds hasardeux et le spectacle indigent de dimanche soir.

"Des spécialistes français tenus à l'écart du système UEFA". Pour la Société française des gazons (SFG), le coupable est tout désigné. "Le consultant mandaté par l’UEFA a cru bon devoir intervenir, en particulier en faisant replaquer du gazon non compatible (enracinement du gazon) sur les stades de Marseille, Lille, Nice, et ce, en dépit de l’avis hautement défavorable des spécialistes français tenus à l’écart du système UEFA. Ce sont les seules pelouses qui aujourd’hui posent problème… certainement une simple coïncidence ! ", écrit l’association dans un communiqué. La SFG, qui se donc pour mission de "défendre le savoir-faire français, entre autres et en particulier", comme elle l’a dit à Europe1.fr, refuse de voir l’UEFA fuir ses responsabilités. "Aujourd’hui, les organisateurs veulent se dédouaner en jetant le discrédit sur des professionnels hautement qualifiés que sont les référents pelouses français. Cette position est pour le moins scandaleuse", écrit encore l’association.

Aujourd’hui, l’UEFA s’active pour tenter de sauver le gazon lillois. Mais les spectateurs d’Italie-Irlande, mercredi au stade Pierre-Mauroy, sont prévenus : ils n’assisteront probablement pas à un grand spectacle. Et dire qu’ensuite, il faudra disputer une huitième et un quart de finale sur ce gazon maudit…

[Edit : 21 juin, 17h29]

L'UEFA a annoncé mardi en fin d'après-midi que le gazon du stade Pierre-Mauroy allait finalement être remplacée vendredi par une pelouse amenée des Pays-Bas. "Les conditions météorologiques difficiles ont entraîné des dommages irréversibles sur la surface", a précisé l'instance du football européen, décisionnaire pour les stades (comme pour tout le reste) lors de l'Euro. L'UEFA dit avoir "déjà réussi à changer des pelouses durant des Euro, comme celle de Bâle en 2008 (en Suisse)". Il se jouera encore un match de poules sur cette pelouse endommagée, Italie-Eire, mercredi. L'installation de la pelouse devrait être achevée dans l'après-midi de vendredi, assure l'UEFA. Le stade de Lille doit encore accueillir un 8e de finale dimanche et un quart de finale le 1er juillet. 

Par ailleurs, l'instance européenne du football affirme que "le travail de réparation des pelouses de Marseille et Saint-Denis (elles aussi en mauvais état et critiquées, ndlr), débuté ces derniers jours, porte ses fruits et ces pelouses devraient être en bonne condition dans quelques jours".