Nadal a-t-il "tué" Roland-Garros ?

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Nadal a-t-il "tué" Roland-Garros ?
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TENNIS - Une fois de plus, l'Espagnol sera le favori du tournoi qui débute dimanche.

Nadal à Rome (930x620)

© MAXPPP

Tous les ans, c'est la même chose : Rafael Nadal est le favori n°1 de Roland-Garros. Le Majorquin a impressionné depuis son retour à la compétition en début d'année : huit finales, six victoires, dont les deux derniers Masters 1000 sur terre battue, à Madrid et Rome (photo). Son bilan en 2013 : 36 victoires et 2 défaites, soit 92% de succès. Les chiffres sont encore plus ébouriffants quand on s'arrête à la porte d'Auteuil : sept titres, de 2005 à 2008 et de 2010 à 2012,  52 victoires et une seule défaite, en 2009, en huitièmes de finale, face au Suédois Robin Söderling.

Pourtant éloigné de la compétition pendant sept mois entre juin 2012 et février dernier pour soigner une blessure à un genou, un syndrome de Hoffa, inflammation de la boule graisseuse derrière le tendon rotulien, Nadal n'a jamais paru aussi fort. Depuis très longtemps, la question n'est donc pas de savoir si Nadal est le favori de Roland-Garros 2013 mais bien de savoir s'il a "tué" l'intérêt du tournoi.

Suspense non garanti

Nadal à Rome (930x620)

© REUTERS

"C'est difficile de dire ça", estime le DTN de la Fédération française de tennis, Patrice Hagelauer. "C'est évident qu'il se présente comme le favori du tournoi, avec toutes ses victoires et la confiance accumulée au fil des matches." Nadal fossoyeur de l'intérêt de Roland-Garros, l'expression est sévère mais elle a un fond de vérité pour Carole Bouchard, journaliste à L'Equipe.fr qui suit Nadal tout au long de l'année. "Ceux qui aiment son jeu vont dire "non, il n'a pas "tué" Roland-Garros" parce qu'ils aiment le voir jouer, qu'il joue pour l'histoire, pour l'accumulation de titres, pour en gagner huit, neuf, dans ce sens-là, non. Mais si on prend l'expression dans un sens plus français, c'est-à-dire en pensant suspense et prime aux outsiders, on peut le dire oui : Nadal a un petit peu "tué" Roland-Garros. Je pense d'ailleurs qu'il y en a pas mal dans le public parisien qui se le disent..."

Si Nadal est tellement favori, c'est que la concurrence a bien du mal à s'organiser. "Nadal s'étonne lui-même de son état de forme", constate Patrice Hagelauer. "Mais ce sont aussi ses adversaires qui sont un peu moins bons." Il y a d'abord ceux qui ne sont pas là. Söderling, le seul à l'avoir jamais battu à Roland-Garros, est toujours en convalescence après une mononucléose contractée en 2011. L'Argentin Juan Martin Del Potro a lui été contraint de déclarer forfait. Ecrasé en finale à Rome dimanche dernier, Roger Federer n'a plus le physique pour lutter.

Djokovic, l'adversaire n°1

Nadal-Djokovic
"Pour le perturber, il faut un mec en fusion, avec une force de frappe et un énorme revers", insiste Carole Bouchard. Parmi les joueurs capables d'empêcher Nadal de remporter un huitième titre à Roland-Garros, un nom revient : Novak Djokovic. Le Serbe, n°1 mondial, a mis fin en avril dernier à la série de huit victoires consécutives de "Rafa" à Monte-Carlo (photo).

"C'est son rêve maintenant de gagner Roland-Garros", insiste Patrice Hagelauer. "Lorsque son niveau est là, et il l'a déjà démontré, il sera difficile à battre." Carole Bouchard ajoute : "contre Djokovic, ce sera aussi dans la tête car je pense que quand Nadal a Djokovic en face, il a vraiment tendance à se crisper." Avant Roland-Garros l'an dernier, où il avait perdu en quatre sets et sur deux jours, Djokovic avait remporté les trois finales de Grand Chelem précédentes entre les deux hommes (Wimbledon et US Open 2011, Open d'Australie 2012). Mais le n°1 mondial, en délicatesse avec une cheville, reste sur deux éliminations précoces à Rome et surtout à Madrid... Hormis Djokovic, Jo-Wilfried Tsonga, l'Espagnol David Ferrer et le Letton Ernests Gulbis sont également cités parmi les joueurs capables de perturber Nadal sur la terre ocre. Mais de là à le battre au meilleur des cinq sets...

Une seule incertitude : le physique

Nadal avec son genou (930x1240)

© REUTERS

En réalité, le plus grand ennemi de Nadal reste sans doute Nadal lui-même.  "Il faut voir comment ça se goupille dès le départ. Si sur les sept matches qui doivent le mener vers le titre, il en a trois ou quatre tranquilles, il sera l'immense favori", insiste Patrice Hagelauer. "Il faut voir ce que va lui réserver le tirage pour vendredi. L'inquiétude pour lui, c'est quand même l'épée de Damoclès qu'il a au-dessus de la tête avec son genou. Il peut avoir des matches difficiles, en cinq sets. Il y a donc les adversaires d'un côté, son état de santé et son physique de l'autre, ça fait deux points très importants. Surtout le physique." "Si le genou tient, ce sera quand même 90% du travail de fait", abonde Carole Bouchard. "Quand il sait qu'il va pouvoir courir des heures et aller chercher des balles en bout de course, dans la tête, il est beaucoup plus relâché. Et bien meilleur."

A l'issue de sa victoire expéditive face à Roger Federer, dimanche dernier, à Rome, Nadal avait lâché : "je descends toujours sur le court avec un grand respect pour mon adversaire, ce qui m'est arrivé depuis neuf ans n'est pas pour toujours, personne ne gagne toujours, je ne sais pas quand ça va finir, mais je m'applique pour que ça arrive le plus tard possible." Et en plus, il paraît loin d'être rassasié…