La Vuelta 2012, un sacré Tour

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La Vuelta 2012, un sacré Tour
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CYCLISME - Contador a remporté dimanche un Tour d'Espagne plus exaltant que le Tour.

Alberto Contador sur la Vuelta 2 (930x1240)

© REUTERS

Un mois à peine après son retour à la compétition, l'Espagnol Alberto Contador a enlevé dimanche le Tour d'Espagne, le cinquième grand Tour de sa carrière (même si lui considère qu'il en a rapporté sept avec les deux qui lui ont été retirés, le Tour de France 2010 et le Giro 2011). Suspendu jusqu'au 5 août dernier après son contrôle positif au clenbutérol sur le Tour de France 2010, le leader de l'équipe Saxo Bank signe là un retour fracassant.

Cette victoire du "Pistolero", acquise dans la douleur et en dernière semaine, est aussi celle du Tour d'Espagne, riche en rebondissements et qui a tenu en haleine les amateurs de cyclisme (le podium se tient en 1'37"). De quoi trancher très sérieusement avec le dernier Tour de France, contrôlé de bout en bout par Bradley Wiggins et toute l'équipe Sky.

Un parcours outrageusement montagneux

Chris Froome sur la Vuelta (930x620)

© REUTERS

"Oui, la Vuelta a été plus intéressante que le Tour car sur le Tour, on a eu une équipe très portée sur l'aspect "défensif", la formation Sky, qui essayait de prendre du temps sur les contre-la-montre et qui se contentait ensuite de décourager les attaquants de passer à l’offensive. Sur la Vuelta, Froome (photo) et les Sky n'avaient pas le même niveau", explique à Europe1.fr Patrick Chassé, journaliste spécialisé dans le cyclisme.

Frustrés sur le Tour, les attaquants ont eu la vie belle sur la Vuelta. Le parcours avait été, il est vrai, pensé et dessiné pour eux. "Cette année, les organisateurs avaient décidé de faire un Tour axé sur le Nord de l'Espagne, donc très montagneux, avec dix arrivées en altitude (dont six en haute montagne), ce qui est complètement délirant. (...) Mais ces recettes un peu faciles, ils ont eu raison de les appliquer parce que ça a ravivé la passion du public, avec notamment le concours de Contador, de retour de suspension. Il y a quelques années encore, il n'y avait personne lors des arrivées au sommet."

"Le Tour n'a pas le droit d'être partisan"

Mais un parcours aussi "délirant", clairement destiné aux grimpeurs (et aux grimpeurs espagnols, qui trustent les trois premières places du classement général, avec Contador, Valverde et Rodriguez), le Tour de France, lui, ne peut pas se le permettre. "Le Tour a la volonté d’être la référence", commente Patrick Chassé. "Il défend son statut d’épreuve la plus prestigieuse du calendrier, il n’a donc pas le droit d’être partisan et de favoriser aussi clairement un type de coureur plutôt qu'un autre." Challenger du Tour, la Vuelta peut, elle, tout se permettre ou presque.

Elle a changé l'appellation du maillot du leader pour passer du jaune à l'or en 1999 puis au rouge en 2010. Et elle n'a de cesse de trouver de nouveaux terrains de jeu. En 1999, ce fut la première du redoutable Alto de l'Angliru. Et cette année, le peloton a eu droit au Cuiti Negru et ses pentes finales supérieures à 20%. La Vuelta joue ouvertement la carte du spectacle. "Si on poursuit cette escalade dans les difficultés, je trouve ça assez dangereux, car ça ne va concerner qu’une partie des coureurs et on sait les excès que ça peut engendrer..."

Contador, le catalyseur ultime

Alberto Contador sur la Vuelta 3 (930x1240)

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Pour autant, ce n'est pas dans le Cuiti Negru que la Vuelta 2012 a basculé, mais dans lors de l'étape moins (re)levée de Fuente Dé, confirmant que "ce n'est pas le parcours qui fait la difficulté ou la qualité d'une épreuve, mais les coureurs". Et cette qualité, cette année, "on la doit à un seul homme : Alberto Contador". Le Madrilène, absent des routes du Tour cet été en raison de sa suspension, a fait la différence non pas dans de très hauts pourcentages (21 accélérations infructueuses pour lâcher Rodriguez) mais en attaquant de loin. "Aujourd’hui, on met aux coureurs des arrivées en altitude. Mais ils courent tout le temps de la même façon, en attendant la dernière montée, ou la deuxième partie de la dernière montée", se désespère Patrick Chassé. C'est en procédant autrement que Contador a enlevé cette Vuelta.

"Si ça pouvait convaincre les coureurs d’adopter une prise de risques, ce serait quand même pas mal. Les managers n’aiment pas prendre de risque. Contador, lui, peut prendre des risques, car ses victoires ne rapportent pas de points UCI à son équipe en raison de sa sortie de sa suspension." Ce sera également le cas l'été prochain, lors du Tour de France. Et peu importe, finalement, le parcours de la 100e édition. S'il y a Contador, on aura sûrement l'ivresse.