Froome, un formidable vainqueur ?

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Froome, un formidable vainqueur ?
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TOUR - Froome, vilipendé de toutes parts, est peut-être un plus beau vainqueur qu'on ne croit.

Tancé pour sa position inélégante sur le vélo, moqué pour son allure chétive, soupçonné d'avoir recours au dopage : on ne peut pas dire que Froome soit un vainqueur du Tour qui fasse l'unanimité. Pourtant, à Europe1.fr, on a envie de croire que le Britannique est un froomidable... euh, formidable vainqueur du Tour. Voici pourquoi en quatre points.

Froome sur le podium du Tour (930x620)

© REUTERS

Parce qu'il a un visage humain. Tout au bout d'une épreuve où on l'a traité d'"extra-terrestre" ou même de "quasi mutant", Christopher Froome a rappelé qu'il restait avant tout un être humain, dimanche, sur le podium des Champs-Elysées. Les yeux légèrement embués et un sourire jusqu'aux oreilles, il a offert l'image d'un homme sincèrement ému, sous le regard attendri de sa compagne, la twitto Michelle Cound. Alors qu'on a attendu pendant sept ans que Lance Armstrong (le coureur auquel on a aimé le comparer pendant trois semaines) se mette au français, lui s'est exprimé au micro dans la langue de Molière, tout comme il l'avait fait d'ailleurs tout au long du Tour. "C'est un coureur attachant", estime Patrick Chassé, intervenant sur le club Tour, sur Europe 1. "On est dans l'anti-Armstrong au niveau de la communication." Oui, car non seulement Froome parle français, mais en plus il accepte de parler de dopage (ce qu'Armstrong appréciait modérément, on va dire). "Voici un Maillot Jaune qui résistera à l'épreuve du temps", a-t-il même osé, en référence à son aîné américain, déchu de ses sept titres en octobre 2012, treize ans après l'obtention du premier. Qui, honnêtement, n'a pas envie de le croire ?

Froome au Ventoux (930x620)

Parce qu'il a le sens du panache. Lors de ce Tour de France 2013, les maths ont pris le pas sur les lettres. Alors que tout le monde a sorti ses calculatrices pour mettre en avant watts et VO2 Max, pas grand-monde n'a pris la plume pour souligner les exploits de Froome. Certes, le Britannique n'est pas amateur de grands raids solitaires propices à la digression journalistique. Mais il a nous a quand même offert quelques moments de bravoure (non ?). Après avoir écrasé la concurrence vers Ax 3 Domaines et dans le contre-la-montre vers le Mont Saint-Michel, avait-il besoin, par exemple, de placer l'accélération fulgurante qu'il a réalisée dans le Ventoux ? Avait-il besoin de l'emporter au sommet du Mont chauve, là où d'autres (comme Armstrong) aurait laissé gagner leur compagnon d'échappée pour sauver les apparences ? Non, Froome est bien le "nouveau cannibale", comme l'a encore montré son comportement dans le Semnoz, lorsqu'il a étrangement roulé dans le trio de tête pour distancer Contador. Comme on avait déjà pu s'en rendre compte l'an dernier, Froome fait parfois les choses à l'envers, conséquence de son apprentissage tardif de la course cycliste, sans se soucier de l'image qu'il renvoie. C'est plutôt rafraîchissant, non ?

Voici un aperçu du vélo vainqueur du Tour :



Chris Froome (930x620)
Parce qu'il ne laisse rien au hasard. Quand, en 2010, il a pris en mains les destinées du Team Sky et qu'il a déclaré qu'il voulait en faire l'équipe d'un futur vainqueur du Tour, Dave Brailsford a été pris pour un fou. La 24e place de Bradley Wiggins sur la Grande Boucle 2010 a apporté de l'eau (claire) au moulin des sceptiques. Mais, deux ans plus tard, Sir Brailsford emmenait Wiggins sur le toit du Tour avant de signer une étonnante passe de deux cette année, avec Froome. En 98 éditions, aucun Britannique n'avait gagné le Tour et voilà que les sujets de sa très Gracieuse Majesté ne le lâchent plus. Oui, Sky a fait main basse sur la route comme il l'avait fait sur la piste. La méthode : une exigeance extrême (avec stage sur un volcan inclus, Froome l'a répété plusieurs fois) et un soin apporté aux moindres détails. Chez Sky, rien n'est laissé au hasard, que ce soit dans la reconnaissance des parcours, la préparation des machines ou la tactique de course. Le recours à l'oreillette, tout le temps et partout (même dans le passage des cols), n'est que la partie visible de l'iceberg. "On a les oreillettes et on communique sur tout", souligne Nicolas Portal, le jeune directeur sportif français de la formation britannique. "Dès qu'on a un petit souci, sur les musettes, changement de bidons ou n'importe quoi, on l'utilise, ça pèse lourd le dispositif oreillettes, donc autant l'utiliser." Comme quand Froome a eu un début de fringale dans l'Alpe d'Huez. Oui, car si Froome semble tout maîtriser, il n'en reste pas moins sujet aux fringales, et donc humain, quand même (voir plus haut).
Froome et Wiggins dans La Toussuire (930x620)

© REUTERS

Parce qu'il a une histoire peu commune. Alors que Bradley Wiggins a rêvé de bouquets quand il était jeune, son successeur au palmarès s'est ouvert à la Petite Reine bien plus tard. Fils d'expatriés britanniques, Froome est né en 1985 au Kenya, pas vraiment une terre de cyclisme. Poussé par feu sa mère, à laquelle  il a rendu un hommage émouvant sur le podium des Champs-Elysées, Froome apprend dans son pays natal les rudiments de son futur métier, sur la selle d'un VTT. Il émigre ensuite en Afrique du Sud, où il commence à se faire remarquer dans des courses régionales. Froome signe ensuite chez Barloworld et entre dans le grand monde avant d'exploser avec Sky sur le Tour d'Espagne 2011, qu'il perd pour 13 secondes alors qu'il était là pour être le lieutenant de Wiggins. A cette occasion, il révèle avoir souffert d'une infection contractée au Kénya, la bilharziose, une maladie parasitaire due à un ver hématophage, qui se nourrit du sang de son hôte. Aujourd'hui débarrassé de son statut de n°2 et des effets néfastes de la maladie, Froome, aux origines multiculturelles, est un coureur qui gagne et qui sourit. Et si, finalement, l'histoire était belle ?