Experts aussi en échec ?

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Experts aussi en échec ?
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HAND - L'élimination de l'équipe de France avant les demies résulte d'un échec multifacette.

Mardi soir, les Bleus ont été éliminés de l'Euro avant même la fin du tour principal par la Croatie (29-22), leur victime habituelle (demies aux JO 2008, finale des Mondiaux 2009 et de l'Euro 2010). Au-delà du goût amer laissé par cette sortie prématurée, Europe1.fr a tenté d'isoler les raisons qui expliquent cette phase finale ratée (trois défaites en cinq matches avant la rencontre, pour l'honneur, face à l'Islande, jeudi). Où l'on constate que les Experts ne sont (et n'étaient) pas à l'abri des écueils qui menacent à tout instant l'équilibre d'une équipe.

Thierry Omeyer (930x620)

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L'usure du pouvoir. Quand on est au sommet, impossible d'aller plus haut. Et on penche forcément vers le bas... Champions d'Europe, du monde et olympiques en arrivant en Serbie, les Bleus ne pouvaient guère faire mieux. Seulement aussi bien. "Quand on gagne, on ne se lasse pas de gagner, mais, à un moment, il y a une routine qui s'installe. Cela concerne aussi bien les joueurs et l'entraîneur", commente Jean-Cyrille Lecoq, psychologue du sport, qui travaille notamment avec l'équipe de hand de Créteil. En Serbie, la routine de la victoire a été cassée... Pour Christophe Lamarre, qui suit les Bleus pour Europe 1, leur invincibilité ne tenait qu'à un fil. "Cette élimination remonte à plus loin. Déjà à l'Euro, en Autriche, en 2010, ils ont été tenus en échec par la Hongrie au premier tour. C'était les prémisses. (...) L'histoire ne peut pas se répéter inlassablement. (...) Cette fois, il leur a manqué cette envie de rentrer dans le buffet qui fait la différence."

Xavier Barachet (930x620)

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L'absence de remise en cause. "Ça devait bien arriver un jour" : oui. "Ils se sont vu trop beaux" : aussi, si l'on ne s'en tient qu'au discours du staff et des joueurs. "On pensait y être mais on n'y était pas. Le discours de la mobilisation est resté un discours. Le mental, l'intensité, la détermination, on fait défaut", a regretté Claude Onesta. La routine de la victoire s'est transformée en une routine dans le jeu.  "J'ai senti que les adversaires savaient très bien ce qu'on allait faire. On n'avait pas de nouveautés à proposer", a reconnu l'arrière Xavier Barachet (photo), l'une des rares satisfactions individuelles. Déjà malmenés par la Norvège en match de préparation, les Bleus avaient réussi à redresser la barre. Face à l'Espagne, la Hongrie et la Croatie, en Serbie et en compétition, ce ne fut pas possible. "On était peut-être parvenu à un point où les joueurs étaient moins lucides, en se disant de toute façon "ça va passer"", estime Jean-Cyrille Lecoq. "Jusqu'au moment de la défaite et l'accident qui va permettre à chacun de se remettre en cause et de faire naître un esprit revanchard."

24.01 Karabatic 930x620

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La méforme des cadres. Si, en Serbie, l'équipe de France n'a pas eu forcément la tête, elle n'a pas eu non plus les jambes. Et ceux qui l'avaient menée si haut sont parfois tombés bien bas. C'est le cas notamment de Nikola Karabatic. Le joueur de Montpellier présente le pire ratio buts/tirs (26% de réussite seulement) des joueurs tricolores et pointait en tête du classement des... balles perdues à l'issue du premier tour. A l'autre bout du terrain, Thierry Omeyer a arrêté à peine un tiers (31%) des tentatives adverses. Quatorze gardiens ont fait mieux. En défense, Didier Dinart a parfois surpris par son manque de vigilance. Quant à Mickaël Guigou, blessé, il a tout simplement quitté la compétition avant le match face à la Hongrie. "Par le passé, même quand les adversaires les chatouillaient un brin, il y avait toujours un Guigou ou un Abalo sur les ailes pour enflammer et tuer le match. Même chose au Mondial suédois. Là, ce ne fut pas le cas", souligne Christophe Lamarre. "Et des joueurs comme Nikola Karabatic ou Jérôme Fernandez ont été largement perturbés par des problèmes d'ordre privé." De fait, certains joueurs n'ont pas su prendre leurs responsabilités. "Dès qu'un joueur s'est trouvé en échec personnel, j'ai senti un renoncement progressif. Il n'y avait plus personne pour prendre les décisions", a souligné Claude Onesta, d'un réalisme décidément à toute épreuve...

Claude Onesta (930x620)

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Les sollicitations diverses. Quand on est champions de tout, certifiés Experts et accueillis comme des héros sur les Champs-Elysées, forcément, ça change une vie. Les handballeurs français sont devenus des "personnages publics", comme l'a dit Claude Onesta, qui a épinglé leur propension à s'épancher sur Twitter. "Dans une grande compétition, toutes les sources de dispersion peuvent être nuisibles. Les réseaux sociaux en sont juste une nouvelle forme. Avant, c'était les téléphones, les conférences de presse impromptues, les sponsors,... Claude Onesta a toujours vanté l'autonomie et le plaisir de se retrouver de ce groupe et là, il y a peut-être un petit rouage qui s'est cassé. Faut-il pour autant mettre des règles ? Interdire ? Limiter à une heure ? C'est aussi une décision à prendre en fonction du groupe." Un dossier supplémentaire à gérer pour Claude Onesta, en plus de celui du jeu...

Guillaume Gille, à l'Euro 2012 (930x620)

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La perspective des Jeux. "Les pieds à Novi Sad, la tête à Londres ?", se demande Christophe Lamarre sur son blog. Selon lui, les Bleus avaient déjà l'esprit tourné vers la défense de leur titre olympique, dans six mois, avant de débuter cet Euro. Pas impossible, même s'ils s'en défendent. Et si cet échec au tour principal de l'Euro était tout simplement la meilleure préparation mentale dans la perspective des JO. "Les joueurs auront sûrement envie de réparer l'erreur de parcours", estime Claude Onesta, dont le groupe a néanmoins paru soudé malgré les difficultés. Dans L'Equipe, Guillaume Gille (photo) précise : "l'exigence à laquelle chacun doit s'en tenir en perspective des Jeux doit être encore supérieure." Alors, les Experts vont-ils être à nouveau au programme cet été ? Jean-Cyrille Lecoq veut y croire : "c'est un petit peu comme les essais de tirs de fusée à Kourou. A un moment, il faut souhaiter qu'il y ait un souci pour augmenter la probabilité de réussir le tir suivant. J'ai tendance à penser que c'est peut-être ce qui va se passer pour l'équipe de France."