Championnats de France de natation : en pensant à Camille Muffat

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avec Corinne Boulloud et AFP , modifié à
ÉMOTION - Les championnats de France de natation s'ouvrent mardi soir, à Limoges, trois semaines après la mort de la nageuse.

Cela devait être simplement une compétition sportive relevée entre les meilleurs nageurs de l'Hexagone. Un grand rendez-vous, délivrant des billets pour les championnats du monde, en août prochain, à Kazan, en Russie. Mais la mort tragique de Camille Muffat, le 9 mars dernier, en Argentine, lors de la collision entre deux hélicoptères sur le tournage de l'émission Dropped en Argentine, a donné un coloration forcément singulière aux championnats de France de natation qui débutent à Limoges, mardi.

La Niçoise, inhumée mercredi dernier, avait été l'héroïne des derniers "France", il y a un an, avec quatre titres décrochés (100m, 200m, 400m et 100m papillon), quelques semaines seulement avant d'annoncer sa retraite des bassins, en juillet 2014. "J'espère qu'on va transformer ce moment de tristesse en un très beau moment pour lui rendre le plus bel hommage possible", a insisté lundi au micro d'Europe 1 Romain Barnier, le directeur des équipes de France. "Il va bien falloir que, de toute façon, on passe au-delà et qu'on arrive à continuer avec les athlètes qui sont là, qu'on leur insuffle cette part qu'elle avait en elle et qui nous faisait rêver."

"Je l'ai avec moi", confie Agnel. Ces championnats de France seront particulièrement durs pour Yannick Agnel et Charlotte Bonnet, qui ont partagé le quotidien de Camille Muffat au club de Nice. Si Charlotte Bonnet a refusé de s'exprimer lundi, le champion olympique du 200m a pour sa part insisté sur le fait que Camille Muffat n'aurait pas aimé "qu'on foute en l'air toute une saison pour elle". "C'est une compétitrice dans l'âme", a souligné sur Europe 1 Yannick Agnel, qui parle encore de la championne au présent. "J'essaie de transformer tout ça en force. Je l'ai avec moi et je vais faire le maximum."

Forcément, la préparation du double champion de France en titre du 200 et 400m a été largement perturbée par le drame. "C'est clair que ce qui s'est passé en Argentine a été une cassure par rapport au contenu de ce qu'on a fait avant", a reconnu son nouvel entraîneur à Mulhouse, Lionel Horter. "Mais il a travaillé pendant je ne sais combien de mois maintenant, six mois. Il a bien nagé il y a trois semaines à Marseille et il va se donner à fond. Vous savez, je crois que cette semaine, on va faire semblant de se motiver, d'être dedans, vous (les médias) allez faire semblant de nous croire et peut-être qu'à la fin de la semaine, on l'aura vraiment été (dedans), tous, parce que les courses, un championnat, le sport ont cette magie de nous faire parfois oublier le reste."

Des portraits géants à l'entrée. A Limoges, Camille Muffat est dans toutes les têtes. Mais aussi à l'entrée de la piscine, où neuf portraits géants de la Niçoise ont été disposés. "Je savais qu'il y avait des photos de Camille ici. L'intention est louable, mais je trouve ça un peu glauque. Voilà", a pourtant regretté Agnel. "Même si elle est omniprésente dans mes pensées, j'essaye de traîner avec un maximum de monde qui me parle de tout autre chose. Je suis ici pour nager." Tous les nageurs reconnaissent que ce sera difficile d'être performant dans ces circonstances. "On a essayé de faire au mieux pour ne pas trop y penser pendant la préparation parce qu'on est aussi là pour 'performer'", reconnaît Florent Manaudou, qui tentera de se qualifier sur trois épreuves à Limoges. "On va forcément y penser quand on sera sur le plot. C'est sûr que ça ne va pas être des championnats comme d'habitude." Le sentiment est le même chez le triple champion du monde, Camille Lacourt. "On va essayer de 'performer', de rester aussi dans notre bulle", insiste le spécialiste du dos. "Nos résultats, ce sera une façon de lui rendre un peu hommage."

Un film de 14 minutes et une minute d'applaudissements. Avant le début des compétition, mardi soir, un film de 14 minutes en hommage à la championne olympique sera diffusé sur les écrans de la piscine, avant une minute d'applaudissements. Là encore, le choix de la fédération française de natation (FFN) ne fait pas l'unanimité. "Personnellement, je n'étais pas pour", avoue Romain Barnier, qui dit néanmoins comprendre le choix de la FFN. "J'ai exprimé un souhait que l'hommage se fasse en fin de réunion plutôt qu'au début. Moi, j'ai pensé aux athlètes qui allaient juste nager derrière. C'est une charge émotionnelle lourde, quand on a mis sa saison en jeu. Je l'aurais vu dans un autre sens (...) Je respecte que ce soit mis comme ça, je comprends aussi les hommages à Camille mais ça va être difficile pour des athlètes de passer tous les jours devant les portraits de Camille."

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