Armstrong : le dopage ? "Si c'était à refaire, je le referais"

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Armstrong : le dopage ? "Si c'était à refaire, je le referais"
@ BBC
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AVEUX - L'ancien cycliste évoque le dopage et sa vie actuelle dans un long entretien accordé à la BBC.

Lance Armstrong revient. Evidemment pas sur un vélo, mais au micro. Deux ans après sa confession télévisée chez Oprah Winfrey, le septuple vainqueur déchu du Tour de France, toujours suspendu à vie de toute compétition, s'exprime en longueur sur la BBC, dans un entretien qui sera diffusé jeudi mais dont de larges extraits ont déjà été mis sur le site du groupe britannique. Sa carrière, la retraite, les tricheries : le Texan aborde tous les thèmes et répond à l'épineuse question concernant le dopage, "et si c'était à refaire ?".

"Ma réponse n'est pas une réponse populaire", admet d'emblée l'ancien champion, âgé de 43 ans. "Si j'avais couru en 2015, non, je ne me serais pas dopé, parce que je pense que vous n'en avez pas besoin. Mais si vous me ramenez en 1995, quand c'était totalement ancré dans l'époque, je le referais probablement. Les gens n'aiment pas entendre ça..."

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Armstrong sur le Tour 2000 (960x640)

© COR/AFP

"Nous aurions tous aimé avoir une compétition à l'eau claire." Et si Armstrong se dit aujourd'hui désolé, ce n'est pas tant d'avoir triché, mais d'avoir été acteur de son époque. "Nous (les coureurs) sommes désolés parce que nous avons été mis à cette place. Aucun d'entre nous ne voulait être à cette place. Nous aurions tous aimé avoir une compétition, au pain, à l'eau, évidemment claire, quel que soit le nom que vous lui donnez." Le raisonnement d'Armstrong n'a pas changé : il s'est dopé parce que tous les autres à son époque se dopaient. Par ailleurs, il nie que le processus de dopage mis en place par l'équipe US Postal lui ait fourni un quelconque avantage, au moins au début.

"Ma première victoire dans le Tour, j'avais le dossard n°181, nous étions une équipe invitée. C'était une petite équipe, à petit budget, sans grande organisation. Nous n'étions pas les New York Yankees (équipe de baseball la plus célèbre aux Etats-Unis, ndlr)." Un peu plus loin, Armstrong raille à nouveau les termes de l'agence antidopage américaine (Usada),  qui avait évoqué à propos d'Armstrong et de son équipe (US Postal puis Discovery Channel) le processus de dopage "le plus sophistiqué de l'histoire". "Dire ça à la lumière de tout ce qu'on peut lire sur les Allemands de l'Est, les Allemands de l'Ouest, les Turcs, les Russes, et Dieu sait quoi, toutes les autres Ligues de sports majeurs, non", tonne Armstrong.

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La suite de sa démonstration est connue : ces Tours, Armstrong considère les avoir gagnés. "Beaucoup de gens pensent que je ne les ai pas gagnés", relève-t-il. "Ils pensent que personne ne les a gagnés. Ils pensent que ces Tours n'ont pas eu lieu. J'ai compris ça et ça ne me dérange pas." Ce qui dérange "LA" en revanche, c'est le grand blanc que la déchéance de ces titres a laissé dans le palmarès du Tour de France. En effet, plutôt que de réattribuer les sept Tours de France à certains de ses rivaux, l'organisateur de l'épreuve a préféré laisser un palmarès vierge. "Si vous allez sur Wikipedia et que vous regardez la page sur le Tour, il y a ce gros bloc de la Première Guerre mondiale sans vainqueur, et un autre bloc avec la Seconde Guerre mondiale", relève Armstrong, goguenard. "Et après, c'est comme si il y avait eu une autre guerre mondiale..." Armstrong fait également remarquer que les maillots verts ou à pois de l'époque (classement par points et du Grand Prix de la montagne) ont été conservés par des coureurs qui ont admis s'être dopé (Erik Zabel ou Richard Virenque par exemple, ici à ses cotés en 1999), en étant mis parfois eux aussi devant le fait accompli...

Armstrong avec Zabel (960x640)

© P.Kovarik/AFP

Si Armstrong a des regrets, ce n'est pas tant sur le fond que sur la forme. "Je changerais l'homme qui a fait ces choses, peut-être pas la décision, mais la façon dont j'ai agi", admet l'ancien cycliste. "La façon dont il a traité les autres. Cette façon qu'il avait de ne jamais cesser de se battre. C'était bien de se battre à l'entraînement, en course, mais vous n'avez pas besoin de vous battre en conférence de presse, ou lors d'une interview, ou lors d'une simple relation humaine." Des regrets, Armstrong en a aussi sur la façon dont il a géré l'entretien avec Oprah - "j'aurais peut-être dû attendre trois ou six mois de plus" - ou encore sur son retour à la compétition, en 2009. "Ce fut le pont vers le passé", considère-t-il. "Si je n'étais pas revenu, l'autre rive aurait été trop loin." Son come-back chez Astana - "propre" selon lui - a en effet ravivé l'intérêt des enquêteurs antidopage sur les pratiques du Texan et de son directeur sportif, Johan Bruyneel.

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Le départ de Livestrong, "sa blessure la plus profonde". Aujourd'hui, Armstrong semble attendre le pardon, que l'on a accordé à d'autres selon lui, mais aussi une sorte de reconnaissance pour ce qu'il a fait pour la lutte contre le cancer. Il explique d'ailleurs que son départ de l'association Livestrong, qu'il a créée, a été sa "blessure la plus profonde".

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Armstrong devra bientôt subir une autre épreuve (vraisemblablement en 2016) avec son procès pour avoir utilisé frauduleusement l'argent de l'US Postal. Il estime là encore avoir offert de la visibilité à la marque et fait la fierté de ses salariés, "entre 1999 et 2004" (avant le retrais de l'USPS des pelotons). En attendant, Armstrong passe son temps à jouer au golf et à ruminer sa déception de ne plus pouvoir concourir, "même pour un marathon". Champion déchu, tricheur convaincu, Armstrong, même retraité, même au micro, reste un compétiteur acharné...