Froome et les questions sur le dopage : c'est reparti pour un Tour !

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Froome et les questions sur le dopage  : c'est reparti pour un Tour !
Comme en 2013, Chris Froome a remporté cette année la première étape de montagne.
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SUSPICIONS - La performance de Chris Froome et de l'équipe Sky lors de la première étape pyrénéenne, mardi, réveille les soupçons de dopage.

Nous voilà revenus deux ans en arrière. Comme le 6 juillet 2013, à Ax-3-Domaines, Christopher Froome a remporté mardi la première étape de montagne du Tour. Comme il y a deux ans, les Sky ont réalisé un doublé, avec l'Australien Richie Porte deuxième. Comme il y a deux ans, le retard de tous les autres se comptent désormais en minutes. Et comme il y a deux ans, les suspicions entourant l'équipe britannique ont repris. Le constat n'a pas changé : nous avons un coureur particulièrement laid sur son vélo, pédalant les bras écartés et le nez sur son compteur. Mais un coureur capable de placer des accélérations dignes d'un sprinteur en pleine montée et de finir les derniers kilomètres sans bidon.



"Clairement, Froome, Porte et Sky sont très forts. Trop forts pour être propres ? Ne me demandez pas, je n'ai pas d'indice."

"Trop fort pour être propre ?" Habitué des bons mots en tous genres, Lance Arsmtrong, dans son style, mi-rigolard, mi-cynique, a écrit la question que tout le monde se pose après l'étape de mardi : "Trop fort pour être propre ?". "Je ne le souhaite pas", insiste le consultant d'Europe 1, Richard Virenque. "Christopher Froome, c'est un coureur de talent. Il nous a toujours habitués en montagne à faire de belles choses, mais là il a tapé très fort. C'était la première arrivée au sommet, une course de côte, après une journée de repos, il y a peut-être des coureurs qui ont moins bien géré que d'autres. C'est vrai qu'il a une façon de pédaler particulière, ce n'est pas nouveau. On se souvient également du Mont Ventoux quand il avait déposé Nairo Quintana. On va laisser passer le temps et on verra." Les qualités de Froome et du Team Sky sont connues : reconnaissance pointue des parcours, fine connaissance des capacités physiques de chacun, maîtrise tactique, technologie à la pointe, hygiène de vie irréprochable. En un mot comme en cent : rien n'est laissé au hasard. Mais cela peut-il suffire à expliquer l'écart creusé avec les rivaux ?

"Je suis fier d'être arrivé à ce niveau en étant propre." Interrogé sur ces soupçons de dopage mardi soir, le maillot (très) jaune du Tour a insisté sur sa bonne foi. "J'ai essayé de faire tout ce qui est en mon pouvoir pour être le porte-parole d'un cyclisme propre", a insisté "Froomey". "J'ai parlé avec la CIRC (commission d'enquête sur le dopage des années passées, ndlr), j'ai fait des suggestions au gouvernement du cyclisme pour qu'on ait des contrôles la nuit. Je me suis exprimé aussi quand on n'a pas eu à Tenerife le nombre de contrôles qui me paraissait suffisant pour les favoris du Tour de France (...) "Ce serait différent si j'avais quelque chose à cacher. Mais je suis fier d'être arrivé à ce niveau en étant propre. Je comprends que les questions (sur le sujet du dopage, ndlr) sont liées à l'histoire de notre sport. Mais il faut me respecter, j'ai travaillé dur pour être là où je suis."

Rien à cacher, c'est aussi ce qu'a répondu le manager de l'équipe Sky, Dave Brailsford, quand on l'a interrogé au départ de Pau sur l'existence éventuelle d'une chambre à hypoxie (qui simule un environnement en altitude et qui permet une meilleure oxygénation du sang) dans l'immense motor-home Sky. "Mais venez voir ! Rentrez avec une caméra comme ça on va vous montrer...", a souri Sir Brailsford. "Comme ça, tout le public va voir. Mais on va juste (pouvoir y) boire une tasse de thé du Yorkshire. Il n’y a rien à cacher."

Reste que Sky ne semble pas toujours aussi disposé à montrer. Lundi soir, par un drôle de hasard calendaire, une vidéo de Chris Froome lors de sa fameuse montée du mont Ventoux en 2013 a émergé sur les réseaux sociaux. Celle-ci met en parallèle les images de la montée et les données, supposées, du capteur de Froome : vitesse, fréquence de pédalage, puissance et rythme cardiaque. La vidéo a ensuite disparu des plate-formes de visionnage, mais une autre est apparue : elle montre Froome sur le Tour d'Espagne 2014, sur le même modèle. Attention, rien ne nous dit que ces données sont viables, mais leur révélation a irrité chez Sky...

Christopher Froome attaque sur le Tour d'Espagne 2014 :

Impression spectaculaire et chiffres étonnants. Avec Froome, il y a l'impression, spectaculaire, et les chiffres, étonnants. Ancien entraîneur de l'équipe Festina et désormais spécialiste de l'analyse de la performance, Antoine Vayer met en évidence depuis 2012 - année où Froome avait terminé 2e derrière son coéquipier Bradley Wiggins, avec un potentiel certainement supérieur - les performances exceptionnelles de Froome en terme de puissance, les fameux watts. En 2013, ces données montraient que le Froome de 2013 marchait sur les traces des Arsmtrong et autres Ulrich en termes de performances.

Evidemment, tous ces chiffres - contestés par certains et qui n'ont pas valeur de preuve - laissent tout de même sceptiques, tout comme le parcours de Froome. De coureur moyen en 2011, traité pour plusieurs maladies, dont la bilharziose, une maladie parasitaire, qu'il a vaincue en 2013, Froome est devenu un cannibale des grands Tours, une transformation digne de celle de son ancien équipier Bradley Wiggins, passé de spécialiste de la piste à grimpeur hors pair. En 2013, leurs physiques filiformes avaient éveillé les soupçons de prise d'Aicar, ce médicament interdit par l'Agence mondiale antidopage (mais indécelable par les tests) qui permet une prise de muscle sans prise de poids. Aujourd'hui, c'est la question du caisson à hypoxie. Et demain, des rumeurs sur des vélos avec mini-moteurs dissimulés ? Une chose est acquise : s'il continue à impressionner de la sorte, Froome continuera à éveiller les soupçons : c'est (malheureusement) inévitable.