Vidéo : le foot fait sa révolution

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Vidéo : le foot fait sa révolution
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FOOT - Pour la première fois, deux technologies sont testées lors de la Coupe du monde des clubs.

L'info. Jeudi, le match entre le club japonais du Sanfrecce Hiroshima et les Néo-Zélandais d'Auckland est entré dans l'histoire du football. Cette exotique rencontre d'ouverture de la Coupe du monde des clubs, qui s'est achevée sur le score de 1-0, a en effet été le théâtre de la première utilisation d'un dispositif d'aide technologique à l'arbitrage : le GoalRef ("Goal" pour but et "ref" pour "referee", soit arbitre). Lors de cette Coupe du monde des clubs, à laquelle participe également le champion d'Europe, Chelsea, une autre technologie pour décider si le ballon a franchi la ligne ou non, le Hawk-Eye, sera testée lors des matches se déroulant à Toyota. Présentation.

Manuel Neuer face à l'Angleterre (930x620)

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L'origine.  Le fait que Chelsea participe à cette compétition est un drôle de clin d'œil de l'histoire. Car deux de ses joueurs sont directement "à l'origine" de cette révolution. Lors du huitième de finale de la Coupe du monde 2010 entre l'Angleterre et l'Allemagne, la frappe de Frank Lampard avait heurté la barre avant de retomber très nettement derrière la ligne (photo). Deux ans plus tard, lors du dernier Euro, c'est le défenseur des Trois Lions John Terry qui dégagea un ballon trop tardivement sur une frappe de l'Ukrainien Marko Devic. Dans les deux cas, le but ne fut pas accordé. En juin dernier, le président de la Fifa, Sepp Blatter, avait déclaré sur son compte Twitter : "la technologie sur la ligne de but (GLT, pour "Goal line technology") n'est plus une alternative mais une nécessité". Dès lors, la Fifa a commencé à sonder les entreprises pour mettre en place des tests lors de ses compétitions.

Bracelet des arbitres (930x620)

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Les technologies retenues. Elles sont deux : le "GoalRef" et le Hawk-Eye. Ce dernier est déjà bien connu pour son utilisation récurrente dans le tennis. Il s'agit de calculer le placement du ballon grâce à des caméras haute définition. "Le Hawk-Eye a sept caméras par but. On parle de millimètres et c'est essentiel pour le football", explique Steve Carter, dirigeant de la société qui développe le produit. "Concernant le "sauvetage" de John Terry, on a fait une mesure avec les images télévisées, le ballon avait en fait franchi la ligne de 25 millimètres." Quant au "GoalRef", il ne repose pas sur des caméras mais sur un champ magnétique disposé dans le but et sur une puce installée dans le ballon. En revanche, les deux technologies signalent à l'arbitre que le ballon a franchi la ligne de la même façon : grâce à un bracelet vibrant (ici au poignet de l'arbitre). Mais, dans tous les cas, l'arbitre aura le dernier mot.

Le dispositif du Hawk-Eye (930x620)

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Les inconvénients. Si la Fifa n'a pas encore tranché entre les deux technologies, c'est que chacune d'entre elles présente des défauts. Le "GoalRef", qui repose sur le signal d'une puce électronique, n'aura pas d'images ralenties à proposer aux spectateurs et téléspectateurs. Cela constitue un désavantage certain quand la technologie est censée apporter plus de lisibilité au jeu. Le Hawk-Eye (ici en test, photo) et son ralenti en 3D ne posent pas ce problème. Mais il en soulève un autre : fonctionnant sur une triangulation des caméras, il pourrait être inefficace si le ballon est couvert par un joueur. Les deux systèmes restent donc tributaires du jugement... des télévisions. "Evidemment, le pire scénario possible serait que, si le système n'est pas assez précis, les caméras de la télévision montrent qu'il s'est trompé", reconnaît d'ailleurs Steve Carter.

Le dispositif du Hawk-Eye de près (930x620)

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Le coût. Pour expliquer son opposition au recours à la vidéo dans le football, le président de l'UEFA, Michel Platini, a toujours mis en avant sa crainte de voir émerger un "football à deux vitesses", un football où tous les matches ne seraient pas arbitrés de la même façon. "Si on veut mettre cette technologie dans nos compétitions européennes, ça nous coûte 32 millions d'euros la première année et 54 millions sur cinq ans", a signalé Platini la semaine dernière dans un entretien au quotidien régional Ouest-France. Des deux systèmes, le Hawk-Eye est le plus coûteux. Du côté de la Fifa, qui a déjà dépensé plus d'un million et demi d'euros on espère que la concurrence entre les entreprises va faire baisser les coûts. "Plus il y a de concurrence, moins ce sera cher", considère le secrétaire général de l'organisation, Jérôme Valcke. "Tout le monde doit y avoir accès mais il faut que cela reste précis. On n'a pas le droit à l'erreur." A ce prix-là, c'est sûr.

Michel Platini à l'UEFA (930x620)

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L'avenir. La technologie qui aura donné le plus satisfaction durant la Coupe du monde des clubs sera à nouveau testée l'année prochaine lors de la Coupe des confédérations avant une mise en place prévue pour le Mondial 2014 au Brésil. Ce recours à la technologie, limité au seul franchissement de la ligne, est-il amené à se généraliser, notamment dans les compétitions européennes ? Pas sûr. "Mettre ça sur la ligne de but, c’est la porte d’entrée à la vidéo dans le football d’une façon plus générale. Je suis contre tout ça", considère Platini, favorable lui à l'arbitrage à cinq, ce qui est la règle par exemple en Ligue des champions, organisée par l'UEFA et non par la Fifa. "Il n’y a qu’une chose de compliquée, pour laquelle on aurait peut-être besoin de la vidéo, je dis bien peut-être, c’est le hors-jeu. Car c’est très difficile à juger pour les arbitres. Et encore, il faudrait mettre une caméra sur le gars qui appuie sur le bouton, pour savoir quand part le ballon ! Donc je n’y crois pas." La Fifa, elle, explique vouloir se limiter à cette "Goal line technology". Mais, pour beaucoup, la boîte de Pandore de la vidéo dans le football a été définitivement ouverte jeudi...